Normand Boivin

Vivre, mais à quel prix?

CHRONIQUE / Lorsque la pandémie de coronavirus sera terminée, il y aura bien des questions à se poser sur les façons dont on a géré la crise.

L’idée n’est pas de critiquer ce qui s’est fait — au Québec du moins —, car tout le monde nageait dans l’inconnu. On n’aura pas à se demander si nous étions prêts à y faire face, car on connaît déjà la réponse. À l’échelle du monde et de chaque gouvernement, on sait que c’est non.

Il faudra plutôt se demander comment on pourra faire face à la prochaine crise, car selon les experts, il y en aura une. La dernière, c’était il y a 100 ans. Et il y a fort à parier que la prochaine arrivera plus vite. On dit que la destruction des écosystèmes, qui rapproche la faune sauvage des humains et de leurs animaux domestiques, augmente le risque de transmission de virus inconnus de notre système immunitaire.

Mais au-delà des scénarios qu’il faudra échafauder pour pouvoir affronter la prochaine bibitte, il faudra se demander surtout quel prix l’humain est-il prêt à payer pour rester en vie?

Et je ne parle pas ici d’argent. La facture, on va la payer, comme on a payé pour les deux Guerres mondiales et le 11-Septembre.

Non. Je parle ici de mode de vie.

Au début de la pandémie, c’était plutôt une expérience inusitée, voire amusante, que de se confiner à la maison en mars et avril, surtout qu’au Québec, on se les gelait solide. Ça nous a permis de découvrir le télétravail et ces nouvelles technologies qui risquent de sonner le glas du traditionnel métro-boulot-dodo de la vie moderne. Là-dessus, plus rien ne sera jamais pareil ; comme après le 11-Septembre.

Mais ça nous a surtout permis de constater que oui, l’humain est un animal grégaire et qu’il a vraiment besoin de côtoyer ses semblables. Surtout ceux qu’il aime.

Le confinement a été une expérience traumatisante. Ne pas voir ses proches : ses enfants, petits-enfants, parents âgés, fut pénible, et c’était le temps que ça finisse.

Oui, le confinement a prouvé son efficacité. Mais pourra-t-on se résoudre à y recourir lorsque surviendra la prochaine pandémie ? Dans sa grande sagesse, le gouvernement Legault, comme d’autres dans le monde, a lâché du lest avant même la fin de la crise. Mais il était temps. Il le savait, et a pris le risque de voir le virus recommencer à infecter à plus grande échelle, plutôt que de maintenir la ligne dure qu’aurait sans doute préférée la Santé publique, car il sentait bien qu’il perdait le contrôle.

Les Québécois forment un peuple pacifique et docile, comme disait la ministre, et on n’a pas vu ici des émeutes comme celles issues de la droite américaine pour réclamer le déconfinement. Mais avec l’arrivée du beau temps, on commençait à trouver ça moins drôle.

C’est là qu’on revient à la question du départ : celle du prix qu’on est prêt à payer. Car il serait venu un temps où les gens auraient carrément défié les décrets. Même si le danger était toujours là, ils auraient dit : « À quoi bon. J’aime mieux le risque que de continuer de vivre comme ça. »

Ça n’a rien d’étonnant ; cette question du prix qu’on est prêt à payer, on se la pose tous les jours, quand on s’écrase devant la télé avec une bière et un sac de chips au lieu d’aller faire du vélo, quand on ouvre un paquet de cigarettes et qu’on adopte des mauvaises habitudes de vie.

Pour les justifier, on a les négationnistes : « Mon grand-père a fumé toute sa vie et il est mort à 90 ans. » Les je-m’en-foutistes : « On n’a qu’une vie à vivre. » Et les fatalistes : « Faut bien mourir de quelque chose. »

Le prix à payer, il est également au cœur du débat sur l’aide médicale à mourir.

Alors si on veut être prêts pour la pandémie à venir, il faudra vraiment se demander jusqu’où, comme société, nous serons prêts à aller pour nous protéger et protéger les autres si on doit se résoudre à vivre avec de telles menaces à long terme.