Par son assaut frontal contre les femmes, l’administration Trump a déclenché une révolte féministe qui s’est d’abord exprimée dans le mouvement « MeToo », un mouvement condamnant l’inconduite sexuelle des hommes puissants dans les médias, la politique et le monde du spectacle.

Vers une nouvelle révolte féministe américaine

ANALYSE / Étant donné que le soutien des hommes blancs était déjà largement acquis à Donald Trump, sa victoire en 2016 dépendait du vote des femmes blanches. Ces dernières l’appuyèrent à 53 % comparativement à 6 % pour les femmes afro-américaines et 26 % pour les femmes latino-américaines. Or, depuis, les partisanes de Trump ont toutes les raisons de déchanter.

En 2016, une majorité de femmes blanches n’ont pas été influencées par une vidéo dans laquelle Trump se vante de pouvoir toucher impunément les parties intimes des femmes sans leur consentement, ni par les accusations d’agression sexuelle déposées par 12 femmes contre lui. Ces femmes partisanes de Trump croyaient que son attitude sexiste ne l’empêcherait pas d’effectuer les changements qu’il proposait.

Néanmoins, la première année de la présidence Trump a représenté un désastre pour les femmes américaines. Sans perdre de temps, la nouvelle administration chercha à abroger l’Obamacare, le programme qui offre des soins de santé à meilleur coût aux Américaines.

Allant à l’encontre du désir d’une large majorité de femmes américaines, l’administration Trump préconise un retour à des politiques restrictives sur l’avortement et la contraception. Incapable de démanteler l’Obamacare, la nouvelle administration s’est attaquée aux principales dispositions qui offraient aux femmes l’accès gratuit aux méthodes de régulation des naissances, soit par les contraceptifs ou l’avortement.

Constatant que les femmes ne gagnaient en moyenne que 80 % du salaire des hommes, l’administration Obama adopta une disposition administrative forçant les entreprises à se montrer plus transparentes et à ventiler les salaires payés par race et appartenance ethnique afin de déterminer précisément les écarts salariaux existants entre femmes et hommes.

Or, l’administration Trump a porté un coup dévastateur aux femmes en suspendant la politique sur l’égalité des salaires mise en place par la précédente administration. La transparence dans les salaires cessa d’être obligatoire. De plus, Trump annula les règles édictées par Obama interdisant les clauses d’arbitrage forcé dans les cas de discrimination salariale ou de harcèlement sexuel.

Pire encore, les femmes étaient en mesure de constater, par différents ordres exécutifs et commentaires en coulisse, qu’elles sont en présence d’un président qui rend plus difficile le signalement de la discrimination ou du harcèlement sexuel.

Aussi, une large majorité de femmes américaines considèrent qu’ils ont affaire dans le traitement des dossiers féminins à la pire présidence de toute l’histoire américaine.

Par son assaut frontal contre les femmes, l’administration Trump a déclenché une révolte féministe qui s’est d’abord exprimée dans le mouvement « MeToo », un mouvement condamnant l’inconduite sexuelle des hommes puissants dans les médias, la politique et le monde du spectacle. Cette révolte s’est ensuite s’est transposée dans l’arène politique.

En conséquence, la popularité du président a subi un rapide déclin. En décembre dernier, Trump a établi un nouveau record historique avec seulement 32 % de taux d’approbation. Chez les femmes, ce déclin était encore plus notable avec seulement 24 %. Si les femmes blanches ont voté en majorité pour lui en 2016, un an plus tard, elles sont moins de 40 % à le soutenir.

Les femmes sont devenues encore plus conscientes depuis un an qu’elles peuvent non seulement influencer la politique, mais aussi déterminer le résultat des élections. Cette prise de conscience a suscité un mouvement cherchant à faire de 2018 l’année des femmes.

Alors que l’administration Trump essaie de les faire taire en réduisant leurs droits, les femmes américaines montrent qu’elles peuvent se tenir debout et se prendre en charge. Réalisant qu’elles disposent de la plus puissante force politique aux États-Unis, elles veulent le démontrer à la boîte de scrutin.

Fondée en 1984 pour promouvoir les femmes progressistes en faveur de l’avortement, la Liste Emily a aujourd’hui le vent dans les voiles.

Inciter les femmes à se porter candidates aux élections est devenu le nouvel objectif de ce comité d’action politique. Déjà en 2016, 26 000 femmes s’étaient inscrites sur la Liste Emily afin d’obtenir plus d’informations sur la façon de se porter candidates aux élections.

Le phénomène exprimé par la Liste Emily ne cesse de s’amplifier. Les élections de Virginie, du New Jersey et d’Alabama ont montré en 2017 comment les femmes pouvaient faire la différence. Comme jamais auparavant, des femmes se présentent aux postes de conseillère municipale, mairesse, députée ou sénatrice. 2018 promet d’avoir un record de candidates.

Avec ses déclarations et ses politiques sexistes, Trump a rappelé au monde toutes les irritations et les pratiques discriminatoires dont les femmes sont victimes. De nombreuses femmes qui pensaient que la guerre pour l’égalité était gagnée depuis longtemps se sont jointes au mouvement de protestation. Trump a ainsi suscité une nouvelle révolution féministe.

Si l’affirmation croissante du pouvoir féminin offre une occasion unique et excitante aux démocrates en 2018 et 2020, elle représente avant tout une force motrice qui pourrait bien changer le paysage politique américain à long terme. Les femmes sont dirigées par une nouvelle génération de leaders prêtes à revendiquer la place qui leur revient de droit dans la société américaine.

Aussi, depuis un an, partout aux États-Unis, les femmes s’agitent comme jamais auparavant. Des groupes de femmes surgissent de partout. Rejetant le statu quo et adhérant au credo d’une Amérique où tout le monde a une chance égale de réussir, les femmes américaines sont présentement engagées dans un mouvement qui bouscule les fondements mêmes de la culture américaine.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.