Valoris en déroute

ÉDITORIAL / Aucune planification stratégique, une mauvaise reddition de comptes, un manque de transparence, une absence de surveillance par le conseil d’administration, des décisions douteuses, des budgets mal ficelés, des déficits récurrents, une dette de plus en plus lourde et des ratés considérables sur le plan des opérations, voilà qui résume assez bien la réalité de la Régie intermunicipale du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris depuis sa création.

Tout va mal depuis des années chez Valoris, peut-on lire dans le rapport annuel 2018 de la vérificatrice générale de la Ville de Sherbrooke, Mme Andrée Cossette, qu’elle a présenté publiquement mardi. Elle est remontée jusqu’à la création de l’organisation par la Ville de Sherbrooke et la MRC du Haut Saint-François en 2010. Jamais le projet de centre de valorisation des déchets n’a donné les résultats espérés. Toutes les prévisions financières du départ n’ont pas été livrées.

« Une vision à court terme et un manque de rigueur ont malheureusement caractérisé la gestion de Valoris pendant toutes ces années (soit la période de 2010 à 2017) », écrit la vérificatrice. Ce dossier « troublant » est l’un des plus importants cas qu’elle a analysés au fil de sa carrière. « Le conseil d’administration n’a pas mis en place les règles de gouvernance afin de s’assurer que la régie réponde aux mandats qui lui étaient confiés », déplore-t-elle.

Quinze recommandations sont formulées pour revoir le modèle d’affaires, les opérations et la gestion.

Avec le recul et les chiffres enfin connus, il est inadmissible que la politique de l’autruche soit celle que préféraient les gestionnaires en place et les membres du conseil d’administration, du moins jusqu’en 2018. Des budgets équilibrés étaient déposés chaque année en 2016, 2017 et 2018, mais les résultats étaient décevants avec, au final, des déficits.

La mauvaise gestion des opérations pendant plusieurs années a aussi écourté la durée de vie du lieu d’enfouissement situé à Bury parce que le tonnage de déchets enfouis a largement dépassé les objectifs, de sorte qu’il faut accélérer le développement d’un agrandissement.  

Récemment, la Ville de Sherbrooke a accepté une hausse importante des tarifs à la tonne pour l’enfouissement afin d’équilibrer le budget de Valoris. Cette dépense additionnelle sera de 3,5 millions $ en 2019. Les contribuables feront les frais pendant des années du désastre que représente Valoris.

Des actions ont déjà été prises pour redresser la situation comme la hausse des tarifs. La régie espère également une aide importante du gouvernement du Québec pour soutenir ses efforts de valorisation des déchets. Malheureusement, les résultats pour réduire l’enfouissement sont faibles et ne donnent sûrement pas le goût à l’État de se lancer dans une opération de sauvetage à long terme.

Cet automne, les élus doivent envisager différents scénarios d’avenir pour Valoris. Peut-on ultimement conserver le lieu d’enfouissement sans utiliser les lignes de tri peu efficaces? Il faut avoir l’heure juste. Le maire Steve Lussier est devenu au fil des mois un ardent défenseur de Valoris et en assume même la présidence. Peut-il nous garantir que les contribuables ne seront pas obligés de soutenir encore longtemps un éléphant blanc? 

Dans ce dossier, les élus doivent cesser de jeter de l’argent à la poubelle pour sauver la face et acheter du temps. Valoris l’a fait trop souvent dans le passé.

Par ailleurs, la vérificatrice générale, dans un autre volet de son rapport, mentionne que la Ville fait face à un défi de taille en ce qui a trait à la pérennité de ses infrastructures. Les élus, peut-on lire, ne sont pas informés d’un portrait global de la situation et des effets des projets proposés sur l’atteinte des objectifs de la Ville en matière de pérennité des infrastructures et de développement de ses services. Elle a émis 19 recommandations à la Ville à ce sujet, dont une planification financière à long terme permettant d’analyse différents scénarios et une meilleure information fournie aux élus. 

Décidément, les élus n’ont pas toujours l’heure juste pour prendre les meilleures décisions dans notre intérêt collectif.