La Covid-19 a mis en lumière les défaillances flagrantes de notre système de protection à l’égard de nos aînés.
La Covid-19 a mis en lumière les défaillances flagrantes de notre système de protection à l’égard de nos aînés.

Vieillir au Québec, ça craint!

La Covid-19 a mis en lumière les défaillances flagrantes de notre système de protection à l’égard de nos aînés. Il serait facile de blâmer uniquement le gouvernement Legault, mais ses prédécesseurs doivent eux aussi accepter leurs responsabilités dans le désastre qui frappe nos CHLSD.

Pour caractériser le problème, on parle d’angle mort. Si le terme est mal approprié, il est surtout une insulte à l’intelligence des Québécoises et des Québécois. Cessons de nous mentir, il y a longtemps que la situation dramatique des CHSLD est accessible au champ de vision de nos décideurs. De façon régulière et cela depuis plusieurs années, les médias dénoncent avec force et détails les manquements graves qui se produisent dans ces milieux de vie. Nous savons tous que nous sommes en pénurie de préposés, qu’ils sont sous-payés et peu valorisés. Mais si les CHSLD sont en crise, il ne faut pas oublier que l’accessibilité aux résidences privées est une problématique qui prend de l’ampleur. 

En effet, il devient de plus en plus difficile pour beaucoup de nos aînés d’y avoir accès. Depuis l’incendie de la « Résidence du Havre » à l’Île Verte, sinistre qui a fait 32 morts en 2014, le gouvernement du Québec a rehaussé les normes de sécurité : installation de gicleurs, portes automatiques, etc. Mais si de telles mesures sont nécessaires, elles ont toutefois des effets pervers. Afin d’amortir les coûts importants qu’elles engendrent, les propriétaires indépendants se doivent d’augmenter leur prix. Ainsi, il arrive trop souvent que des locataires, qui n’ont plus les moyens financiers d’y résider, se doivent de retourner vers des appartements conventionnels alors qu’ils n’en ont plus les capacités physiques. Certes, ils ont l’aide des gens du CLSC, mais ceux-ci ne peuvent être présents en tout temps. Bien entendu, les risques d’accident voire de mortalité en sont grandement augmentés. En ce moment, ce sont les grands groupes qui accaparent le marché, qui construisent des établissements financièrement inaccessibles pour l’ensemble de nos aînés.   

Dans ces conditions, en plus de revoir en profondeur le fonctionnement des CHSLD, il faudra aider financièrement l’ensemble de nos aînés qui n’ont plus les capacités de demeurer seuls à l’intérieur de leur logement. Certes, tout cela n’est pas très vendeur électoralement parlant. Les différents partis politiques aiment à séduire les jeunes familles. Je n’ai rien contre, mais les jeunes ne sont pas seuls à résider au Québec. Les « vieux » ne sont pas seulement importants en période électorale. Il ne faut jamais oublier que l’on juge une société à la façon dont elle traite ses aînés. Depuis le début de cette crise, avec le « bashing de vieux » sur les réseaux sociaux et maintenant, cette tragédie dans les CHSLD, je ne vais pas m’aventurer à porter un jugement sur ce que nous sommes. Je pourrais sortir le sac à vomi. Mais en attendant, ça craint de vieillir au Québec.   

Pascal Cyr
Sherbrooke