L’auteur de cette lettre raconte son périple à l’urgence de l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie. Il soulève également certaines questions, notamment quant au manque de ressources pour répondre aux besoins de la population.

Vingt-deux heures d’attente avant de rencontrer un médecin

OPINIONS / Voici ce qui est arrivé il y a quelques jours à la salle d’urgence de l’hôpital de Shawinigan.

Une dame a attendu quelque 22 heures avant de rencontrer un médecin, soit durant la période du vendredi 13 septembre à compter de 11 h, jusqu’au samedi 14 septembre à 9 h. Quant à moi, je me suis présenté à l’urgence à 13 h. J’ai aussi attendu jusqu’au lendemain 9 h avant de rencontrer un médecin, soit une attente de 20 heures. Il en a été de même pour tous les autres patients qui ne présentaient pas une condition dite «critique».

Alors que l’attente devenait de plus en plus insupportable, pour plusieurs des patients entassés sur les chaises dans la salle d’attente, un bon nombre parmi eux ont choisi de quitter, vers minuit et plus tard durant la nuit, sans avoir rencontré le médecin.

Pour les patients qui demeuraient sur place, après quelques heures d’attente, les infirmiers et infirmières nous appelaient afin de vérifier nos signes vitaux et notre condition en général. On m’a ainsi donné des médicaments afin de diminuer ma hausse de température. À quelques occasions, une infirmière a bien tenté de calmer nos «impatiences», en nous exposant l’état de la situation dans laquelle était placé le médecin avec les cas plus critiques.

Durant cette «trop» longue attente, j’ai pu apprendre qu’il n’y avait qu’un seul médecin pour répondre à la fois aux cas critiques ainsi qu’à tous les autres patients qui se présentaient à l’urgence, et ce, à chacun des quarts de travail, soit depuis le quart de jour, puis le quart de soirée de même que lors du quart de nuit. Enfin, un peu avant la levée du jour, il nous a été possible d’apprendre que deux médecins allaient répondre aux besoins pour les patients à l’urgence dès samedi matin. Alors pourquoi le médecin n’avait toujours pas été disponible pour les patients dans la salle d’attente? Vous avez bien deviné qu’il y a eu un très grand nombre de «cas d’extrême urgence» qui sont arrivés par ambulance depuis le midi jusqu’aux petites heures du matin. Devant un tel débordement, on peut imaginer le médecin et le personnel d’urgence débordé, afin de tout faire pour prodiguer les soins à ces patients. Nous pouvons reconnaître et comprendre que le médecin n’avait plus de temps pour nous alors qu’il n’en disposait même pas assez pour certains cas dont la survie était menacée. Puisque notre situation n’était pas à ce point critique, il nous fallait donc prendre notre mal en patience jusqu’à devoir attendre pendant 20 heures pour moi et 22 heures pour l’autre dame avant de rencontrer le médecin.

De mon côté, les symptômes, notamment ceux de la fièvre et de la douleur de même que d’autres inconforts, me causaient beaucoup d’inquiétude ainsi qu’aux membres de ma famille. Il me fallait donc choisir de demeurer sur place dans l’espoir que le médecin se libère afin que je puisse le consulter. En bon citoyen, je serais tenté de terminer ici cette malheureuse mésaventure puisqu’elle était hors du contrôle du personnel médical. Après tout, ça s’est bien terminé, puisque dès la vingtième heure d’attente, j’ai pu rencontrer une docteure compétente qui a diagnostiqué ma maladie et a prescrit la médication nécessaire. Cette docteure a même communiqué avec moi par téléphone, dans les jours qui ont suivi ma consultation, afin de mieux adapter ma médication.

Malheureusement, même si je reconnais que la situation troublante était exceptionnelle, je trouve inacceptable qu’en 2019, que de tels délais d’attente soient imposés à des patients, à cause d’un nombre insuffisant de médecins sur place.

N’aurait-il pas été plus approprié que l’hôpital s’assure de la présence d’au moins deux médecins à l’urgence, et même trois dans le cas présent à cause d’une surpopulation à Saint-Tite lors de cette fin de semaine particulière? Ailleurs dans d’autres hôpitaux au Québec, il semble que l’affectation de trois médecins présents à la salle d’urgence (ou au minimum deux) constitue la règle générale qui soit rigoureusement respectée. Est-ce que, lors d’un débordement à l’urgence, quelqu’un de l’équipe médicale ne devrait pas lever un «drapeau de panique» et faire appel à un «médecin de secours», et ce, dans les meilleurs délais? Est-ce que, dans l’ensemble du territoire du Centre-de-la-Mauricie, il y a assez de médecins pour se répartir dans un horaire de disponibilité sur une liste de «médecins de garde» pour l’urgence à l’hôpital? Force est de constater que, dans la pratique, on ne sait trop qui peut garantir à la population de disposer des forces médicales suffisantes.

Ensemble nous pouvons changer les choses en dénonçant ce qui est inacceptable et en exigeant, auprès de notre gouvernement, qu’il assure à sa population l’accès en tout temps à un médecin dans des délais raisonnables. Pour en arriver là, peut-être qu’il nous faudra mieux adapter aux besoins actuels, les règles d’attribution des effectifs médicaux. En ce sens, faudra se donner les moyens pour assurer une répartition plus équilibrée des médecins vers les centres urbains, les régions, les hôpitaux, les urgences et vers les cliniques médicales.

Après avoir vécu une telle situation troublante, vous allez peut-être me demander pourquoi je me suis présenté à l’urgence plutôt qu’à une clinique médicale? Faut dire que je suis un «patient orphelin» depuis que mon médecin a pris sa retraite et que les délais estimés à 281 jours d’attente, pour me procurer un nouveau médecin de famille, sont écoulés depuis près de 100 jours. De plus, j’avais rencontré un médecin la veille, parmi les sept médecins en service dans une polyclinique à Anjou, qui m’avait recommandé de consulter un médecin dès mon retour à la maison si les symptômes de la maladie étaient toujours présents et si la douleur s’aggravait. Donc, sans médecin de famille, je n’avais pas beaucoup de choix pour voir un médecin la fin de semaine, faire les tests médicaux requis et trouver la solution à mon problème de santé. Ainsi, si une polyclinique à Anjou compte quelque sept médecins en service en même temps dont deux pour les urgences, selon moi l’urgence de mon l’hôpital s’avérait le choix le plus judicieux pour m’assurer de consulter un médecin.

Malheureusement pour moi et les autres patients dans la salle d’urgence, de vendredi en avant-midi jusqu’au samedi matin, il n’y avait qu’un seul médecin à bord pour affronter une cascade de situations d’extrême urgence et de cas de gravité moindre.

Vital Grenier

Retraité de l’enseignement

Shawinigan