Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le premier ministre du Québec, François Legault, et son ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, ont procédé au dévoilement officiel du Plan pour une économie verte, lundi, à Montréal.
Le premier ministre du Québec, François Legault, et son ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, ont procédé au dévoilement officiel du Plan pour une économie verte, lundi, à Montréal.

Vers un cercle vert-ueux?

CHRONIQUE / Le Plan pour une économie verte 2030 n’a pas été élaboré pour bouleverser les choses, mais pour les améliorer. Il a été pensé pour guider une évolution. Et avec l’idée de faire accepter un inéluctable mouvement par la population en général. C’est un plan caquiste.

Ce n’est pas Québec solidaire que les Québécois ont porté au pouvoir en 2018, mais la Coalition avenir Québec — pour qui le dossier environnemental n’existait même pas au départ.

Or, tout système instaurant des pénalités financières visant à induire de nouveaux comportements de la part des consommateurs n’est pas dans l’ADN du gouvernement Legault. D’où son choix de n’opter que pour des mesures incitatives.

À LIRE AUSSI: Plan vert: 58 % des moyens restent inconnus [VIDÉO]

Le Plan vert manque d’ambition, selon les oppositions

Le gouvernement veut heurter le moins possible. On peut croire que c’est la perspective électorale qui le rend frileux. C’est en partie cela. Mais c’est aussi qu’il croit que ce serait contre-productif. Il le croit depuis longtemps.

Le premier ministre Legault a été marqué par le mouvement des «gilets jaunes», qui avait secoué la France avant l’arrivée de la pandémie. Il en parlait à la fin de 2018 et au début de 2019. Il se souvient que c’est une affaire de prix des carburants qui avait mis le feu aux poudres de l’autre côté de l’Atlantique.

Réviser et ajuster

Si le grand plan du ministre Benoit Charette n’est pas suffisamment ambitieux aux yeux de tous, tous devraient au moins reconnaître qu’il est sérieux. Il ne cherche pas à berner qui que ce soit, à faire croire qu’il offre ce qu’il n’offre pas.

Il concerne beaucoup les véhicules, mais pas que. Il concerne également les industries et les bâtiments.

Le Plan pour une économie verte 2030 et le Plan de mise en œuvre 2021-2026 n’apportent pas de réponses à tout. Ils l’auraient fait que cela aurait manqué de crédibilité.

Ce programme sera finalement un peu comme les plans de réduction des déficits budgétaires s’étalant sur plusieurs années. Les gouvernements sont généralement capables dès le début d’identifier des mesures qui permettront d’atteindre le déficit zéro, mais pas toutes. Celles-ci sont déterminées au fur et à mesure de l’avancée du temps.

La marche gouvernementale sera révisée et ajustée chaque année. Un comité scientifique se penchera sur cet exercice. C’est très bien. Pour autant, bien sûr, que ce soit chaque fois pour le gouvernement l’occasion d’ajouter aux 42 % des mesures déjà identifiées pour réduire les GES de 37,5 % par rapport à 1990.

Ce sera très bien pourvu que Québec cherche à minimiser toujours plus la possibilité de recourir à l’achat de droits de polluer à travers la Bourse du carbone.

L’important sera de garder le cap malgré les inévitables louvoiements. D’ici 2035, un gouvernement de la CAQ réélu, ou un autre, pourrait par exemple modifier la date de l’interdiction de l’achat de véhicules neufs à essence, la repousser à 2040. Mais chaque report du genre devra être compensé pour parvenir à l’objectif phare en 2030 (lequel demeure en deçà des recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, rappelons-le).

Ce grand plan du ministre Charette gagnera à s’appuyer sur une politique d’aménagement du territoire conséquente. C’est, pour l’heure, une importante pièce manquante. 

S’il ne fait rien rapidement pour assurer le lancement plein et entier du projet de tramway à Québec, le gouvernement Legault sera en pleine contradiction. Il y a là un test de cohérence pour lui. Il viendra très rapidement.

Au-delà de la voiture

Si l’on peut prendre acte, sans surprise, de sa volonté de ne pas alourdir le fardeau fiscal des Québécois en instaurant «des mesures dissuasives à l’achat de véhicules polluants comme les VUS», comme le souhaiteraient Québec solidaire et des groupes écologistes, le gouvernement devrait néanmoins se pencher davantage sur des principes comme l’écofiscalité, l’écoconditionnalité et l’écoresponsabilité. Car, ils vont bien au-delà des véhicules. Ne les ramenons pas qu’à cela.

Dans un rapport qu’il a fait paraître en juin, le Commissaire au développement durable du Québec constatait que non seulement le recours aux mesures écofiscales reste limité, mais que leur efficacité est même rarement évaluée. Il faudrait les évaluer un jour. Car il ne s’agit pas nécessairement d’ajouter au fardeau fiscal, mais de modifier la structure de la fiscalité.

Des ministères et des organismes de l’État octroient annuellement des sommes importantes par l’entremise de programmes d’aide financière. Mais peu de ceux-ci sont assortis de conditions environnementales ou de critères d’écoresponsabilité, déplorait aussi le Commissaire. Là encore, il ne faudrait pas rejeter la logique suggérée pour toutes choses. Il faudrait à tout le moins l’évaluer, l’étudier.