Harvey Weinstein

Weinstein: coupable!

ÉDITORIAL / Le contraire n’aurait pas été surprenant, compte tenu de la difficulté de déclarer coupable des gens accusés d’agression sexuelle. Il fallait donc se préparer à tous les verdicts. Mais finalement, le bon sens aura prévalu : Harvey Weinstein a été déclaré coupable de deux des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui.

L’ex-producteur de cinéma, longtemps considéré comme l’un des hommes les plus puissants à Hollywood, se retrouvera donc en prison pour un minimum de cinq ans, dans deux semaines, lorsque le prononcé de la sentence se fera.

Évidemment, ses avocats porteront le verdict en appel, selon toute vraisemblance. Il faudra espérer que la peine tiendra, tellement il y avait de victimes présumées — 80 ! —, tellement il y avait d’actes répréhensibles, tellement il avait usé de son pouvoir pour forcer des femmes à se livrer à des gestes de nature sexuelle sans leur consentement libre et éclairé. C’était évidemment de la foutaise lorsque M. Weinstein déclarait n’avoir eu que des relations sexuelles consensuelles avec toutes ses victimes.

L’importance de ce verdict se démarque, car après Bill Cosby en 2015, Harvey Weinstein s’est avéré le premier d’une série d’hommes pointés du doigt dans ce qui est devenu un mot-clic très utilisé, #MoiAussi (#MeToo en anglais). Un peu partout à travers le monde, incluant au Canada, des accusations ont été déposées et ont mené à une série de procès. On n’a qu’à penser à celui de l’animateur de télévision Éric Salvail, présentement en cours, ou encore au producteur de spectacles Gilbert Rozon, dont le procès est prévu en juin 2020. De nombreux autres cas ont aussi ébranlé les colonnes du temple.

Le second volet de l’importance du verdict Weinstein est qu’il a prouvé que la justice pouvait reconnaître la culpabilité, même si les victimes ont maintenu leurs contacts avec leur agresseur. 

D’ordinaire, on aurait pu croire que les victimes auraient voulu couper tous les ponts avec M. Weinstein. Dans deux des cas soumis au jury, ce n’était pas le cas. Mimi Haleyi, une ancienne assistante de production, avait été victime d’une agression sexuelle en 2006, tandis que l’aspirante actrice Jessica Mann a été victime de viol en 2013. Les avocats de M. Weinstein ont produit une série de courriels faisant la démonstration que ces deux femmes avaient gardé contact avec lui, après les faits allégués. Cela aurait prouvé, à leur avis, qu’elles étaient pleinement consentantes.

En reconnaissant la culpabilité de M. Weinstein, les digues des accusations pourraient s’ouvrir plus grandes encore, maintenant que les liens après les faits n’éliminent pas la possibilité d’un verdict de culpabilité. C’est capital. La défense à l’effet que ces deux femmes, avides de connaître la gloire du grand écran, auraient agi par opportunisme n’élimine pas la responsabilité du producteur.

D’ailleurs, Harvey Weinstein fait l’objet de deux autres accusations d’agression sexuelle, commises à Los Angeles en février 2013. Ce procès se déroulera à une date ultérieure. Et d’autres accusations font encore l’objet d’une enquête à Londres et Dublin. 

L’accusé a tenté de se substituer aux victimes. En affirmant que les relations étaient consensuelles. En se présentant presque comme un vieillard faiblissant, appuyé sur sa marchette, du haut de ses 67 ans et de sa forte corpulence. Il est vrai que les accusations l’ont beaucoup vieilli en deux années. Mais ce n’est que la rançon de sa gloire, que le prix qu’il doit payer pour avoir forcé des victimes à avoir des relations sexuelles avec lui, tandis qu’il réalisait des films à succès.