Victime collatérale

ÉDITORIAL / Le Canada se trouve à nouveau victime collatérale des mesures anti-immigration de l'administration Trump avec l'arrivée massive au Québec de réfugiés haïtiens menacés d'être renvoyés dans leur pays, comme ce fut le cas l'hiver dernier avec l'afflux au Manitoba de centaines réfugiés originaires d'Afrique qui fuyaient eux aussi les États-Unis.
À l'heure actuelle, près de 1600 personnes, en majorité des Haïtiens, sont hébergées de façon temporaire dans différents endroits à Montréal, notamment au stade olympique, après avoir franchi illégalement la frontière canado-américaine à Saint-Bernard-de-Lacolle pour demander asile au Canada.
Il s'agit là de tout un défi humanitaire pour Montréal et le Québec, alors que cet afflux risque de continuer.
Des milliers d'Haïtiens qui avaient quitté leur pays pour trouver refuge aux États-Unis, à la suite du tremblement de terre de 2010, craignent que Donald Trump mette à exécution sa menace de leur retirer le statut de protection temporaire que leur avait accordé l'administration Obama et qu'ils soient renvoyés chez eux.
Le Canada a l'obligation d'accepter ces réfugiés, même s'ils arrivent ici de façon illégale, en vertu de la Convention relative au statut des réfugiés de l'ONU.
Toutefois, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) devra évaluer chaque dossier et trancher, ce qui peut signifier que des réfugiés seront ultimement expulsés du pays.
L'ampleur de cette crise et le fait que le Québec doit assumer seul, pour le moment, la facture pour l'hébergement, les soins de santé et, éventuellement, l'école des enfants, font beaucoup réagir sur les médias sociaux.
Mais le Québec a le devoir moral d'accueillir ces personnes sans moyens et de répondre à leurs besoins de base.
De plus, à l'instar de Toronto et Vancouver, Montréal s'est proclamée ville sanctuaire en février dernier pour protéger les immigrants sans papiers de la déportation et leur donner accès aux services municipaux.
Toutefois, le gouvernement Trudeau, qui vante le Canada comme une terre d'accueil, devra tôt ou tard assumer une partie des coûts.
De plus, le fédéral devra accélérer le traitement des demandes pour le statut de réfugiés et pour les permis de travail de ces personnes qui ne demandent sans doute qu'à refaire leur vie ici.
Il est un peu sidérant que le Québec se retrouve devant pareille situation puisque cet afflux de réfugiés était prévisible avec l'arrivée de l'été, alors que les douaniers peinent à répondre à la demande.
Ottawa aurait dû s'y attendre et se donner un plan d'action à la suite de la première vague de réfugiés, l'hiver dernier au Québec et au Manitoba, sachant très bien que l'entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis incite les réfugiés à entrer illégalement au pays.
En vertu de cette entente caduque, une personne ne peut demander le statut de réfugié à un poste frontalier, au risque d'être refoulée, puisque le Canada n'accepte pas de demandeurs d'asile provenant des États-Unis, considéré comme un pays sûr.
Or, depuis le décret sur l'immigration du président Trump, les États-Unis ne sont plus un pays sûr.
Pour l'heure, la priorité doit être d'assurer la sécurité et le bien-être des centaines d'Haïtiens réfugiés à Montréal, dont beaucoup de jeunes familles avec des enfants.
Ils ne sont pas seuls : la communauté haïtienne est très nombreuse au Québec, avec 130 000 personnes dont 90 000 à Montréal; elle est bien implantée et bien organisée.
Alors que le taux de chômage est de 5,8 pour cent au Québec, le plus bas taux depuis 1976, que les besoins de main-d'oeuvre sont importants et que le français recule au Québec, il faut souhaiter que ces réfugiés, francophones pour la plupart, puissent faire leur place chez nous.