Vivre ensemble

ÉDITORIAL / Moins de deux semaines après l'attentat dans une mosquée de Québec, les élus de l'Assemblée nationale semblent s'enliser à nouveau dans le débat sur les «accommodements» religieux et la laïcité de l'État.
On ne peut nier l'importance de ces questions.
Mais, en raison du climat social actuel, un mélange d'incrédulité et de peur devant cet acte insensé, les élus ont plus que jamais la responsabilité de s'entendre pour établir les règles du «vivre ensemble» et éviter le flou qui engendre l'incompréhension et les tensions.
À cet égard, près de 9 ans après le rapport Bouchard-Taylor, qui recommandait d'interdire le port de signes religieux aux employés de l'État en position d' autorité et qui est considéré comme une base consensuelle par une majorité de Québécois et les partis d'opposition, il est sidérant que le Québec n'ait toujours pas de balises en cette matière.
Le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse, présenté l'automne dernier, n'a rien réglé sinon que d'affirmer que les services doivent se donner et se recevoir à visage découvert et que les employés des organismes publics doivent faire preuve de neutralité religieuse dans l'exercice de leurs fonctions. Un minimum.
Le premier ministre Philippe Couillard a raison de dire que le débat sur la laïcité dans les services publics ne doit pas interférer avec l'attentat du 29 janvier, qui a fait six morts, un acte xénophobe d'une violence extrême, et que c'est là le véritable enjeu.
Mais alors que débute l'examen du projet de loi 62, pourquoi ne pas rechercher une solution de compromis afin de régler la question des «accommodements» une bonne fois pour toutes et que l'on puisse passer à l'essentiel?
Le refus de bouger de M. Couillard traduit-il un manque de courage ou une forme de clientélisme politique?
Si l'horrible tuerie du 29 janvier, qui a fait six morts, a révélé un inquiétant phénomène de xénophobie au Québec, elle a aussi rappelé la réalité d'une population immigrante désireuse de faire sa place et de se sentir mieux acceptée.
Le Québec a plus que jamais besoin d'un plan d'action pour améliorer le climat social, combattre l'intolérance et mieux intégrer les immigrants.
Cela doit passer par un dialogue interculturel et un meilleur accès à l'emploi pour les nouveaux arrivants et ceux qui sont ici depuis un bon moment.
Au-delà des belles intentions, qu'attend le gouvernement Couillard pour enfin régler le problème de la reconnaissance des diplômes et des compétences des immigrants?
Qu'il s'agisse de s'attaquer aux préjugés chez certains employeurs ou d'offrir des formations d'appoint, les initiatives mises de l'avant au cours des dernières années sont visiblement insuffisantes: les statistiques démontrent noir sur blanc que le taux de chômage chez les immigrants au Québec est de près du double de celui de la population native, voire davantage!
Stigmatiser et marginaliser les personnes issues de l'immigration ne peut qu'attiser les tensions sociales.
Un lieu d'échange s'impose pour permettre aux uns et aux autres d'exprimer leurs peurs et leurs frustrations.
Critiquer certains aspects de l'islam n'est pas de l'islamophobie et dénoncer le manque d'ouverture des Québécois n'est pas anti-québécois.
Établir des balises claires en ce qui a trait à la laïcité de l'État, aux valeurs communes comme la liberté d'expression, dont la religion, et à l'égalité homme femme est essentiel.
Mais il faut accentuer d'urgence les efforts d'intégration et d'accès à l'emploi pour ceux et celles qui veulent vivre ici. C'est la clé.
L'éducation, l'égalité des chances en emploi et le respect des droits et libertés sont les meilleurs outils d'intégration et de participation citoyenne. Et, on peut rêver, de bonheur collectif.