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10 ans de luttes sociales
Isabelle Boisclair, professeure en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke.

La parité prise au sérieux

Isabelle Boisclair est peut-être optimiste, de son propre aveu, mais elle voit clairement trois avancées pour les femmes au cours des 10 dernières années.

On commence à prendre la parité au sérieux et on devrait voir « les effets dans la prochaine décennie, voire plus tard ». 

« Je ne dis pas que la parité est gagnée, loin de là, mais c’est surtout la mobilisation et la reconnaissance de l’importance de la parité. C’est là où on avance. On commence aussi à la trouver légitime cette idée (...) C’est un signe de reconnaissance tangible », lance la professeure en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke. Cette préoccupation est particulièrement présente dans le domaine de la politique et en culture, note-t-elle.

Les médias, donne-t-elle en exemple, s’y intéressent maintenant automatiquement à la suite d’une élection. « C’est entré dans les mœurs, c’est pour ça que je dis qu’il y a un gain. Le fait qu’on la réclame, qu’on l’observe et qu’on la trouve légitime. »   

La vague du #MeToo (#MoiAussi) et le « post #MeToo » est aussi un fait saillant de la dernière décennie aux yeux d’Isabelle Boisclair. « C’est comme si on disait que c’est fini, l’impunité. Maintenant, on procède à des accusations, à des dénonciations, c’est normal. Mais avant, c’était jugé normal et ça se passait sans rien dire. Le pas est immense. Avant, on disait d’un oncle qu’il battait sa femme. Point barre. Maintenant, il y a une sorte de prise de conscience (...) Avec #MeToo, avec les réseaux sociaux, c’est devenu un mouvement planétaire. » Des victimes ont levé le voile sur leur histoire en dévoilant les noms de têtes célèbres.

Maintenant, dans cette ère « post #MeToo », il faut passer de la parole aux actes, avance-t-elle en citant l’exemple de la réforme du droit. « Il y a encore beaucoup de choses à faire, mais on est dans un moment tournant. » Elle se réjouit aussi de l’alliance que l’on a vu apparaître entre féminisme et écologie. L’écologie a connu des avancées certaines, selon Isabelle Boisclair.

« Ce n’est pas tellement une avancée qu’un fait marquant. C’est une préoccupation de beaucoup d’entre nous, à l’échelle individuelle, là c’est à l’échelle planétaire. » 

La plus récente figure qui nous vient en tête, c’est Greta Thunberg, cette adolescente suédoise qui tente de mettre l’urgence climatique à l’agenda des dirigeants du monde entier. D’autres femmes l’ont précédée, à différents niveaux. La professeure cite Rachel Carson, auteure de Silent Spring, un essai qui a « réveillé la planète » en 1962.  

« Ce sont plein de femmes militantes dans leur milieu, écologistes, anonymes, qui ont fait avancer des choses et qui rallient le mouvement qui est enfin visible. »

« Les deux mouvements se donnent plus de force et ils commencent à être reconnus. Je le mesure en regardant les nouvelles. On en parle sans sourire en coin. Il y a quelque chose de changé. »

Pas de recul, mais des menaces

Et en matière de recul? Isabelle Boisclair identifie plutôt une menace : celle qui plane sur les droits acquis en matière d’avortement. Le dossier a souvent fait les manchettes aux États-Unis. « On est des voisins. Ça pourrait arriver ici, s’il y a un gouvernement de droite ou si la droite patriarcale venait à être élue. Ça nous rappelle que rien n’est jamais gagné; ce n’est pas parce qu’on arrive en 2020 (que c’est acquis). Il y a encore des gens qui veulent restreindre l’autonomie des femmes. » 

L’actualité a été marquée, dans les dernières semaines, par la violence envers des élues sur les médias sociaux.

La députée de Sherbrooke Christine Labrie a porté plainte à la police après avoir dénoncé à l’Assemblée nationale l’intimidation dont elle et ses collègues sont victimes. La ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy a aussi porté plainte à la police pour des messages haineux. Cet automne, L’actualité publiait un dossier sur la manosphère. On y apprend comment, dans les profondeurs du web, des hommes y déversent leur fiel, voire leur haine, envers les femmes. On peut y voir une menace, note Mme Boisclair, lorsqu’on l’interroge sur l’intimidation dont sont victimes les femmes sur les réseaux sociaux. 

« Ces gars-là refusent de voir les femmes prendre la parole », souligne-t-elle. Elle rappelle d’ailleurs l’arrestation récente de Jean-Claude Rochefort, cet homme qui faisait l’apologie du tueur de Polytechnique. La tragédie a coûté la vie à 14 femmes il y a 30 ans. 

Ce qui l’amène à souligner que beaucoup de femmes demeurent sous le joug de la violence. Isabelle Boisclair plaide l’enseignement à l’égalité. Elle rappelle la quantité de stéréotypes qui survivent encore, basés sur la façon de comprendre l’homme et la femme, et ce qu’on attend d’eux. 

La situation des personnes LGBTQ + et des femmes autochtones a pris de plus en plus de place dans la sphère publique ces dernières années. « La parité me semble fondamentale parce que c’est la moitié de l’humanité, mais la diversité est tout aussi fondamentale, parce que notre société est diversifiée au plan ethnoculturel et sur le plan de l’identité sexuelle. »