Vise-t-on les bonnes cibles?

Carrefour des lecteurs
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La Tribune
Gouverner, ce n’est pas facile.

J’ai déjà travaillé dans un passé lointain au sein d’une commission qui étudiait la règlementation d’une industrie. Ce groupe de travail proposait une mesure législative ou règlementaire « X », et recevait des commentaires de l’industrie et de divers intervenants. Parmi les opinions reçues, il y avait régulièrement des commentaires à la fois inattendus, justes et appropriés. 

Quand l’on édicte une règle, particulièrement en urgence, il arrive même avec compétence et bonne volonté qu’elle ait des effets imprévus. 

Les personnes qui font les règles, dans nos gouvernements, ont sans doute compétence et bonne volonté. Mais il y a régulièrement des effets imprévus aux règles qu’un gouvernement peut édicter, d’où la nécessité des débats qui doivent se tenir quant à ces règles. 

Restrictions

La sagesse populaire de la plupart des gouvernements sur la planète devant le COVID-19 est actuellement de confiner. Les cas augmentent? On augmente les restrictions. La santé mentale est évoquée, de temps en temps…

Mais voilà, dans un article de La Presse, le 12 novembre, on dit ceci.

« La moitié des éclosions actives (48,5 %) sont toujours en milieu de travail, suivi par le secteur scolaire (27,8 %) et le réseau de la santé (13,1 %). »

Donc, si je comprends bien, 89.4 %, disons 9/10, des éclosions n’ont rien à voir avec les rassemblements privés.

Je suis d’accord avec ce qui a été déjà dit, à l’effet que, si des restrictions n’étaient pas en place, il y aurait davantage d’éclosions dans des rassemblements privés. Mais, si je comprends bien, si chacun met strictement une croix sur sa vie sociale et ne voit socialement personne d’autre que les gens de sa maisonnée (ce qui est beaucoup demander), 9 éclosions sur 10 se produiront quand même dans l’état actuel des choses.

Fermetures?

La situation actuelle, quant aux quantités croissantes de nouveaux cas, semble donc passablement étrangère aux bibliothèques, musées, activités communautaires, cafés, restos, gymnases, salles de spectacles, etc, qu’on a fermés ou annulées récemment en Estrie, et moins récemment ailleurs. Et je n’ai pas entendu beaucoup d’appels, à date, des gouvernements du Québec ou du Canada aux employeurs et employés des entreprises qui demeurent ouvertes, leur imposant aussi fortement qu’aux individus de respecter distanciation, masques, etc.

Et nous avons appris hier que personne au ministère de l’Éducation n’a pensé, au courant de l’été, à mettre des ventilateurs dans les classes.

Pendant ce temps, mon bureau est ma maison, mon resto est ma maison, mon café est ma maison, mon gymnase est ma maison, les activités des municipalités des environs sont suspendues ou sont reproduites sur un écran, dans ma maison, et je suis supposé rester chez moi. 

Nous avons amplement entendu parler des beaucoup trop nombreuses personnes dans un bar de Sherbrooke, et il me semble parfaitement approprié qu’on en parle et qu’on établisse des règles pour éviter ce genre de situation. 

Allègements?

Mais qu’on m’empêche d’aller voir ma fille et son conjoint parce qu’ils sont deux chez eux? Qu’on empêche les grands-parents de voir leur petits-enfants? Qu’on se demande si on va nous permettre de voir quelqu’un pour Noël ?  Qu’on empêche les réunions dans une localité de la MRC de Memphrémagog où il n’y a aucun cas de COVID à 20 kilomètres à la ronde? 

Tout ça me fait me demander : vise-t-on les bonnes cibles? 

Retire-t-on la liberté des individus, à ce point, avec les problèmes potentiels de santé mentale qui en découlent, pour une bonne raison? Ou est-ce que quelques allégements feraient simplement du bien, sans augmenter les risques de façon significative. Une bibliothèque? Un gymnase? Un café? Un musée? Et autres?  

Je crois qu’il faut se poser la question. 

Sérieusement. 

Michel Solis

Potton