Vincent Marissal a joint les rangs de Québec solidaire. On le voit ici encadré des coporte-paroles Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé.

Vincent qui?

Allez! Nous, la faune média, avons tous un peu charrié sur le dos de Vincent Marissal. Pas mal de Québécois doivent nous trouver excités entre intimes sur l’étonnant choix de carrière de l’un des nôtres. Moins l’un des miens toutefois puisque je l’ai surtout connu étant, moi, en politique et lui commentateur. Une intelligence littéralement haut perchée.

Je m’en explique aux lecteurs : les parlements de Québec et Ottawa faisaient relâche cette semaine, ne dégorgeant que beaucoup moins d’actualité politique, pas de caucus, peu de mêlées de presse et moins de ces annonces qu’on réchauffe plusieurs fois chacune. La prochaine lancera d’ailleurs la fameuse prolongation de la Ligne bleue du métro de Montréal qui ne le cède en notoriété qu’à la promise et emblématique Ligne rose de la mairesse Plante. Comme QS et Marissal, c’est un enjeu réservé aux Montréalais.

Les canaux d’information continue, la domination des radios parlées et le décloisonnement des plateformes vers Internet ont engendré un appareil média vorace, insatiable de controverses et qu’il faut désormais nourrir.  L’annonce volée à Vincent Marissal tombait à point.  La colonie du média politique savait depuis un moment que Marissal serait candidat solidaire dans Rosemont contre le chef péquiste.  Le nouveau chantre du prolétariat espérait toutefois mettre lui-même en scène une si importante nouvelle.  Un ancien collègue et (ancien) ami en a décidé autrement et brûlé le scoop sur les ondes du 98,5.

La couverture des activités de Québec solidaire est inversement proportionnelle aux intentions de vote dont le parti jouit, tantôt complaisante, tantôt déchaînée.  Voyez!  Je m’y mets moi-même…  Imaginez la candidature d’un ancien chroniqueur vedette dont la superbe ne lui a pas valu que des amis, contre le chef parfois mal-aimé du Parti québécois et au bénéfice de Québec solidaire drapé de proprets serments de « politique autrement »…  Imaginez enfin que Marissal nie d’abord tout net avoir tant et encore sollicité un stationnement politique, notamment auprès de Justin Trudeau, avant de devoir l’admettre du bout des lèvres tant ses anciens collègues le tournaient en bourrique.

Il n’en fallait pas davantage pour que 8 jours après la « fuite », plusieurs chroniques portent encore sur cet atterrissage. À défaut d’être parachuté dans Rosemont - il y demeure - Marissal s’y écrase.  Pourtant brillant, il sombre en quelques heures dans tout ce qu’il a dénoncé : magasinage idéologique, probable mensonge, langue de bois, complaisance et même aveu de méconnaissance du programme invraisemblable d’un parti dont le Petit prince lui saute littéralement au cou.

Pendant ce temps, parce qu’on est toujours moins connu qu’on le pense, les électeurs du Québec demandent « Vincent qui? ».

Le gagnant

Qui s’est prouvé capable du meilleur dans cette virée média entre intimes? Aucun doute : Québec solidaire.  Louvoyant autour de sa haine tactique du Parti québécois, la troupe bigarrée mais sympathique a encore joui d’une visibilité démesurée.  Si Marissal n’était pas si connu il y a dix jours, il l’est maintenant.

… les perdants

Et qui du pire?  Rosemont en compte deux.  Jean-François Lisée, pourtant sur une lancée stimulante pour ses troupes, admet publiquement sa crainte de perdre son propre comté aux mains… des Libéraux.  Modestie qui étonne.  Avant même de diriger le PQ, en 2014, Lisée a dominé QS par 15 points et le PLQ par 5.  La projection de Qc125 lui accorde 68% des chances de garder son comté.

Son adversaire annoncé a toutefois offert bien pire : rater à ce point son arrivée en politique fait passer le récent retour pâlot du brillant Jean-Martin Aussant pour un feu de joie.  Pour le meilleur et pour le pire, je crois même que les mieux informés d’entre nous ont été cléments à l’endroit de Vincent Marissal.  Ça promet de nombreuses semaines divertissantes pour initiés…  On se meurt de le voir livrer avec passion les arguments de l’indépendance du Québec qu’il vient d’épouser.