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20 ans après l'an 2000 : la technologie
20 ans après l'an 2000 : la technologie
Dorénavant, la technologie se trouve au bout des doigts de la planète entière et on n’hésite pas à utiliser plusieurs produits à la fois.
Dorénavant, la technologie se trouve au bout des doigts de la planète entière et on n’hésite pas à utiliser plusieurs produits à la fois.

De la disquette à l'informatique quantique

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Jean Bourgault œuvre dans le domaine de la photographie à Sherbrooke depuis 40 ans. Il y a maintenant un peu plus d’une semaine, il a dû annoncer avec regret la fermeture de son commerce Zone Image, situé sur la rue King Est depuis de nombreuses années.

Seulement quelques jours avant l’annonce de cette fermeture – qui ne touche pas le laboratoire de photo et les services d’Imacom — il avouait en entrevue avec La Tribune que « le marché est rendu très, très difficile depuis plusieurs années. » 

Au banc des accusés, une des plus grandes innovations technologiques des 20 dernières années : le téléphone intelligent. Celui qui a littéralement soufflé des marchés pendant sa rapide ascension. 

Fini les appareils photo d’entrée de gamme. Fini les GPS fixés au pare-brise des voitures. Fini les lecteurs de musique portatifs. Ainsi de suite. Dorénavant, la technologie se trouve au bout des doigts de la planète entière.  

Depuis la sortie du premier iPhone en 2007, on estime que 10 milliards de téléphones intelligents ont été vendus à travers le monde. Au Canada, selon une étude de la Banque mondiale réalisée en 2019, 83 % des consommateurs avaient un téléphone intelligent, comparativement à 71 % en 2015.

Et si on retourne à la photographie, il se prend dorénavant plus de 1000 milliards de photos… par jour. Déjà en 2017, on avait franchi la barre des 1200 milliards de clichés quotidiens. De ce nombre, 1000 milliards avaient été croqués par un téléphone sorti de la poche d’un pantalon. 

« Lorsque le téléphone intelligent est arrivé, on a perdu tout le marché de l’entrée de gamme. Il reste donc les passionnés qui s’achètent du matériel de meilleure qualité. Mais encore là, la compétition vient maintenant de partout. Je ne peux pas battre le prix d’Amazon », illustre Jean Bourgault. 

Plusieurs innovations des dernières années se sont donc faites au détriment de petits commerçants. Pendant ce temps, les fameuses entreprises que l’on connait sous l’acronyme GAFAM ont connu une croissance exponentielle. Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont profité pleinement de l’émergence des technologies mobiles durant la dernière décennie. 

Les titres du « Big Five » des services numériques valent en Bourse plus de 6000 milliards $ US. Ou 2,7 fois le PIB nominal du Canada.

Ils sont d’ailleurs derrière plusieurs des innovations qui ont marqué les 20 dernières années, selon Pascal Forget, chroniqueur techno. Et la liste est longue : Internet haut débit, clé USB, moteur de recherche pour le web, lecteurs MP3 et autres baladeurs numériques, téléphone intelligent, infonuagique, tablette, réseaux sociaux, commerces en ligne, domotique, écoute de musique en streaming, réalité virtuelle plateformes de télévision sur demande, avancées en intelligence artificielle, assistants vocaux, etc.  

 « Il faut se rappeler qu’au début des années 2000, c’est tout juste le début de Google. Ne pas connaitre une adresse internet, c’était assez extraordinaire! Avant leur moteur de recherche, on naviguait dans Internet grâce à des sous-catégories, c’était assez laborieux », rappelle-t-il. 

Celui que l’on a pu apercevoir entre autres dans l’émission La revanche des Nerdz raconte en riant son découragement d’apercevoir des internautes regarder distraitement une vidéo sur Youtube en naviguant en même temps sur un téléphone, par exemple. 

« Je me rappelle encore l’époque où la bande passante avait encore énormément de valeur. On attendait impatiemment après notre image ou notre chanson. La première fois que j’ai reçu un courriel sur mon téléphone, j’étais dans un ascenseur et c’était tellement long avant qu’il soit complètement téléchargé... Les jeunes auraient de la misère à croire ça », rigole-t-il.

« Une technologie de rupture »

La prochaine décennie promet également de grandes innovations. Pascal Forget parle entre autres de livraison par drone, de véhicules autonomes capables de communiquer entre eux, de réalité virtuelle ou d’intelligence artificielle. Mais les plus grands bouleversements pourraient venir, selon lui, de l’informatique quantique. Cette technologie effectue des tâches que les ordinateurs existants mettent des années à accomplir, comme la découverte de nouveaux médicaments ou l’optimisation des transports en milieu urbain. 

La technique utilisée par les ordinateurs quantiques repose sur les quanta bits qui peuvent enregistrer des données de 1 ou 0 — le langage des ordinateurs modernes —, mais simultanément, ce qui multiplie de façon exceptionnelle la puissance de calcul.

Google annonçait d’ailleurs, en 2019, avoir franchi une étape importante en fabriquant une machine capable de mener une opération en trois minutes et vingt secondes, là où il faudrait 10 000 ans au plus avancé des ordinateurs actuels. La même année, IBM dévoilait son premier ordinateur quantique dit commercial.

« Ça pourrait tout changer. Mais j’ai l’impression que c’est tellement une technologie de rupture, puisque ça rendrait tout désuet en ce qui a trait à la cybersécurité, que c’est une technologie qui va servir d’arme stratégique bien avant d’atteindre le grand public », précise-t-il. 

Mais d’ici là, un autre enjeu s’élève de plus en plus dans la sphère publique : la notion de vie privée sur le web. 

Sylvain Rocheleau, professeur au département de communication de l’UdeS, constate le peu d’appétit des gouvernements d’encadrer les activités des GAFAM. Il croit cependant que l’implantation d’une législation plus sévère soit possible. « Si les États-Unis le font », précise-t-il. « De plus en plus de gens s’inquiètent de l’utilisation de leurs données et c’est un réel enjeu lorsqu’on parle d’élections. Je crois que si les Américains décident de donner plus de mordant à leurs lois, les autres pays n’auront pas trop le choix de suivre. En attendant, la première étape est certainement d’éduquer les gens face à leur utilisation du web », conclut-il.