Vert pâle

Denis Dufresne
Denis Dufresne
La Tribune
ÉDITORIAL / La Ville de Sherbrooke, tout comme l’ensemble des grandes agglomérations québécoises, aura fort à faire pour rattraper son retard en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

L’objectif principal du Plan de mobilité durable 2012-2021, qui visait une réduction des émissions de GES de 20 % en 2021, par rapport au niveau de 1990, est loin d’être atteint.

Le rapport d’inventaire des GES présenté par la Ville en juin 2019 démontrait que les émissions de la collectivité sherbrookoise avaient diminué de seulement 2,6 % entre 2009 et 2016, ce qui rend peu probable l’atteinte de la cible de 2021.

Pour l’ensemble du Québec, la diminution des émissions de GES, mais entre 1990 et 2017, a été de 8,7 % alors que l’objectif de -20 % pour 2020, sous le niveau de 1990, a été raté.

À Sherbrooke, plus de la moitié des émissions de GES provient du secteur du transport.

Le Plan de mobilité durable visait précisément à encourager le transport en commun et le transport durable pour diminuer l’utilisation de la voiture.

Visiblement, on n’y est pas encore!

Il est sidérant de constater le peu de progrès réalisé depuis 1990 (il y a 30 ans!) en matière de réduction des émissions de GES tant à Sherbrooke que dans l’ensemble de la province.

Le nouveau plan économique vert du gouvernement Legault pourrait toutefois aider les villes à faire davantage pour lutter contre les changements climatiques.

Ce plan met résolument l’accent sur l’électrification des transports — qui représentent 43 % des émissions de GES dans la province — avec une enveloppe de 3,6 milliards $. 

Les subventions pour l’achat de voitures électriques, l’implantation de bornes de recharge et l’électrification du transport en commun représentent une occasion unique pour les villes comme Sherbrooke. 

Les municipalités disposent elles aussi de leviers pour lutter contre les changements climatiques, notamment en aménagement du territoire et par des mesures pour favoriser le transport durable.

Or, les actions sont généralement trop timides.

Les villes doivent aussi œuvrer à changer les mentalités, malgré les résistances, comme on le voit à Sherbrooke avec l’opposition de commerçants de la rue Galt Ouest, entre Belvédère et Alexandre, à l’aménagement de corridors cyclables.

La Ville de Sherbrooke doit toutefois être conséquente et freiner l’étalement urbain, qui ne fait que favoriser l’utilisation de la voiture individuelle.

Son appui au projet de 50 maisons sur le chemin Rhéaume, en pleine zone à forte valeur écologique, bloqué par la Commission municipale du Québec, était en totale contradiction avec l’urgence climatique.

Sherbrooke n’a évidemment pas tout mal.

D’une part, la Société de transport de Sherbrooke (STS) enregistre un des taux les plus élevés pour d’utilisation de l’autobus parmi des villes comparables, dont Lévis et Trois-Rivières, avec 7,5 millions déplacements par année.

En 2019, la STS a connu une hausse d’achalandage de 2 % sur l’ensemble de son réseau et de 24 % sur certains circuits grâce à une augmentation du service.

La Ville entend également consacrer 50 millions $ sur 15 ans pour ses réseaux piétonniers et cyclables si, évidemment, les budgets requis sont débloqués chaque année. 

D’autre part, le Centre de mobilité durable planche sur plusieurs projets dont le vélo-partage, avec un programme de récompenses en collaboration avec des commerçants, pour les citoyens qui délaisseront la voiture.

Il est plus que temps de faire les choses autrement. 

En matière de lutte aux changements climatiques, d’aménagement urbain et de transport, les citoyens attendent des actions concrètes et cohérentes, mais également une volonté politique claire.

Le groupe Urgence climatique Sherbrooke est venu le rappeler aux élus, jeudi dernier devant l’édifice de l’hôtel de ville, pour marquer le deuxième anniversaire de la signature de la Déclaration citoyenne d’urgence climatique par la Ville.