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20 ans après l'an 2000 : la technologie
20 ans après l'an 2000 : la technologie
La cyberdépendance est caractérisée par une perte de contrôle. « L’utilisation d’Internet devient une obsession, la vie tourne autour de l’objet », explique la psychologue Magali Dufour, professeure à l’Université du Québec à Montréal, professeure associée à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la dépendance.
La cyberdépendance est caractérisée par une perte de contrôle. « L’utilisation d’Internet devient une obsession, la vie tourne autour de l’objet », explique la psychologue Magali Dufour, professeure à l’Université du Québec à Montréal, professeure associée à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la dépendance.

Quand Internet rend malade

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Les premiers articles scientifiques sur la cyberdépendance ont été publiés vers le milieu des années 1990. Le phénomène commençait à émerger, mais il était encore marginal, anecdotique. « Il y a 20 ans, il fallait aller au web. Aujourd’hui, c’est le web qui vient à nous », image la psychologue Marie-Anne Sergerie.

« Avant, l’accès à l’Internet était moins facile. Il fallait aller sur un ordinateur et même l’ordinateur portable devait être connecté à un fil réseau. Le wifi n’existait pas. Aujourd’hui, l’internet est facilement accessible. On peut l’avoir dans notre téléphone, directement dans notre poche », résume la psychologue de la région de Laval qui s’intéresse aux aspects psychologiques et sociaux d’Internet depuis plus d’une vingtaine d’années. Elle vient aussi de publier un livre sur le sujet.

Rappelons quelques dates. Internet est arrivé tranquillement dans les maisons à partir de 1990 et le courriel s’est répandu à partir de 1998. Le premier réseau social, Facebook, est né en 2004.

Mais le véritable virage s’est produit lors de l’arrivée sur le marché du premier iPhone en 2007. Les premiers téléphones intelligents ont été suivis trois ans plus tard par le déferlement des iPad (et autres tablettes) sur le marché.

C’est donc au tournant de 2010 qu’Internet est devenu facilement accessible.

 « Ce qu’il faut comprendre, c’est que 20 ans, ce n’est pas beaucoup de recul pour bien comprendre un outil aussi puissant qu’Internet », soutient la psychologue Magali Dufour, professeure à l’Université du Québec à Montréal, professeure associée à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la dépendance.

Et c’est ainsi que, depuis deux décennies, la cyberdépendance s’est répandue comme une traînée de poudre.

Mais d’abord, qu’est-ce que la cyberdépendance? Précisons qu’il ne s’agit pas (encore) d’un diagnostic officiel. « Il faut voir ça sur un continuum. C’est une zone très grise. La cyberdépendance fait partie des diagnostics à l’essai dans le DSM-V [Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders], mais le DSM a fait le choix de se concentrer sur les jeux en ligne. Ici au Québec, on a fait le choix d’utiliser la dépendance à Internet de façon plus large plutôt que de choisir une seule application comme les jeux en ligne », mentionne Magali Dufour.

Perte de contrôle

Comment fait-on la distinction entre une utilisation normale de la technologie et une dépendance nocive?

« Comme dans tous les diagnostics, il faut qu’il y ait plus qu’un critère. Il faut qu’on retrouve une perte de contrôle. L’utilisation d’Internet devient une obsession, la vie tourne autour de l’objet. Il faut aussi des conséquences significatives aussi, pour soi ou pour son environnement. Le temps n’est pas tout. Par exemple si on a six heures de temps de loisir par jour et qu’on joue en ligne pendant six heures, alors il n’y a pas de conséquences. On est certainement à risque, mais si on réussit à travailler, à faire ses devoirs, à faire son hygiène personnelle, alors ça va toujours. Dans la cyberdépendance, on voit qu’au moins un de ces secteurs est délaissé au détriment du temps passé en ligne », mentionne Mme Dufour.

La cyberdépendance provoque aussi un état de manque dès qu’on met fin à son usage, même pour une courte période — le temps d’aller se doucher ou d’aller manger avec le reste de sa famille, par exemple. « La privation amène des sensations désagréables, par exemple la tristesse, l’anxiété, l’irritabilité, la colère ou l’ennui », explique la psychologue Marie-Anne Sergerie.

« Souvent, on va voir des gens qui ne dorment presque plus, qui ne sortent plus de leur chambre, qui sautent des repas, qui ne veulent plus aller voir leurs amis… Certains vont même négliger leur hygiène personnelle », ajoute Mme Sergerie.

Alors voilà. Quand sa passion pour le web devient trop forte, quand son utilisation nous inquiète, quel est le premier pas à franchir pour retrouver un équilibre?

Marie-Anne Sergerie suggère de commencer par une auto-observation des symptômes. « Je me connecte quand? À quel moment? Je me sens comment quand je me connecte? Là ensuite, on peut aller plus loin pour voir s’il y a un sentiment de détresse qui se cache derrière ça, pour voir quelle est la problématique qui se cacher derrière son usage de la technologie », indique-t-elle.

Il existe une panoplie de trucs, parfois tout simples, pour aider les gens à décrocher. On en retrouve notamment plusieurs sur le site internet de l’initiative Pause ton écran (www.pausetonecran.com/).

« Être conscient de notre consommation, c’est déjà un bon début. Ensuite, on pourrait prendre des pauses d’écran, par exemple une heure avant de se coucher ou le dimanche après-midi… Parfois, se faire un contrat avec soi-même, c’est déjà suffisant », mentionne la professeure et psychologue Magali Dufour.