Point de vue

Gilets jaunes: pour sortir de la crise

Avec le temps, le phénomène des «Gilets jaunes» est devenu en France une grave crise sociétale dont on ne voit plus l’issue. Oui, avec le temps.

Le président Macron a sans doute cru qu’avec celui-ci et quelques mesures d’accommodement la crise se résorberait. Mais tel ne semble pas le cas après un huitième samedi de suite de manifestations marqué de violences à travers toute la France. Le président Macron a manifestement échappé le ballon.

La question maintenant se pose : pourra-t-il le récupérer, les sondages lui étant depuis des semaines très défavorables? La confiance en sa présidence n’est plus. Plusieurs demandent sa démission. Je ne vois pas comment il peut sortir d’une crise devenue de plus en plus irrationnelle, sans devoir faire un grand coup d’éclat. Je n’en vois que deux possibles : soit il dissout l’Assemblée nationale et déclenche des élections anticipées ou soit il propose un référendum sur ses réformes proposées; en cas d’un vote négatif lors d’un tel référendum, il démissionnerait. Bref, une solution à la De Gaulle qui a fait assez régulièrement de telles consultations durant sa présidence.

Mais Emmanuel Macron est-il capable de faire un tel coup d’éclat? L’ancien président Sarkozy a dit un jour que le président Macron finirait mal son mandat. Je me demande plus en plus si celui-là n’avait pas raison. Une chose me semble sûre : le président Macron devra forcer la joute politique avec un grand coup pour sortir de cette grave crise. Les mesures économiques et sécuritaires ne suffiront pas.

Michel Lebel

Entrelacs

Point de vue

Nomination de MarieChantal Chassé: une désolante et unique erreur de parcours?

Souvenons-nous qu’à l’approche de la dernière campagne électorale, Monsieur Legault, vous promettiez que dans les 100 premiers jours de votre règne, vous confieriez à la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, le mandat de faire évaluer les compétences des sous-ministres et des dirigeants d’organismes.

Et ce, afin de séparer le bon grain de l’ivraie et en dernière analyse, de vous assurer que les hauts fonctionnaires occupant des postes-clés, possèdent les compétences pour occuper leurs fonctions. «On ne peut pas confier à un individu la gestion de 400 employés alors qu’il n’a aucune expérience en ce domaine», illustriez-vous. Depuis, nous avons compris qu’un tel processus de nomination ne pouvait se faire sans changement législatif et délai indu.

Néanmoins, en composant votre cabinet, vous avez choisi

MarieChantal Chassé pour porter à bout de bras les grands enjeux environnementaux. Un visage neuf, devant incarner et relever au premier chef cette responsabilité de votre nouveau gouvernement et répondre aux attentes de la population. Malgré l’importance de ses réalisations passées, tout un défi attendait la nouvelle ministre. En tout respect, M. Legault, auriez-vous minimisé ou ignoré l’importance des dossiers confiés en coiffant Mme Chassé du titre de ministre de l’Environnement? Bravo quand même pour avoir su stopper l’hémorragie en remplaçant rapidement la titulaire de ce poste-clé. Car il s’agit vraisemblablement d’une fonction d’envergure puisque les hauts fonctionnaires que sont les sous-ministres relèvent directement de vos ministres. Conséquemment, ces derniers ne doivent-ils pas aussi faire preuve de compétences, en possédant les savoirs, savoirs-faire, et savoirs-être attendus de toutes les personnes agissant comme intermédiaires entre les citoyens et l’administration publique? De ce fait, elles doivent être capables de répondre adéquatement aux préoccupations tous azimuts qui leur sont adressées.

Force est de constater que cette vérification des compétences de votre recrue a été oubliée ce qui vous a contraint à la propulser en dehors de votre arène. Souhaitons néanmoins qu’il s’agit là d’une désolante et unique erreur de parcours.

Nicole Lévesque, Ex-directrice des ressources humaines de la fonction publique 

Cap-Rouge

Carrefour des lecteurs

La maison qui rend fou

Qui ne se souvient pas de la maison qui rend fou des 12 travaux d’Astérix? N’est-ce pas ce qui arrive maintenant dans notre système de santé?

Avec le morcellement des services et des interventions, combiné au manque total de coordination, se faire soigner devient une entreprise ardue qui a de quoi rendre fou.

Les conséquences pour la population sont multiples. Quand on a un problème de santé qui nécessite un traitement le moindrement complexe, on se fait référer d’un spécialiste à l’autre avec des délais prolongés. Et c’est sans compter les délais d’attente à chaque entrevue. Pendant tout ce temps, le problème n’arrête pas d’empirer. Cela en décourage plusieurs qui n’osent pas consulter. En plus de nuire à la santé des gens, cette pratique a également des effets sur le marché du travail, en augmentant l’absentéisme pour raison de santé. On ne saura jamais combien de centaines de morts prématurées cela aura causé.

Pour les professionnels de la santé, cela a un double avantage. D’abord, cela produit une augmentation des actes médicaux et donc davantage de revenus. Enfin, dans tout ce dédale d’interventions, il devient de plus en plus difficile de préciser les responsabilités, ce qui augmente la protection du personnel.

Il semble de plus en plus que les médecins ne sont plus là pour les patients, mais bien plutôt les patients pour les médecins. Sans rejeter l’avantage des spécialisations, n’y aurait-il pas moyen de trouver des façons de faire pour arriver à une meilleure cohésion des services et une plus grande coordination? Ne faudrait-il pas revoir pour cela nos valeurs et nos priorités?

Jean Miville-Deschênes
Sherbrooke

Chronique

Botter le cœur de Trudeau

CHRONIQUE / Un verre de champagne rosé dans une main. Un canapé au foie gras dans l’autre. À la maison, en présence d’un médecin, au moment qu’elle aura choisi. C’est ainsi que dit vouloir mourir Nicole Gladu, une septuagénaire atteinte d’un syndrome post-poliomyélite sévère dont la cause est plaidée depuis lundi devant la Cour supérieure du Québec. Pourquoi s’y opposer si son choix, comme celui de grands malades comme elle, est libre et éclairé?

Mme Gladu n’est pas la seule au pays à souhaiter ce scénario réfléchi, planifié et doux pour mettre fin à des années de souffrances et au déclin de son autonomie et de sa qualité de vie.

Dans le cadre légal actuel, l’aide médicale à mourir n’est cependant pas accessible à Mme Gladu. Ni à Jean Truchon, un homme de 51 ans atteint de triparalysie, qui mène avec elle la contestation devant les tribunaux. Ce sont de grands souffrants, mais ils ne sont pas en fin de vie et leur mort naturelle n’est pas «raisonnablement prévisible».

Attendre une mort naturelle et prendre leur mal en patience. S’offrir un coûteux billet simple pour Dignitas en Suisse, et revenir au pays réduit en cendres dans un colis livré par la poste. Jeûner jusqu’à ce que mort s’ensuive ou pour devenir enfin admissible à l’aide médicale à mourir. Tenter de se suicider, ou convaincre quelqu’un de les aider à le faire. Voilà leurs options.

Qui n’aspire pas à une finale plus sereine, plus digne, plus agréable avec des êtres chers réunis autour de soi, avec en prime, pour certains, une dernière flûte de bulles? 

En quoi permettre un possible recours à l’aide médicale à mourir à ce type de malades met-il en danger la vie de personnes vulnérables et handicapées dans la société? En quoi cela peut-il nuire à la prévention du suicide chez les personnes dépressives?

Les cancéreux n’optent pas tous pour l’aide médicale à mourir depuis que Québec et Ottawa la permettent. Et les médecins ne sont pas légion à vouloir procéder à l’injection finale. 

La réaction serait probablement la même si les lois incluaient les personnes atteintes de maladies graves et irrémédiables dont les souffrances sont devenues intolérables.

Dans l’arrêt Carter rendu en 2015, la Cour suprême n’excluait pas l’aide médicale à mourir pour une personne adulte capable de consentir clairement à mettre fin à sa vie et affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition.

Ottawa ne l’a pas transposé ainsi dans sa loi. Nicole Gladu, Jean Truchon et leur avocat Jean-Pierre Ménard veulent qu’Ottawa la modifie pour coller à l’arrêt Carter.

Il faut «botter le cœur de Trudeau», faire appel à la compassion des élus, disait en décembre Yvon Bureau, lors d’une rencontre d’information du Collectif Mourir digne et libre, à l’Université Laval.

Il faudra voir les arguments qu’apportera en cour supérieure la batterie d’avocats et d’experts des gouvernements d’Ottawa, de Québec, et des groupes opposés à l’aide médicale à mourir. Les difficultés appréhendées sont-elles insurmontables? Quel dérapage est à craindre?

Margo Ménard a témoigné de son expérience à l’Université Laval. Cette mère a accompagné son fils Sébastien chez Dignitas, en Suisse. Atteint de sclérose en plaques, celui-ci ne se voyait pas, à 42 ans, poursuivre sa vie dans un CHSLD.

Selon cette mère, des dérapages risquent de se produire lorsque des personnes n’ont pas accès à l’aide médicale à mourir, lorsqu’on leur dit qu’elles ne sont pas «assez en fin de vie». Des gens se suicident, d’autres échouent leur tentative.

Lorsque l’urne de son fils est arrivée de Suisse cinq semaines après son décès comme un simple colis commandé chez Amazon, Mme Ménard a fait la promesse qu’aucune autre famille québécoise n’aura à refaire ce parcours indigne.

Les élus qui se disent à l’écoute de la population ne peuvent ignorer ces appels à l’aide.