Utilisateurs payeurs ou utilisateurs volés?

Je ne possède pas de véhicule personnel et dois à certains moments avoir recours au taxi pour me déplacer. Plusieurs aspects du projet de loi 17 m’agacent. Une nouvelle tarification « dynamique » serait adoptée, permettant d’élever les prix lorsque la demande est plus forte. Les chauffeurs pourraient tenir des formulaires dans leurs coffres à gants et faire signer aux clients des engagements à payer des tarifs majorés. La Commission des transports du Québec « peut également fixer des tarifs particuliers qui peuvent varier selon les territoires de desserte qu’elle détermine, selon la nature du transport concerné et selon le jour ou la période du jour au cours duquel le transport est offert. »(art.91). On ne peut vraiment supposer que le prix baissera à aucun moment.

On nous parle aussi d’une somme additionnelle au prix au compteur pour défrayer les coûts de la transition, une redevance « basée sur le principe de l’utilisateur-payeur » selon le ministre Bonnardel, comme si le seul payeur dans le taxi n’était pas l’utilisateur. La tarification au compteur a été établie à partir d’un calcul des dépenses des chauffeurs et d’une rémunération adéquate, tenant compte du prix des permis de taxis. À partir du moment où ces permis n’existent plus, il serait logique que le tarif au compteur baisse. Mais ce n’est pas l’option prévue.

L’utilisateur-payeur paye déjà pour permettre aux chauffeurs d’amortir l’achat des permis de taxi. Il devra maintenant payer encore pour chaque nouvelle course, cette fois pour permettre le remboursement de la perte causée par l’abolition des permis. Il devra aussi accepter que le trésor public se serve de ses impôts pour dédommager les chauffeurs de la perte de la valeur de leurs permis révoqués.

Et où ira cet argent volé aux utilisateurs-payeurs de taxis? À soutenir la sacro-sainte technologie, les GAFA non-payeurs de taxe, les petits brillants qui essaient de se défiler de toute responsabilité collective. L’article 90 du projet de loi 17 autorise la fixation libre des prix des courses par « tout moyen technologique qui ne nécessite pas l’intervention d’une personne physique ». Comme si les moyens technologiques n’étaient pas mis au point par des personnes physiques : on nous prend pour des ignorants, des imbéciles et des poires en plus!

Je n’accepte pas que les chauffeurs, qui ont payé pour des permis, soient ruinés par l’abolition de leur capital et une compensation payée à même nos impôts et l’augmentation des prix du taxi. Il faut garder le système de permis de taxi et bannir Uber comme l’ont déjà fait un grand nombre de villes développées. Il est d’ailleurs très étonnant que cette commission parlementaire se tienne au moment même où Uber entre en Bourse et tente de se financer par des spéculations boursières malgré que la compagnie soit déficitaire. 

Raúl Padilla
Sherbrooke