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20 ans après l'an 2000 : la technologie
20 ans après l'an 2000 : la technologie
La modération à bien meilleur goût en ce qui concerne les écrans, des petits aux grands.
La modération à bien meilleur goût en ce qui concerne les écrans, des petits aux grands.

La techno, à consommer avec modération pour les petits

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le grand-père de Joël Monzée le récompensait d’une once de bière quand il faisait une belle sieste quand il était enfant. C’était au milieu des années 1970. L’anecdote fait sursauter aujourd’hui. Mais à l’époque, c’était normal. « On ne savait pas encore à l’époque que l’alcool était dommageable pour les enfants. Aujourd’hui, aucun grand-père ne ferait ça », soutient en riant le docteur en neurosciences Joël Monzée.

Le neuropsychologue utilise cette anecdote pour comparer avec un autre phénomène qui est très mal compris actuellement alors qu’il est pourtant abondamment utilisé dans nos vies : l’impact de l’utilisation des écrans sur le développement des enfants.

M. Monzée poursuit avec un autre exemple : le film Jaws (Les dents de la mer), sorti en 1975, était si peu réaliste qu’il ne faisait pas bien peur. Avant l’apparition du requin, on entendait même une petite musique qui laissait présager son arrivée. « Les trucages qui étaient disponibles à l’époque étaient terribles! Aujourd’hui, c’est tellement puissant que c’est difficile de faire la différence entre le réel et l’irréel, surtout pour le cerveau des enfants qui ne sont pas encore matures », indique-t-il.

« Selon des études, trois minutes de Pat’Patrouille ou de Bob l’éponge le matin avant de partir à l’école suffiraient pour perturber le comportement des enfants durant la journée en raison de la perturbation du système nerveux que ça leur apporte », se désole-t-il.

La modération a bien meilleur goût en ce qui concerne les écrans, des petits aux plus grands.

« De zéro à trois ans, ça doit être aucun temps d’écran. On doit retarder l’introduction du temps d’écran le plus possible. Ensuite, pour tout le monde, il faut viser de cinq à sept heures de temps d’écran de loisirs par semaine, au maximum », insiste M. Monzée.

« La suite, c’est sensibilisation, sensibilisation et encore sensibilisation. Comme on l’a fait avec le pot, l’alcool, la vitesse au volant et les autres problèmes de société. Il va falloir que le gouvernement présente les conséquences aux gens et les sensibilise sur les impacts », insiste Joël Monzée.

Le gouvernement du Québec a lancé un Forum sur l’utilisation des écrans et la santé des jeunes en février dernier en reconnaissant que l’exposition des jeunes aux écrans de toutes sortes aura des effets sur plusieurs aspects de leur santé psychologique et physique. En raison de la pandémie, les travaux sont toujours suspendus.

De l'ennui à la créativité

Dans ce monde devenu si technologique, une faculté est en train de se perdre : celle de s’ennuyer et de faire naître la créativité dans l’ennui.

« On a de beaux exemples en cette période de pandémie. On est privés de faire certaines activités, certaines sorties. Certes, les écrans peuvent nous permettre de nous divertir, mais il existe encore des possibilités hors ligne : peindre, jouer de la musique, bouger, faire du sport, bref, être créatif malgré les contraintes liées à la pandémie », explique la psychologue Marie-Anne Sergerie.

« C’est considéré comme une perte de temps de s’ennuyer. On a aujourd’hui l’impression qu’on peut être productif tout le temps, parce que le travail peut nous suivre tout le temps. Nous sommes là aussi dans un monde où les frontières sont floues », explique la professeure Magali Dufour.

L’utilisation de l’ordinateur n’est pas nocive quand il s’agit d’un outil de travail et qu’il nous permet de faire un travail scolaire ou bien de réaliser les tâches reliées à notre emploi. Mais cela amène cependant à un autre risque : être incapable de se déconnecter de son emploi.

« Être productif, c’est très valorisé dans notre société. Ce n’est pas pour rien que la France travaille sur une loi sur la déconnexion, pour que les employés se sentent à l’aise de ne plus répondre à leurs courriels instantanément et de ne pas être toujours au bout du fil », ajoute Mme Dufour.

Mais la tentation de se coller à son ordinateur, à sa console de jeux vidéo, à sa télévision ou à son téléphone intelligent est grande. « Manger du chocolat à l’occasion, c’est bien. Manger du chocolat trois fois par jour tous les jours durant cinq ans, ce n’est pas bon. C’est la même chose avec l’utilisation des technologies : il y a un équilibre à trouver », souligne Mme Sergerie.

Et même chose pour les enfants. S’ils sont déjà habitués à utiliser les écrans fréquemment, ils risquent de trouver l’ennui difficile si leurs parents décident de franchir le pas et d’en restreindre l’accès.

« Les dix premières minutes risquent d’être difficiles, oui, j’en conviens. Mais après dix minutes, l’enfant va aller dehors, va sortir des Legos, des dessins, il va trouver à s’occuper. L’ennui va pousser l’enfant à être créatif », assure le docteur en neurosciences Joël Monzée.