Denis Dufresne
Voici un milieu humide où la Ville de Hudson projette d’autoriser un projet de 114 habitations, ce qui provoque une levée de boucliers de la part des citoyens.
Voici un milieu humide où la Ville de Hudson projette d’autoriser un projet de 114 habitations, ce qui provoque une levée de boucliers de la part des citoyens.

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ÉDITORIAL / La Ville de Sherbrooke se dotera en juin 2022 d’un Plan nature avec l’objectif de protéger une superficie de milieux humides, hydriques et terrestres équivalente à 12 % de son territoire, donc en deçà de la cible de 17 % fixée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pourquoi ne pas viser plus haut?

Après tout, Sherbrooke a deux ans devant elle pour répertorier les milieux naturels, poser un diagnostic, déterminer ses engagements en protection et conservation, puis se donner une stratégie.

Déjà que le Canada et le Québec font figure de cancres parmi les pays du G7 en matière de protection de la biodiversité.

Le Canada possède en effet un peu plus de 10 % d’aires protégées en milieu terrestre, tandis que le Québec atteignait en mars dernier une proportion de 10,4 %, selon les données du ministère de l’Environnement, alors que son objectif était de 17 % pour cette année.

Selon les chiffres de l’UICN, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France font beaucoup mieux que nous (avec, respectivement 37,8 %, 28,5 % et 25,8 % de territoires protégés, en 2017).

Même les États-Unis nous dépassent avec 13 % de milieux terrestres protégés. 

La directrice du Bureau de l’Environnement de la Ville de Sherbrooke, Ingrid Dubuc, considère que Sherbrooke peut faire mieux et pourrait atteindre, voire surpasser, l’objectif québécois de 17 %.

Actuellement, autour de 10 % du territoire sherbrookois serait protégé.

« Ce serait dommage de ne pas arrimer nos objectifs à ceux du provincial et, après cela, la démarche nous dira s’il faudra aller au-delà », dit-elle.

Il est plus que temps de mieux contrôler le développement immobilier en milieu naturel et l’étalement urbain qui, en plus d’entraîner la disparition de zones fragiles et de nuire à la biodiversité, encouragent l’utilisation de la voiture solo.

Le controversé projet résidentiel de 50 maisons sur le chemin Rhéaume, dans un milieu à haute valeur écologique situé à l’extérieur du périmètre urbain, approuvé par l’ancienne municipalité de Saint-Élie-d’Orford, est un bel exemple de ce qu’il ne faut plus faire.

En se dotant d’un Plan nature, la Ville de Sherbrooke se conformera à la Loi concernant la conservation des milieux naturels humides et hydriques, mais a décidé d’ajouter les milieux terrestres dans sa démarche, ce qui doit être salué.

La préservation des milieux naturels est cruciale pour la protection de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques, particulièrement dans le sud du Québec.

D’où l’importance d’initiatives comme celle de la Ville de Sherbrooke qui, du reste, est située dans un environnement exceptionnel avec ses deux rivières, ses marais et sa montagne.

Toutefois, en attendant l’adoption du Plan nature, ce qui ne se fera pas avant deux ans, la Ville aura relativement peu de prise pour empêcher la construction dans les milieux naturels et ne peut décréter de moratoire puisque ce sont les normes du ministère de l’Environnement qui prévaudront d’ici là.

Techniquement, est-ce que cela signifie que d’autres projets comme celui du chemin Rhéaume pourraient voir le jour?

La destruction des milieux naturels et de la biodiversité est un enjeu sur lequel il aurait fallu agir de façon beaucoup plus énergique et depuis longtemps.

Il en va de même avec la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre : avec une diminution de 8,7 % en 2017 (dernières données disponibles), par rapport à 1990, il était écrit dans le ciel que le Québec raterait sa cible de réduction de 20 % pour 2020.

D’où l’importance pour les autorités locales d’agir sur tous les fronts et de se donner des objectifs élevés.