Chroniques

Trump: de l’indignation à la réflexion

CHRONIQUE / Il y a quelques jours encore, le président américain Donald Trump a lancé de virulentes attaques à l’endroit de certaines élues démocrates, allant même jusqu’à leur suggérer de retourner d’où elles viennent. Bien qu’il n’ait cité aucun nom, on se doute bien qu’il faisait référence à des femmes comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. Outre la grossièreté de ses propos (et c’est un euphémisme!), il est par ailleurs difficile de ne pas être choqué par la méconnaissance dont le président Trump fait preuve à l’égard de l’histoire de son propre pays.

À l’instar de la plupart des autres grandes démocraties occidentales, les États-Unis se sont construits sur l’immigration et sur des valeurs comme l’ouverture et la tolérance – même si, dans les faits, ces dernières ont souvent été mises à mal, notamment en raison de l’esclavage et de la ségrégation raciale. En ce sens, qu’un président américain se permette de tenir ouvertement un tel discours est non seulement préoccupant, mais représente un net recul. Et cela dénote surtout un profond malaise dans la culture politique américaine.

L'actualité sous la plume de Bado

L'actualité sous la plume de Bado
Bado

Appel au boycott du film « Unplanned »

Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de cinémas Guzzo, a obtenu les droits de diffusion du film « Unplanned » au Québec. De son côté, le président de Cinéplex Ellis Jacob a annoncé sa décision d’aller de l’avant avec la projection du film. En tant que dirigeant de la plus grande exploitation de salles de projection du Canada, il est convaincu que chacun devra mettre de côté ses convictions personnelles et se rappeler que nous ne souhaitons pas vivre dans un pays qui censure le contenu, les opinions et les points de vue de chacun.

Dans le cadre de diverses entrevues, M. Guzzo a entre autres soutenu qu’il importait d’entendre tous les points de vue et que la diffusion du film permettrait la tenue d’un débat de société. Nous rappelons que ce débat de société a déjà eu lieu à plus d’une reprise et que la Cour Suprême du Canada décriminalisait l’avortement et affirmait en 1988 que le droit à la liberté garantissait à chaque individu « une marge d’autonomie personnelle sur les décisions importantes touchant intimement à sa vie privée ». 

Le film Unplanned est qu’une propagande anti-avortement. Ce film utilise des techniques de préjugés et de mythes maintes fois dénoncées par le milieu médical ainsi que par le mouvement pro-choix. Celui-ci reprend de nombreuses stratégies mensongères déployées au sein des centres d’aide à la grossesse anti-choix, dont l’objectif principal est de convaincre les femmes vivant une grossesse imprévue de poursuivre la grossesse coute que coute. La normalisation de discours mensongers au sujet d’enjeux tel l’avortement représente un enjeu de santé publique ayant des conséquences réelles sur la capacité des femmes de prendre des décisions libres et éclairées quant à une grossesse imprévue. Lorsqu’une société choisit de criminaliser l’avortement, celle-ci fait le choix d’envoyer ces femmes vers des avortements clandestins. 

À Vincent Guzzo qui mentionne « Il y a matière à controverse... En 2019, avec tous les moyens de contraception que nous avons, a-t-on vraiment le droit de dire que l’avortement est une alternative? », nous répliquons que le recours à l’avortement sera toujours nécessaire, et ce, pour plusieurs raisons : aucune méthode contraceptive n’est efficace à 100 %; trop de relations sexuelles sont vécues dans un contexte de violence conjugale, de relations inégalitaires ou imposées par la force. À ceux qui ont l’intention de manifester devant les cinémas, Vincent Guzzo répond qu’il les espère, qu’il convoquera les médias et qu’il se servira d’eux pour faire la publicité du film.  [...]

Nous dénonçons que Vincent Guzzo se serve du film Unplanned, qui est produit par la compagnie Soli Deo Gloria (« À Dieu seul la gloire ») pour faire de la propagande anti-choix et l’utilise comme argument afin de soutenir et de légitimer la création de lois restreignant le droit à l’avortement au Canada. 

Nous invitons la population à boycotter ce film. Ne laissons pas notre curiosité prendre le dessus sur notre raison. N’offrons pas de publicité aux producteurs de ce film. N’encourageons pas les entreprises privées qui utilisent des stratégies mensongères pour faire passer leurs idéaux anti-avortement.

Johanne Bilodeau et Émilie Théroux

Intervenantes 

Collectif pour le libre choix de Sherbrooke

Point de vue

Pour qu’on en finisse avec les vols d’identité

POINT DE VUE / La méga fuite d’informations personnelles de Desjardins, touchant une partie significative de la population québécoise, sera peut-être un point tournant dans l’attitude des institutions financières à l’égard de leurs clients. Enfin, on l’espère, parce qu’en cette matière, les pratiques de Desjardins ne sont pas vraiment différentes des autres et les conséquences tragiques pour celle-ci en feront peut-être réfléchir plusieurs.

Bon nombre d’institutions financières et organisations de crédit ont laissé les fraudeurs opérer en presque totale impunité, leur facilitant la tâche en simplifiant les tracasseries administratives aux demandes de crédit. Qui n’a pas été sollicité par ces fameuses «demandes préapprouvées» par la poste et «donateurs de cartes» à l’entrée des magasins? On en est même venu à trouver acceptable un certain pourcentage de fraudes, considérées comme un mal nécessaire afin de maintenir les taux d’adhésion et la compétitivité de leurs produits financiers.

Pire encore, lorsqu’il y a fraude ou vol d’identité, elles imposent aux clients qui en sont victimes un parcours du combattant afin de se libérer des menaces qu’elles font peser sur eux de détruire à jamais et unilatéralement leur dossier de crédit. Elles se défilent devant leurs responsabilités alors que c’est à elles que revient le fardeau de prouver que telle ou telle transaction financière, dont elles sont sensées avoir vérifié la validité, a bel et bien été effectuée par leur client ou un mandataire dûment autorisé.

J’espère qu’à partir de maintenant, cette attitude hautaine et désobligeante ne sera plus tolérée. Desjardins est peut-être la première à vraiment l’avoir compris, en raison de l’ampleur de la fuite d’informations et de l’atteinte à son image. Il ne reste plus qu’à souhaiter que l’exemple amène toute l’industrie des services financiers à revoir ses pratiques, afin qu’elle cesse de prendre ses clients en otages lorsqu’elle s’empêtre dans des problèmes qu’elle a elle-même créés.

La caricature de Côté du 15 juillet

La caricature de Côté du 15 juillet

Opinions

Les terres rares au centre du conflit commercial sino-américain

ANALYSE / Depuis deux ans, le conflit commercial sino-américain ne cesse de s’envenimer. Aux tarifs américains de 10 % imposés par Washington sur 60 milliards de produits chinois, Beijing répliqua en imposant des tarifs similaires à une variété de produits américains. Comme l’administration américaine augmenta ensuite ses tarifs à 25 % sur 250 milliards de dollars de produits chinois, le gouvernement chinois riposta en ajoutant de nouveaux tarifs.

En décembre 2018, la guerre commerciale prit une tournure judiciaire. Washington déposa des accusations criminelles contre la compagnie Huawei pour avoir violé présumément les sanctions américaines sur l’Iran. Considérée comme l’étoile montante de l’industrie des technologies chinoises, Huawei fut alors coupée de ses fournisseurs américains.

Refusant de céder devant les pressions américaines, la Chine accusa alors les États-Unis de pratiquer un terrorisme économique. Dans la perspective chinoise, l’affaire Huawei démontrait ouvertement la volonté américaine d’étouffer le développement technologique de la Chine. Aussi, le gouvernement chinois examina alors différentes options, y compris des scénarios plus ou moins cauchemardesques. Il ouvrit finalement un nouveau front en mai dernier.

Un embargo sur l’exportation des terres rares devint alors à l’ordre du jour. En menaçant de restreindre, voire même de bannir, l’exportation de terres rares, Beijing montra de manière dramatique l’acuité du conflit commercial l’opposant aux États-Unis. Les terres rares, une ressource hautement stratégique, devenait un puissant levier de négociation.

Les « terres rares », composées d’un ensemble de 17 minéraux, possèdent des propriétés magnétiques et conductrices indispensables à l’alimentation de la plupart des appareils électroniques comme les téléphones cellulaires, les télévisions, les ordinateurs personnels, les tablettes électroniques et les haut-parleurs intelligents. 

Le refus soudain de la Chine d’exporter des terres rares aurait des effets économiques négatifs immédiats. Cela signifierait ni plus ni moins un retour aux technologies des années 1980 ou 1990. Or, personne n’est disposé présentement à abandonner son iPad ou son iPhone.

Plus important encore, les terres rares représentent aussi un ingrédient essentiel pour le maintien de nombreux systèmes d’armes aux États-Unis. Les lasers, les sonars, les moteurs à réaction, les radars, les appareils de vision nocturne, les satellites, le guidage de missiles et les systèmes de défense antimissiles ne peuvent pas fonctionner sans les composantes produites à partir des terres rares. En un mot, un embargo sur les terres rares pourrait mettre en péril tout le développement du système de défense américain.

La domination du marché des terres par la Chine est relativement récente. Jusqu’aux années 1980, les États-Unis contrôlaient largement la production. Mais cette industrie étant très polluante, les groupes environnementalistes obtinrent la fermeture graduelle des usines américaines de traitement. 

Présentement, les États-Unis ne disposent plus qu’un site d’exploitation de terres rares, soit la mine MP Materials Mountain Pass située en Californie. Pire encore, les États-Unis n’ont plus aucune usine de transformation dans ce domaine. Aussi, même le minerai d’origine américaine doit être envoyé en Chine pour y être transformé en terres rares.

Entre-temps, la Chine assuma graduellement l’essentiel de la production mondiale. Profitant d’une main-d’œuvre moins dispendieuse et en imposant des normes environnementales moins rigoureuses, le gouvernement chinois s’empara de la production de cette ressource stratégique. Ainsi, la Chine contrôlait encore récemment 86 % de la production mondiale. En 2018, 80 % des terres rares utilisées aux États-Unis venaient de la Chine.

La problématique concernant les terres rares démontre comment l’administration américaine surestima fortement sa capacité de contrôler la chaine d’approvisionnement de cet élément stratégique. La vision à courte vue depuis plus de 30 ans du gouvernement américain est responsable de la présente dépendance nationale dans ce secteur clé. 

Conscient de l’omniprésence d’un monopole chinois dans ce secteur névralgique, l’administration américaine examine présentement différentes options pour soutenir le développement de transformation des terres rares hors de la Chine. Un accent particulier est mis sur le renforcement des capacités d’alliés comme l’Australie qui contrôle déjà 10 % de la production mondiale.

Or, la demande de terres rares dans le monde devrait croître d’ici dix ans proportionnellement au développement des produits de haute technologie. Certains experts affirment même que la demande va quadrupler. Le contrôle de cette ressource stratégique ne fera que s’accentuer. 

Déterminée à maintenir son ascendant sur le développement de produits en haute technologie, la Chine avait déjà décidé en 2015 de resserrer son contrôle de l’exportation des terres rares. Par conséquent, Beijing fusionna alors différentes sociétés et constitua six grandes sociétés de terres rares.

En consolidant ce secteur névralgique, la Chine augmente son influence sur le marché mondial. Ces six géants sont plus en mesure de fixer les prix, d’allouer les ressources à différentes compagnies, de privilégier d’abord les compagnies chinoises, d’améliorer la technologie de la production et même d’assurer une meilleure protection de l’environnement. 

Lors du dernier sommet du G-20 tenu au Japon, la Chine afficha un désir d’en arriver à un accord. Mais pour cela, il faut aussi que les États-Unis démontrent une volonté similaire de faire des compromis. Aussi, Beijing est disposé à souffler à la fois le chaud et le froid. 

Comme le président Xi l’affirma le mois dernier : « La Chine ne veut pas d’une guerre commerciale, mais nous ne craignons pas de la combattre. » En cas d’échec des négociations, la Chine sait qu’elle dispose d’une arme secrète : un embargo sur l’exportation des terres rares. Cet outil devient l’ultime moyen de Beijing de forcer la main à Washington. 

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté du 13 juillet

La caricature de Côté du 13 juillet
André-Philippe Côté

Opinions

L’égalité des citoyens avant tout

Mon cher Ihmed,

Je veux bien me dire désolé de ton départ de Sherbrooke. Je le suis encore plus de « perdre » le resto La Constantinoise que tu as implanté avec succès, et me retrouver nostalgique de tes plats algériens délicieux que j’aimais tant déguster, comme lors de mon long séjour en Algérie, de 1968 à 1972. Tu m’en vois déjà attristé.

Ceci dit, je ne saurais néanmoins accepter la raison, ou plutôt le prétexte, que tu évoques pour quitter Sherbrooke et le Québec, tes lieux de résidences bien-aimés, semblais-tu dire, au cours de nos échanges verbaux et chaleureux. C’était hier, je sais. Mais, tu as pris la décision de quitter ce Quebec qui t’a permis de naître au Québec. Hélas, je le dis!

Pourquoi, dis-tu? La loi 21, qui t’indispose. Ah, bon! J’ai à peine à te croire, Ihmed. Puis-je te dire amicalement que cette législation n’est pas un carcan, ni un cadre restrictif pour les « droits personnels » ni pour ton épouse voilée, en l’occurrence. Au contraire, elle vise l’égalité citoyenne avant tout, pour les croyants ou non; elle cible uniquement l’atteinte de responsabilités civiles et citoyennes égalitaires et, par le fait même, le droit pour tous, de bénéficier des mêmes approches dans les services publics, à visage découvert de chaque côté du comptoir, d’ailleurs le plus important de tous les devoirs citoyens dans une démocratie que tu as enfin eu l’avantage de connaître, conviens-en! 

Tu l’as constaté sans doute depuis ton installation ici, au Canada, particulièrement au Québec qui a toujours témoigné de cette attention envers les minorités, aussi bien religieuses que linguistiques et culturelles. Dis, cela aussi, tu l’as remarqué, Ihmed, non?

Permets-moi un exemple comportemental de la part de ta propre patrie d’origine que tu as quittée. Souviens-toi, à cet égard, des prescriptions indélébiles des sociétés musulmanes de ton cher pays de naissance, l’Algérie, où j’ai vécu quatre ans et que j’ai tant aimée telle une seconde patrie, pour moi. 

Par exemple, les interdictions y pleuvaient alors. Frontières fermées pour les coopérants dont j’étais, par la généreuse contribution du Canada envers ton pays, pourtant. Pas d’église catholique ou autre ouverte aux mécréants dont j’étais. Équité, ouverture? Non, point final! C’était en 1968, tu n’étais point né, Ihmed, tu ignorais sans doute ces intransigeances, je comprends. 

Bref, pas de neutralité religieuse, sauf pour la prédominance de l’Islam, la religion d’État, de foi musulmane autoritaire. Un exemple? Ainsi, à Annaba (ex-BONE du régime français) où j’ai vécu, si heureux, j’insiste: le gouvernement de l’Algérie avait mis sous scellé, puis condamné et « fermé » la magnifique cathédrale St-Augustin (l’est-elle encore?). Cela, le savais-tu, Ihmed?  

Sinon, que dis-tu de ces comportements de l’État algérien, ta patrie? L’actualité violente d’aujourd’hui nous en dit long sur cet autoritarisme extrême du régime politique islamiste que tu as pourtant quitté.

Soit, tu pars, je respecte ton choix. Je te souhaite, néanmoins, bons succès à Ottawa, qui n’offre pas la vie facile aux francophones, ni aux écoles françaises etc. par les temps qui courent sous la gouverne de l’actuel gouvernement avec un certain Ford, dominateur et extrême conservateur. J’espère qu’il ne te confinera pas dans les derniers retranchements pour l’éducation de tes enfants et autres valeurs de ta personne. 

Quant à moi, je me consolerai ici en me régalant, ailleurs, bien sûr, des couscous, tajines et bricks à l’œuf qui me feront oublier ton absence... peut-être.

Salutations amicales et arme-toi bien.

Yvon Côté, ex-résident d’Algérie (1968-72)
Sherbrooke


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Quitter ou intimider ?

M. Lakdhara, j’ai lu le vendredi 5 juillet vos réactions concernant la Loi sur la laïcité de l’État que vous considérez comme discriminatoire au point d’avoir lancé il y a plusieurs mois le mouvement #quitterleQuébec, et que vous souhaitez vous-même quitter. En tant que Sherbrookois d’origine, fils d’immigrant, et comme citoyen québécois, il me semble nécessaire de vous transmettre quelques observations.

La Loi s’inscrit dans la continuité de l’évolution historique, politique et sociale de la collectivité québécoise en faveur de la laïcité. Il s’agit d’une aspiration légitime et démocratique qui a cheminé progressivement sur une période temporelle beaucoup plus longue que les 9 ans que vous avez passés au Québec! Cela fait partie des compromis que le Québec s’est imposés dans son cheminement comme société progressive, égalitaire et démocratique.   

  Au Québec on ne souhaite pas que la religion domine les fondements sociaux, politiques, institutionnels et juridiques comme cela existe dans d’autres sociétés. C’est une réalité qui doit être prise en considération et respectée par tous, et ce, tout autant que les revendications et intérêts individuels. 

La Loi ne discrimine pas, elle met toutes les personnes interpellées (peu importe sa religion) sur un même pied d’égalité et elle concrétise la notion de laïcité de l’État : PRINCIPE DE SÉPARATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ET DE LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE, valeur fondamentale désirée et souhaitée par la majorité de la population. Oui, elle existe cette population majoritaire, silencieuse et tolérante, accueillante, qui partage généreusement ses ressources avec les nouveaux arrivants : ses réseaux de santé, d’éducation, ses programmes et mesures de soutien aux individus et aux familles (filet social le plus développé au Canada). 

Vous vous considérez davantage comme Sherbrookois que québécois! Flatteur pour les Sherbrookois, mais ceux-ci ne sont-ils pas également Québécois? Vos positions suscitent certaines interrogations en ce qui a trait à votre véritable volonté d’acceptation et de partage des valeurs et des modes de vie de la société québécoise.

Vos propos cherchent à intimider en recourant aux accusations de discrimination religieuse (sur quelles bases d’ailleurs) et en abordant le sort de certaines femmes. Toutefois, si ma lecture est exacte, pas toutes les femmes au Québec, seulement certaines évidemment! Un peu de reconnaissance et de respect des choix de société de la collectivité d’accueil dont vous bénéficiez des avantages serait-il trop demandé?

Au cours de ma carrière, j’ai occupé diverses fonctions dans plusieurs organismes publics. J’ai également enseigné au niveau universitaire durant plusieurs années. Comme d’autres, j’en retiens, n’en déplaise aux bien-pensants et aux amateurs de controverses, que le port de signes religieux n’a pas sa place ni sa raison d’être dans aucun de ces milieux et autres réseaux et instances publics.   

Réflexion : si les signes religieux n’ont pas de finalités culturelles et idéologiques spécifiques, alors pourquoi certains tiennent-ils tant à les afficher dans le cadre de leur emploi au sein d’organismes étatiques? 

Bernard Barrucco
Québec


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Histoire d’immigration

Sollicité par l’Université de Montréal requérant les services d’un spécialiste en techniques de laboratoire, mon conjoint a accepté, et c’est ainsi que nous sommes arrivés à Montréal en 1959. La religion catholique dominait alors toutes les institutions de la province sous le régime de Duplessis. 

Deux ans plus tard, l’hôpital de Saint-Jérôme a demandé le même service à mon conjoint et nous avons déménagé. La directrice du département, qui était une religieuse, a demandé à mon conjoint de lui présenter sa famille. Je n’ai retenu qu’une seule phrase de cet entretien « ici, tout le monde va à la messe tous les dimanches ».

Je n’étais ni croyante ni pratiquante. Nous étions les héritiers de la Révolution française de 1789. Tout comme vous, M. Lakhadra, j’avais le choix : soit accepter, soit plier bagage et retourner dans mon pays où j’avais une profession. Mais, sachant que la culture familiale soudait plus fortement notre famille que quelques rituels, j’ai opté pour la concession : chaque dimanche, toute notre famille est allée à l’église. 

Nous nous sommes intégrés dans un réseau d’amis qui n’étaient déjà plus soumis aux diktats de la religion, car nous étions, dans les années 60, à la veille de la Révolution tranquille du Québec qui allait évacuer la gouvernance religieuse. 

Vous appartenez à cette société-là, M. Lakhadra. Et le gouvernement Legault ne cherche pas à diviser, bien au contraire, il prône le vivre ensemble par une politique courageuse visant à favoriser l’intégration des femmes dans la société québécoise. 

Les femmes doivent, pour le bien-être du couple et de la société, décider de leur orientation professionnelle afin de participer au développement de la société, décider du choix de leur tenue vestimentaire, décider du choix de leur conjoint, enfin avoir les mêmes droits et privilèges que les hommes. Et non être contraintes de suivre des règles imposées par des coutumes. 

Dans ce pays de liberté, vous avez vu le soutien fervent et durable accordé par la population sherbrookoise à Raif Badawi. Cela aurait-il été possible là où vous voulez repartir?

Vous avez le choix M. Lakhadra.

Janine Boynard
Sherbrooke

Opinions

À propos de Valoris

C’est avec grand intérêt que j’ai pris connaissance du rapport de la vérificatrice générale de la ville, Mme Andrée Cossette, concernant Valoris, puisque c’est un dossier qui fut exigeant et qui a nécessité de nombreuses heures de travail pour l’élue que j’étais de 2013 à 2017.

Les constats avancés par la vérificatrice générale sont réels, mais ils manquent de contexte. En effet, il n’est nulle part fait mention que la construction du centre de tri de Valoris, qui est à l’origine de la plupart des difficultés, constitue en réalité un important projet d’innovation car nulle part ailleurs au Québec et au Canada, on ne trie la poubelle. La ville de Sherbrooke et la MRC du Haut-St-François se sont donc donné un défi hors norme en 2012. Ce projet, il faut le réaliser, prend aussi une forme unique puisqu’il s’agit d’une usine dont les activités concurrencent les entreprises privées: les matières résiduelles résidentielles sont municipalisées, mais ce n’est pas le cas de celles des industries, des commerces, des institutions et des compagnies de construction, de démolition et de rénovation. Enfin, ce projet représentait un investissement de 31 millions, une taille de projet qu’on rencontre peu souvent et le choix a été fait de s’y aventurer sans aucune subvention gouvernementale. Les villes qui ont opté pour des alternatives différentes, comme la méthanisation, ont toutes été fortement subventionnées.

Je ne crois pas que les élus de l’époque (2012), pas plus que ceux d’aujourd’hui, réalisaient que ce projet entrait dans une catégorie à part dans le monde municipal. Par exemple, pour le mandat de 2013 à 2017, donc pour la naissance du projet, le maire Sévigny a confié le mandat à trois nouveaux élus et à seulement un élu provenant de l’ancien Conseil. S’approprier un projet de cette envergure alors qu’on se lance dans les appels d’offre, ce n’est pas l’idéal. De plus, le maire et son parti nous ont souvent mis des bâtons dans les roues au lieu de nous soutenir, alors que ce projet, c’était leur idée. 

Avec beaucoup de pertinence, la vérificatrice générale a souligné que l’étude de marché à la base du projet contenait des hypothèses qui ne se sont pas réalisées, qu’il y a eu des dépassements de coûts, par exemple en raison des charges parasismiques occultées, et que les équipements de tri ne permettaient pas l’atteinte du rendement prévu. Quand on sait que Valoris s’est entouré de professionnels largement rémunérés à toutes les étapes du projet, que ce soit pour l’étude de marché, la réalisation des devis, la surveillance des chantiers et la conception des lignes de tri, je suis surprise que la vérificatrice générale ne suggère pas de faire investiguer le travail de ces professionnels par leur ordre professionnel afin d’établir les manquements s’il y a eu lieu. 

La venue en 2017 du directeur général Jean-François Sornin, qui arrivait du secteur manufacturier privé, m’a confortée dans cette idée que le Conseil avait nettement sous-estimé l’importance du projet. Avec une direction générale composée en tout et pour tout de deux personnes, nous étions très vulnérables. Un tel projet aurait dû nécessiter une équipe de direction de 5 à 6 personnes. Avec une telle équipe, plusieurs des manquements à la gouvernance soulignés par la vérificatrice auraient pu être évités. Encore une fois, les experts qui nous accompagnaient n’ont pas soulevé cette question d’importance.

Ceci m’amène à faire une recommandation que j’ajouterais à celles de Mme Cossette. La composition du conseil d’administration de Valoris devrait être revue pour créer des sièges attribués à des personnes ayant de l’expérience en gestion d’usine, en génie mécanique, en gestion des matières résiduelles et en finances, par exemple. Les profils habituels des conseillers municipaux font en sorte que peu d’élus possèdent de l’expérience dans ces champs d’activités nécessaires à un projet d’importance comme Valoris. 

Je tiens à féliciter les élus qui ont le courage de siéger à Valoris. Ils ont peu à gagner et beaucoup à endurer. 

Hélène Dauphinais

Ancienne vice-présidente et présidente de Valoris

Opinions

Boulevard René-Lévesque

Le report des travaux complémentaires du boulevard René-Lévesque, s’ils apparaissent décevants pour les uns, permettra de constater les faiblesses techniques dans sa construction. Et d’éviter pareilles erreurs.

Au total, ce boulevard ne confirme pas les avantages qu’on lui disait à l’origine, comme l’allègement et la fluidité de la circulation, le dégagement du boulevard Bourque et de la route 220 du côté de Saint-Élie. Voici pourquoi.

La fluidité anticipée n’est pas là. La configuration même du boulevard, en effet, à une voie de chaque côté, la vitesse réduite imposée de 30 à 50 km est moindre que celle du boulevard Bourque. Ajoutez à cela ces ronds-points petits et rétrécis, et ces nombreuses traverses piétonnières réservées donnant sur les résidences latérales du quartier.

Enfin, la planification même du plan d’urbanisme (blocs alignés d’appartements à haute densité d’occupation, la présence d’une école, un mobilier urbain épais [clôtures] masquant la visibilité de la circulation des ronds-points, tout cela empêche la fluidité de la circulation automobile, pourtant objectif initial du projet de départ. Seuls les cyclistes et les marcheurs semblent y trouver leur compte sur l’allée du terre-plein central... jusqu’où moment où ils devront « débarquer » de ce piège à souris central.

Décevant résultat, au final. Le boulevard René-Lévesque, hélas, ne semble pas avoir répondu aux attentes et préoccupations du départ. Les avenues De Portland, Bourque, Galt et autres me semblent encore autrement plus efficaces... malgré leur âge avancé.

Yvon Côté
Ancien conseiller municipal de Rock Forest [1978-88] Sherbrooke

Opinions

Questions environnementales

J’ai lu qu’en 2020 la ville de Sherbrooke propose d’interdire les sacs de plastique à usage unique. Je désire souligner qu’en tant que consommateur, les sacs que je paie 5 sous l’unité à l’épicerie sont utilisés dans un second usage comme sacs à déchets.

À 12 sous le sac Glad, les sacs d’épicerie sont de loin plus économiques pour les ordures de notre demeure. Si ce règlement est dans un but notable de réduire les bris des convoyeurs au centre de tri et aussi pour diminuer l’empreinte environnementale, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi la ville va encore permettre la livraison des PUBLI-SACS à domicile? 

Que dire maintenant des impacts environnementaux des imposants feux d’artifice qui sont présentés pas seulement pour une soirée, mais pendant les 7 soirs à la Fête du lac des nations? 

Que dire des impacts de ces particules fines sur les résidents de la ville avec des maladies pulmonaires chroniques comme l’asthme et l’emphysème?

J’aimerais qu’on m’explique. 

Mario Mercier
Sherbrooke

Opinions

Eau potable: Québec doit agir

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec doit réagir sans délai à l’étude de la firme BlueLeaf, de Drummondville, qui fait état de la présence de contaminants potentiellement toxiques et cancérogènes dans l’eau potable de 19 municipalités de l’Estrie et du Centre-du-Québec, dont Sherbrooke.

L’étude réalisée sur une période de trois ans a porté sur 70 produits que l’on retrouve dans l’eau de consommation. Elle met au jour la présence de pesticides, de produits pharmaceutiques et de produits chimiques industriels, à diverses concentrations.

Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux municipalités rurales qui tirent leur eau potable de sources souterraines. 

La présence de produits pharmaceutiques dans des échantillons d’eau souterraine (dans 16 % des cas) est particulièrement inquiétante lorsque l’on sait que près de 30 % des foyers québécois s’approvisionnent dans un aquifère.

Cette situation peut sans doute s’observer dans de nombreuses autres régions. 

L’étude confirme également la présence de plusieurs pesticides dans l’eau potable traitée dont certains sont liés à des malformations congénitales ou à des naissances prématurées.

Les chercheurs ont également détecté à plusieurs reprises et dans plusieurs municipalités la présence de cyclophosphamide (dans 16 % des échantillons), un produit pharmaceutique utilisé en chimiothérapie considéré comme cancérogène et un agent génotoxique.

Les chercheurs se basent notamment sur plusieurs études médicales et scientifiques pour appuyer leur dire.

Ces contaminants peuvent provenir de diverses sources : eaux usées, médicaments jetés dans les toilettes, activités agricoles ou industrielles ou encore percolation du contenu de fosses septiques vers la nappe phréatique.

BlueLeaf, qui se définit comme une entreprise privée à vocation sociale, a réalisé cette étude (publiée dans le Water Quality Research Journal de mai 2019) avec la collaboration de cinq chercheurs et professeurs de l’Université de Sherbrooke.

À la lumière des résultats et des impacts possibles sur la santé humaine, les auteurs plaident pour une étude d’évaluation des risques sur les effets combinés et cumulatifs de ces différents contaminants sur la santé.  

Les résultats commandent également une révision des normes sur l’eau potable au Québec.

Actuellement seulement une trentaine de produits sont « normés » dans la province alors que plus de 80 000 substances pharmaceutiques, chimiques et industrielles peuvent se retrouver dans l’environnement.

La situation diffère évidemment selon que les municipalités soient urbaines ou rurales ou encore qu’on y retrouve ou non des activités agricoles ou industrielles.

Barry Husk, président de BlueLeaf inc., parle de deux classes de municipalités : celles de 5000 habitants et plus, où les normes pour l’eau potable et la fréquence des analyses sont plus élevées, et celle de 5000 habitants et moins, qui s’approvisionnent généralement auprès de sources d’eau souterraine et où les exigences sont moins sévères.

La qualité des eaux souterraines est de plus en plus menacée par l’urbanisation, les changements climatiques, l’agriculture intensive et les rejets de toute sorte.

Parallèlement, des produits pharmaceutiques peuvent se retrouver dans les stations d’épuration des eaux usées sans être traités.

Il est donc impératif que le gouvernement s’associe avec les scientifiques pour revoir et resserrer les normes pour l’eau potable autant en milieu urbain que rural.

Car, si les observations des chercheurs de BlueLeaf sont exactes, elles démontrent un réel problème de santé publique qui touche probablement de nombreuses autres municipalités québécoises. 

La caricature de Côté du 12 juillet

La caricature de Côté du 12 juillet
André-Philippe Côté

Opinions

La question laitière comme enjeu des relations canado-américaines

ANALYSE / Depuis son accession à la présidence américaine, Donald Trump n’a pas cessé d’attaquer l’industrie laitière canadienne l’accusant d’avoir des politiques injustes à l’égard des Américains. Le président américain dénonce particulièrement de manière véhémente le système canadien de la gestion de l’offre.

Le système canadien de quotas mis en place durant les années 1960 protège les producteurs laitiers d’une fluctuation de revenue en fixant le prix du lait et en imposant des droits de douane élevés aux produits laitiers importés. Les producteurs laitiers canadiens se retrouvent ainsi protégés contre la concurrence mondiale en fermant quasi totalement le marché intérieur canadien aux produits laitiers importés.

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle

Point de vue

Derrière des portes closes

POINT DE VUE / Il ne se passe pas une semaine sans que des journalistes appellent à nos bureaux, à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), pour demander de l’aide. Pourquoi? Parce qu’on les empêche de faire leur travail. Oui, ici, au Québec.

On leur interdit l’accès à des rencontres qui sont pourtant publiques, comme des séances de conseils municipaux, ou, plus récemment, des rencontres d’information organisées pour les sinistrés des inondations qui ont frappé plusieurs régions du Québec.

Prétextant que la présence des caméras de télévision pouvait déranger certains citoyens, elles ont effectivement été interdites à ces rencontres. Ça a été le cas en Beauce, récemment, où des municipalités ont refoulé les journalistes de la télévision, ou encore en Outaouais, où la Sécurité publique a empêché les reporters d’assister à des assemblées qui avaient pour but d’informer la population. C’est comme si ces organisations — publiques, rappelons-le — s’étaient passé le mot pour écarter la presse de leur chemin. De quoi ont-elles peur?

L’argument que des sinistrés auraient demandé à pouvoir s’exprimer sans être filmés est facile et accommodant. Les journalistes comprennent très bien le désir de certains de ne pas voir leurs questions et commentaires apparaître dans les médias; il n’est pas nécessaire d’adopter des mesures aussi draconiennes pour s’en assurer. Du reste, à l’heure où pratiquement tout le monde possède un téléphone pouvant filmer et photographier, les médias sont loin d’être les seuls à pouvoir propulser des images dans la sphère publique.

Que ce soit parce qu’ils ont les pieds dans l’eau, parce qu’ils n’ont pas de moyen de transport ou pour quelque raison que ce soit, les citoyens n’ont pas tous le loisir d’assister à ces rencontres et s’en remettent aux médias pour leur transmettre l’information. C’est particulièrement vrai en période de crise.

Quand on empêche les journalistes de faire leur travail, on prive donc une partie de la population d’informations importantes, qu’elle est en droit d’obtenir. La multiplication de ces entraves au travail des journalistes est devenue à ce point fréquente qu’on peut commencer à parler de tendance. Il semble être de bon ton, de nos jours, de s’attaquer à la presse, de la décrédibiliser, de lui prêter des intentions. Les médias ne sont pas parfaits, c’est vrai, il leur arrive de commettre des erreurs, comme toute organisation, mais les museler n’est certainement pas la solution. Quand on s’attaque à eux de la sorte, c’est le public qu’on pénalise.

Certains diront qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Nous ne sommes pas de cet avis. Il y a lieu de se demander qui a intérêt à tenir des rencontres en catimini, à prendre des décisions à l’abri des regards. Les journalistes posent des questions, mettent en perspective, analysent et bousculent les autorités, au nom du public. Loin de la presse, sans micro, sans caméra, flanquées d’une armée de relationnistes dont le travail est précisément d’éviter les questions qui dérangent et de «contrôler le message», les organisations publiques qui écartent les médias servent d’abord leurs intérêts, et non pas ceux de la population.

Contrairement aux séances tenues par les municipalités plus tôt ce printemps, celles de jeudi dernier, organisées par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation étaient accessibles aux journalistes. Les médias ont pu librement rendre compte de ce qui s’y est dit, sans troubler le leur déroulement et la quiétude des participants.

De telles restrictions n’existaient pas, d’ailleurs, lors des inondations de 2017. Pourquoi maintenant? La FPJQ demande au ministère de la Sécurité publique et aux autorités municipales de laisser les journalistes faire leur travail d’informer la population, sans entrave. Cette culture de l’opacité, qui érode notre démocratie, doit cesser. Il en va non seulement de la liberté de la presse, mais également du droit du public à l’information.

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle

Opinions

Valoris! Tous responsables!

Depuis le dépôt de la vérificatrice générale, les élus se scandalisent de la situation financière de Valoris. Comme l’a dit Mme Annie Godbout : « c’est un fiasco! »

Actuellement, toutes et tous tombent des nues. Mais comment une telle chose a-t-elle bien pu se passer? Comment les choses ont-elles pu tomber jusqu’à ce point? Tous se posent ces questions. Évidemment, il est de bon ton de dire que c’est de la faute de Bernard Sévigny et c’est vrai qu’il porte une large part de responsabilités dans cette affaire. Par contre, le maire ne gouvernait pas seul. Il faut se rappeler que parmi les élus qui, en ce moment, s’arrachent la chemise sur le dos, certains étaient présents dans le conseil précédent. On se rappellera que Mme Annie Gobout, Mme Chantal L’Espérance, Mme Danielle Berthold, M. Marc Denault, M. Julien Lachance, M. Rémy Demers et Mme Nicole Bergeron siégeaient au conseil municipal à cette époque.  

Peut-on savoir ce qu’ils ont fait pendant toutes ces années? À l’époque, ces gens-là étaient bien contents de laisser Hélène Dauphinais se péter la gueule chez Valoris. Ils étaient bien contents de ne rien voir, de ne pas poser de questions alors que déjà, même dans l’esprit du moins perspicace des observateurs, c’était la chronique d’un désastre annoncé. Aujourd’hui, ils s’étonnent du fiasco alors qu’ils en sont les véritables responsables de par leur silence coupable. Être conseiller municipal, cela ne consiste pas seulement à quémander des bouts d’asphalte et des tronçons de trottoirs afin de se faire réélire dans quatre ans. Un conseiller municipal doit poser des questions, les questions qui fâchent et plus précisément, celles qui ne font pas l’unanimité. Ce qui se passe en ce moment, Bien sûr, avoir raison avant tout le monde c’est avoir tort et malheureusement, celles et ceux qui s’y risquent sont aussitôt qualifiés de « chialeux ». Belle démocratie en vérité!  

Pascal Cyr
Sherbrooke

Opinions

Est-ce la fin du service au volant?

Nous recherchons tous des solutions repas à la fois pratiques, rapides, faciles et simples, surtout lorsque nous voulons sauver du temps. Chaque fois que l’industrie agroalimentaire nous offre une solution pratique, l’environnement écope et le service au volant en est un bon exemple. Le service au volant a émergé durant les années 1970 et n’a pas cessé de se répandre. La plupart des grandes chaînes de restauration offrent un service à l’auto et les supermarchés s’engagent de plus en plus dans cette action. On retrouve le service au volant partout, mais plusieurs municipalités l’interdisent déjà.

Au total, 27 municipalités au Canada interdisent aux restaurateurs d’offrir le service au volant. Ces interdictions peuvent être partielles ou complètes selon la ville. Dans la plupart des cas, il existe une clause de droits acquis permettant aux commerçants qui fournissent déjà ce service de poursuivre leurs opérations. Puisque de grandes agglomérations comme Vancouver, Toronto et Calgary sont privées de ce service, environ 24 % de la population canadienne vit au sein d’une ville assujettie à un interdit. Plusieurs autres villes, dont Halifax et Edmonton envisagent d’emboîter le pas prochainement. Bien sûr, les raisons incitant les villes à ne pas autoriser le service au volant varient énormément. Une approche différente à l’urbanisation d’une ville, une meilleure qualité de vie et un développement durable définissent les grands axes de leur motivation. Fait intéressant, dans aucun cas la priorité n’est mise sur l’importance de diminuer le taux d’obésité et de suggérer à la population de suivre un régime de vie axé sur la santé. Toutefois, on vante abondamment et à répétition la diminution de la pollution atmosphérique ainsi que la réduction des déchets et des engorgements. Bref, il semble y avoir un mouvement contre cette innovation qui fait partie de notre patrimoine depuis plusieurs décennies.

L'actualité sous la plume de Bado

L'actualité sous la plume de Bado
Bado

Opinions

L’urgente nécessité de réformer la justice pénale américaine

ANALYSE / Les campagnes présidentielles américaines, en suscitant un grand nombre de candidats, ont le mérite, surtout dans la phase des primaires, de promouvoir des réformes importantes. Comme les candidats luttent pour obtenir la nomination de leur parti, ils doivent tous se démarquer par des propositions suscitant un accueil favorable chez les militants du parti.

C’est justement ce qu’a fait au début d’avril Amy Klobuchar, sénatrice démocrate du Minnesota. Cette dernière propose rien de moins, si elle devenait présidente en 2020, de réformer en profondeur les systèmes judiciaires et carcéraux aux États-Unis.

La caricature de Côté du 8 juillet

La caricature de Côté du 8 juillet

Opinions

Pression accrue

ÉDITORIAL / Au moment où la campagne électorale fédérale arrive au bout de la piste et s’apprête à prendre son envol, la pression augmente sur le gouvernement fédéral et la ministre de l’Estrie Marie-Claude Bibeau pour donner l’impulsion nécessaire à Sherbrooke pour le décollage d’une liaison commerciale régulière avec un grand transporteur.

Le ministre québécois des Transports et ministre responsable de l’Estrie, François Bonnardel, a choisi l’aéroport de Sherbrooke pour annoncer, vendredi, un programme d’aide pour les dessertes aériennes régionales (PADAR) devant contribuer à améliorer l’offre de services aériens par des transporteurs. Une enveloppe de 22,5 millions est disponible jusqu’en 2022.

Le programme permet à un aéroport de bénéficier d’une enveloppe de 500 000 $ pour rembourser un déficit d’exploitation d’une nouvelle liaison. À Sherbrooke, il n’existe aucune liaison commerciale vers Montréal offerte par un transporteur. Depuis des années, la Ville de Sherbrooke, la Chambre de commerce de Sherbrooke, l’Université de Sherbrooke poussent très fort pour obtenir des vols commerciaux.

« C’est encore inconcevable, surtout pour Sherbrooke, de voir qu’il n’y a aucune liaison aérienne qui peut être soutenue par un transporteur », répète le ministre Bonnardel. Le lieu de l’annonce de vendredi n’est pas le fruit du hasard. M. Bonnardel, qui a déjà promis de faire bouger le dossier de Sherbrooke, veut passer des messages à Mme Bibeau et aux grands transporteurs.
Sherbrooke est la seule ville de 200 000 habitants au Canada à ne pas avoir de desserte aérienne spécifique, avait déjà rappelé 

M. Bonnardel. Est-ce que la députée de Compton-Stanstead et ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, trouvera au cours des prochaines semaines les bons arguments pour convaincre son collègue des Transports, Marc Garneau, de régler cette erreur historique, qui constitue un affront à la grande communauté sherbrookoise ?

D’autant plus que Mme Bibeau avait promis à la dernière campagne électorale de tout mettre en œuvre afin d’assurer une liaison commerciale par un transporteur. Au moment de retourner devant les électeurs, il faut livrer la marchandise. Actuellement, 89 aéroports canadiens, dont certains sont plus petits que Sherbrooke, bénéficient d’une désignation de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) qui assure la couverture par Ottawa des frais pour les services de l’ACSTA.

La région ne veut pas de la proposition alambiquée du gouvernement libéral à l’effet de payer elle-même les frais de sûreté et de refiler la facture aux passagers. Cette proposition est injuste et impose un poids financier additionnel à la Ville et au transporteur qui mettra sur pied une liaison.

Mme Bibeau, la région réclame depuis des années un traitement équitable. Vous devez relancer vos collègues. Le dossier est suffisamment étoffé pour faire bouger les choses. Vous devez rappeler à vos collègues, en début de campagne électorale, que Sherbrooke se souvient de vos engagements et d’une déclaration du ministre Bonnardel le 12 décembre dernier. En table éditoriale à 

La Tribune, au moment d’évoquer le dossier de l’aéroport, il a laissé tomber : « respectueusement, je crois que le gouvernement fédéral nous a oubliés ». Il parlait alors de l’absence d’une désignation officielle pour Sherbrooke.

« Je ne peux pas faire plus », aviez-vous lancé à ce moment. Nous espérons que vous trouverez dans les prochaines semaines une nouvelle ouverture pour faire aboutir ce dossier. Dans ce cas précis, on ne parle pas de centaines de millions ou milliards de dollars pour un énorme chantier, mais de la correction d’une anomalie qui nuit au développement économique régional.

C’est le devoir du gouvernement fédéral, tout comme vient de le faire le gouvernement provincial avec le PADAR, de favoriser le développement des liaisons commerciales et, bien évidemment, le développement économique. Il est inadmissible qu’une agglomération de l’importance de Sherbrooke, avec ses deux universités, ses nombreux centres de recherche et ses entreprises ne puisse bénéficier de la fameuse désignation permettant de recevoir sans frais additionnels les services de sûreté de l’ACSTA.

La caricature de Côté du 6 juillet

La caricature de Côté du 6 juillet
André-Philippe Côté

Carrefour des lecteurs

Lac-Mégantic: plus jamais

Il y a six ans, le 6 juillet, la pire tragédie ferroviaire de l’histoire récente du Québec s’abattait sur Lac-Mégantic, emportant 47 vies et changeant à tout jamais celle de leurs proches et de la communauté entière.

Jamais le Québec ne se remettra tout à fait de ce drame humain et environnemental.

J’y étais au petit matin en tant que ministre de l’Environnement du Québec. Jamais je n’oublierai les visages des gens, l’ampleur de la catastrophe, les rues désertées, l’asphalte fondant sous nos pas, le panache de fumée menaçante, les wagons empilés, la détresse.

Nous avons tout fait pour gérer cette crise le plus adéquatement possible. La vérité, c’est que la seule façon, pour un gouvernement, de faire face à l’explosion et au déversement de près de huit millions de litres de pétrole, c’est d’empêcher en amont que ça se produise. La prévention.

Six ans plus tard, il est plus pertinent que jamais de talonner l’État canadien pour qu’il corrige sa négligence, sa complaisance peut-être, dans la sécurité du transport ferroviaire de matières dangereuses et qu’il amorce la sortie des énergies fossiles.

Le déraillement, lundi dernier, d’un train à Lac-Édouard n’est pas un cas isolé. Depuis Mégantic, le nombre d’incidents ferroviaires n’a pas diminué : il a augmenté. Encore en 2019, des personnes ont perdu la vie en Colombie-Britannique dans un déraillement quasi identique. 

Pendant ce temps, dix fois plus de barils de pétrole circulent dans les villes qu’avant Mégantic. Les incidents augmentent, les convois pétroliers allongent et s’alourdissent, et le Canada n’en tire aucune leçon. Il semble n’y avoir que les vies perdues qui, pour un temps, suscitent l’intérêt politique d’Ottawa.

D’où la nécessité d’une commission d’enquête publique pour faire la lumière sur les événements de Lac-Mégantic, mais aussi révéler le laxisme du Canada dans la sécurité ferroviaire qui met en danger ses propres citoyens. Encore aujourd’hui, Ottawa permet aux entreprises de transport de s’autoréguler. Ce sont elles-mêmes qui inspectent l’état des rails et leur équipement, pratiquement sans surveillance. Cette enquête sur la sécurité est essentielle indépendamment du débat sur la construction de nouveaux oléoducs pour l’exportation massive, qui ne réduirait pas d’une goutte la quantité de pétrole qui circule à travers nos municipalités. La volonté des pétrolières de l’Ouest n’est pas de remplacer mais bien d’ajouter.

C’est aussi pourquoi il faut convaincre le Canada que l’avenir ne passe ni par le transport de pétrole par oléoduc ni par le transport par train. Il passe par la sortie programmée des énergies fossiles, le seul risque zéro pour la population, en plus d’être un formidable moteur de développement économique régional pour le Québec en faisant appel à notre énergie propre, nos centres de recherche et notre savoir-faire innovant.

Nos municipalités pourraient être mises à contribution dans la création de richesses par le virage vert. Elles sont plutôt mises en danger par un modèle pétrolier canadien figé dans le siècle dernier alors qu’à la dernière Conférence des parties de l’ONU, le Canada était classé aux côtés de l’Arabie saoudite au bas-fond des États qui en font le moins pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Le Québec peut faire mieux, donc le Québec doit faire mieux, et fera mieux. Nous le devons aux gens de Lac-Mégantic.

Yves-François Blanchet
Chef du Bloc Québécois

Carrefour des lecteurs

Le Québec en fête, le Québec fracturé

Ce 24 juin, c’était la grande fête du Québec et du peuple québécois fier de sa société, de sa culture, de sa langue, de son histoire. Pourtant nombre de Québécoises et Québécois en étaient exclus de facto, considéré.es par cette même société comme des citoyen.nes de seconde zone, voire des non citoyen.nes ou encore des malvenu.es!

Québec, d’autres, nombreux aussi, musulmanes et musulmans, immigrantes et immigrants, demandeurs d’asile et réfugié.es, femmes et hommes des Premières Nations, se repliaient derrière les murs de leurs maisons et de leurs communautés. Peu étaient dans les rues pour célébrer cette fête du Québec qui devrait être celle de toutes et tous, unis dans un présent et un projet commun de bien vivre ensemble. En effet les messages que les politiques québécoises et les sondages auprès des populations dites majoritaires leur envoient, ne sont certainement pas des messages d’ouverture, de reconnaissance et de bienvenue.

Les lois sur la laïcité et sur l’immigration passées sous le bâillon juste avant le départ en vacances des parlementaires, donnent au Québec et à la société québécoise un nouveau visage, plus proche des pays européens et des États-Unis, moins humaniste, plus fermé, moins respectueux des droits de chacun.e et des minorités, plus dogmatique dans son approche du Vivre ensemble, discriminatoire et passéiste. 

L’inquiétude, la peur, le sentiment de menace montent dans ces communautés vivant au Québec mais aussi parmi les populations musulmanes et immigrantes du Canada et parmi toutes celles et ceux pour qui le Canada et le Québec représentaient jusqu’à maintenant le rêve d’une société accueillante dans laquelle ils pourraient bien vivre avec les autres, tournés vers l’avenir, en respectant leurs origines, leurs appartenances et leur liberté de religion. 

La mise à la poubelle de 15 000 dossiers de demande d’immigration en attente, la volonté de réduire le nombre de réfugiés accueillis et les réunifications familiales, les mesures restreignant l’accès à la résidence permanente et à la mobilité, la loi concernant l’interdiction de signes religieux dans plusieurs milieux professionnels dont la justice, la police et l’enseignement, représentent autant de discriminations qui visent ces mêmes populations : les demandeuses et demandeurs d’asile, les immigrantes et immigrants et plus spécifiquement encore les populations musulmanes, sikhes et juives, et de plus près encore les femmes de tous ces groupes. 

Le gouvernement Legault se targue d’avoir la majorité francophone derrière lui pour faire passer ces lois, sélectionner des immigrants correspondant pleinement aux besoins des employeurs, de préférence européens, francophones et surtout non musulmans… Il se réfère à cette même majorité silencieuse des sondages pour dire que tout le monde est prêt à tourner la page de la laïcité et passer le message qu’on en a assez des plaintes minoritaires qui proviennent d’étrangers non assimilables, surtout ces femmes musulmanes qui feraient mieux de rester chez elles si elles veulent continuer à montrer leur foi, leur différence! 

Et le message passe, les Québécois.es francophones sont de plus en plus frileux vis-à-vis des immigrant.es, les actes racistes et haineux se multiplient en particulier vis-à-vis des populations musulmanes, les courants d’extrême droite montent en puissance et sont de plus en plus banalisés. Les personnes migrantes sont perçues comme une force de travail à jeter après usage!

Et pourtant comme la photo d’un petit garçon syrien mort sur une plage de Grèce en 2015, celle d’un père salvadorien et de sa fille eux aussi noyé.es au bord de la frontière états-unienne suscite une montée d’émotions au Québec comme ailleurs dans le monde. Le peuple québécois bien sûr n’a pas perdu son humanité et il suffit parfois d’une étincelle pour la réveiller. Par contre il est possible que les personnes immigrantes, réfugiées, musulmanes n’aient plus la patience ni le courage d’attendre l’étincelle qui permettrait un rapprochement, un retour sur les préjugés, une relecture de ces textes de lois qui les discriminent.

Le collectif Ensemble avec les personnes migrantes contre le racisme a reçu plus de 100 signatures d’organismes et de personnes à la Déclaration qui dénoncent ces lois racistes. Lors de l’assemblée publique du 26 mai puis du rassemblement du 9 juin, les participant-e-s ont décidé de continuer, après le passage des lois, à lutter contre ces discriminations et à se solidariser avec les personnes et groupes qui en sont la cible et pour qui l’avenir paraît bien sombre.

Monsieur Legault,
Monsieur Jolin Barrette, la page n’est pas tournée, il vous faut prendre soin des déchirures et fractures qui grandissent.

Michèle Vaatz-Laaroussi
Collectif Ensemble avec
les personnes migrantes
contre le racisme


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Sans préjudice

Il faut s’y faire. À l’adoption de la loi 101 sur le français au Québec, plusieurs anglophones ne pouvant ou ne voulant pas l’accepter ont déménagé hors Québec. Il faut donc s’attendre à ce que des gens qui extériorisent leur religion en fassent autant dans le contexte de la loi 21. Sans compter que ce n’est pas dans nos mœurs de se cacher le visage en public. Le dicton « à Rome on fait comme les Romains » n’est pas faux.
Cependant, ce que je trouve surtout déplorable est que ces mêmes gens ne semblent pas tenir compte que toute religion autre que la leur n’est pas tolérée dans les pays où leur religion est pratiquée.
Ici, la religion se vit en privé, alors pourquoi ne pas s’adapter pour continuer à vivre ici en toute quiétude avec nous?  
Serait-ce de l’entêtement?  
Reste à voir...

Eddie Falcon

Opinions

Lâche pas la patate…

La patate manque d’amour ces derniers temps. Tellement, que les producteurs de pommes de terre du Québec préparent une campagne de séduction afin de redorer le blason de ce féculent. Ce légume a marqué l’histoire de l’humanité à plusieurs reprises en prêtant son nom à la guerre des Pommes de terre en 1778, en parant aux famines ou en participant à la découverte de nouveaux territoires. La patate a même joué un rôle prédominant dans le film Seul sur Mars où un homme tentait de cultiver un légume sur la planète rouge et son choix s’était arrêté sur la patate. Depuis ces moments de gloire, elle sombre pratiquement dans l’oubli avec le nouveau guide alimentaire, peu de chefs célèbres l’utilisent dans leurs plats, les grands restaurants la mettent rarement en valeur, plusieurs personnes qui suivent une diète restrictive la boudent, bref la patate vit une crise existentielle partout en Occident.

La patate constitue la 4e denrée agroalimentaire en importance au monde, après le maïs, le blé, et le riz. Le Canada est le 6e plus grand consommateur de pommes de terre au monde en volume après la Chine, l’Indonésie, le Pakistan, le Nigéria et les États-Unis. En revanche, le Bélarus remporte la palme pour la consommation de patate par personne. Chaque Bélarussien mange environ 185 kilos par année, pratiquement un demi-kilo par jour. Pour le Canada, la consommation par personne diminue depuis quelque temps, une demande de 68 kilos, soit une baisse notable depuis le sommet historique de 87 kilos en 1997. En termes de production, le Canada se classe 18e parmi les grands producteurs de patates au monde tandis que la Chine mène le bal. Sur le territoire canadien, les provinces du Manitoba et de l’Île-du-Prince-Édouard produisent les plus grandes quantités de patates au pays. Le Québec compte aussi parmi l’un des grands producteurs au Canada. Il s’agit donc d’une denrée importante pour notre industrie agroalimentaire. 

Au Canada, la pomme de terre fait vivre au-delà de 350 000 Canadiens, tous secteurs confondus. Producteurs agricoles, distributeurs, restaurateurs, bien des gens s’affairent à nous offrir la meilleure poutine, patate frite ou frite-sauce et l’accompagnement d’un plat pour nous réconforter une fois de temps en temps. 

Mais ces jours-ci, la pomme de terre semble avoir du mal à se tisser une place au sein d’une société qui mise de plus en plus sur une diète santé. Elle a pourtant permis à plusieurs propriétaires de cantine à patates à bien gagner leur vie, autant en région que dans les centres urbains. Pendant que les cabanes à patates en région devenaient le second lieu d’attroupement après le perron d’église, les grandes chaînes mariaient la patate à leur plat vedette. Plusieurs ne savent pas que le Canada a innové plus d’une fois avec la patate. Les croustilles assaisonnées et à saveur de ketchup, les flocons de patates pilées instantanées ont tous été inventés au Canada. La patate Yukon Gold, l’une des variétés les plus populaires au monde, a été créée chez nous. Et bien sûr, la popularité de la poutine a aussi donné un nouveau souffle à la patate, mais depuis une vingtaine d’années, il n’y a pas vraiment de plat ou d’innovation qui offre une attention particulière à la patate. La baisse des ventes reflète malheureusement cette réalité.

La patate, la vénérable des champs, fait face à deux obstacles importants. D’abord, sa préparation. Une patate crue prend du temps à cuire. Et pour le consommateur, le temps est devenu précieux. Les patates précuites intéressent les consommateurs mais il faut toujours savoir quoi faire avec ce produit en cuisine. Pas tout le monde sait cuisiner de nos jours. L’autre défi est la méconnaissance de ses attributs nutritifs. En effet, la patate contient de façon générale plus de potassium que la banane, plus de vitamine C que l’orange et plus de fibres que la pomme. Quand même incroyable comme palmarès ! Mais les régimes contemporains et populaires comme la diète cétogène n’encouragent pas la consommation d’aliments riches en glucides comme la patate. 

En principe, une campagne qui vise à rappeler les bienfaits de la patate est une stratégie opportune. La patate le mérite bien. Après tout, elle peut même générer de l’énergie pour allumer une ampoule, tandis que Monsieur Patate est encore désiré par plusieurs enfants à travers le monde. Elle représente le légume parfait, autant pour la survie que pour le plaisir. 

Sylvain Charlebois est professeur titulaire à l’Université Dalhousie.

La caricature de Côté du 5 juillet

La caricature de Côté du 5 juillet
André-Philippe Côté

Votre opinion

Pourquoi j’appuierai le Bloc québécois en octobre

OPINION / Dans quelques mois, il y aura des élections fédérales au Canada. Après avoir examiné ma conscience ainsi que les idées politiques des différentes formations politiques, j’ai pris la décision d’appuyer le Bloc québécois. Bien sûr, cette décision a peu de lendemains car, ici, dans l’ouest de l’île de Montréal, la vaste majorité des électeurs serait de nouveau dans le camp du Parti libéral. Rien de nouveau si bien que mon vote de protestation ne pourrait pas être interprété comme étant un vote stratégique.

D’abord, disons-le franchement, je suis à bout de patience avec les Canadiens anglais. À un tel point que, selon moi, la souveraineté du Québec devient une option réelle. Il s’agit de toute une évolution pour un gars de Toronto, n’est-ce pas?

Votre opinion

Vapotage: les gouvernements doivent trouver un équilibre réglementaire optimal

OPINION / Partout au Canada, la loi interdit aux mineurs de se procurer de l’alcool, de la marijuana, des cigarettes et des produits de vapotage. Toutefois, des données publiées récemment indiquent qu’ils en consomment malgré tout.

Les manchettes des médias disent tout. Un rapport publié récemment dans le British Medical Journal (BMJ) montre que le Canada a connu une hausse « colossale », « impressionnante » et « vertigineuse » du vapotage chez les adolescents. Parmi les 16 à 19 ans, l’utilisation des produits de vapotage au cours des 30 derniers jours a augmenté de 74 % entre 2017 et 2018.