Ville verte

ÉDITORIAL / Au cours de leur rencontre de planification vendredi et samedi, les élus de Sherbrooke étaient invités à réfléchir à la qualité de l’environnement et à la mobilité durable. Le Regroupement des boisés de Sherbrooke les pressait ainsi de confirmer leur vision d’avenir. Sherbrooke, veut-on savoir, peut-elle toujours espérer se targuer d’être la ville verte du Québec?

À en juger par les récents éléments d’actualité autour de la conservation du boisé Fabi à Rock Forest et du Carré Belvédère, le concept de Sherbrooke ville verte a besoin d’une sérieuse mise à niveau.

Pour faire de Sherbrooke une ville exemplaire en matière de gestion des aires écologiques et de développement durable, un rapport produit en 2009 recommandait à la Ville de protéger 12 % de son territoire d’ici 2020. D’autres villes ont d’ailleurs relevé ce pourcentage. La Table sur les aires écologiques, qui a signé le document, proposait également de repenser le réseau routier de manière notamment à relier les corridors verts. En partie du moins, force est de constater que ce rapport est demeuré sur les tablettes.

Si les administrations municipales qui se sont succédé depuis 2009 avaient veillé à appliquer ces recommandations, elles auraient pris soin d’en faire étalage. « On a l’impression que la Ville réagit seulement lorsque des citoyens se lèvent », dénonce notamment Lucie Desgagné, coordonnatrice pour le Regroupement.

Cette déclaration semble illustrer un manque de volonté des élus de protéger l’exceptionnel environnement de Sherbrooke. On réagit à la pièce, à la remorque des événements et sans tenir compte du schéma d’aménagement, comme en convient d’ailleurs le maire Lussier. Il faut maintenant y ajouter le nouveau Plan de développement de la zone agricole. Rien d’étonnant à retrouver ainsi les élus constamment sur la défensive.

Sherbrooke dispose d’un potentiel extraordinaire. Déjà, le parc du Mont-Bellevue et le bois Beckett offrent à eux seuls un extraordinaire terrain de jeu à la population. Doit-on en faire plus? Visiblement oui selon ce qu’expriment les citoyens. Il est bon cependant de rappeler qu’il y a un coût rattaché à toutes ces aires protégées et qu’il est illusoire de penser d’en conserver à l’arrière de chaque résidence.

On ne peut reprocher aux entrepreneurs de vouloir développer et construire le territoire de Sherbrooke. S’ils suivent les règles et normes en vigueur, ils sont en droit de mener leur projet à terme.

Dans le cas du Carré Belvédère, le promoteur de la construction d’une station-service semble avoir respecté les exigences municipales. On peut aussi comprendre les citoyens du secteur de s’opposer à ce projet. La meilleure « écoute » du monde ne changera cependant pas grand-chose au processus légal. La seule façon de stopper le projet aurait sans doute été d’acheter le terrain. Les citoyens de cet arrondissement ont-ils le désir d’assumer une taxe de secteur à cette fin?

Plus tôt la semaine dernière, le promoteur du Carré Belvédère, Luc Élias, perdait patience. Il est facile de comprendre sa frustration, lui qui a été obligé de soustraire 1,8 million de pieds carrés, l’équivalent de l’espace de 300 résidences, pour des espaces verts. Cependant, rien ne l’autorise à qualifier ses voisins de « voyous ». De toute évidence, tout ce projet semble marqué par un manque de communication.

Ce genre de situation est certes déplorable. L’absence d’une vision d’ensemble du territoire, connue et endossée par la population, conduit inévitablement à des frustrations de part et d’autre. En suit le cas par cas qui finit par user la bonne entente.