Site d'enfouissement Coventry

Urgence

CHRONIQUE / La décision de la ville de Newport de ne plus traiter les eaux usées du lieu d’enfouissement de Casella Waste Systems, à Coventry, ne constitue qu’une demi-victoire pour la région alors que l’Agency of Natural Ressources (ANR) du Vermont vient d’autoriser un nouvel agrandissement de ce dépotoir situé en bordure d’un affluent du lac Memphrémagog.

Les élus doivent donc livrer d’urgence une offensive politique auprès des dirigeants vermontois afin de les convaincre de bloquer ce projet et de préserver la qualité de l’eau du lac Memphrémagog, source d’approvisionnement de 180 00 citoyens à Sherbrooke et dans la région de Magog.

D’autant plus que le gouverneur républicain du Vermont, Phil Scott, qui aura son mot à dire dans le processus d’approbation politique du projet, se dit favorable à cet agrandissement qui permettrait à l’entreprise d’augmenter la superficie de son site de 51 acres (206 000 mètres carrés) en vue d’enfouir encore 11 millions de tonnes de déchets au cours des 22 prochaines années.

Les opposants sont nombreux tant en Estrie, notamment Memphrémagog conservation inc. (MCI), qu’au Vermont, avec DUMP (Don’t Undermine Memphremagog’s Purity).

Ils contestent non seulement le permis d’agrandissement mais s’inquiètent également de l’impact des activités de ce lieu d’enfouissement sur les eaux souterraines et sur le lac Memphrémagog, en raison notamment des fuites probables de lixiviat, des eaux usées qui contiennent des contaminants.

Malheureusement, rien n’est simple au « Royaume du nord-est » puisque ce dépotoir est le seul au Vermont et que les connaissances sur son impact environnemental demeurent incomplètes.

La Commission mixte internationale, chargée de gérer les eaux limitrophes entre le canada et les États-Unis, a bien confié une étude sur ce sujet à Memphrémagog conservation inc. (MCI) et à son vis-à-vis du Vermont, mais celle-ci ne porte pas spécifiquement sur les contaminants pouvant provenir du lieu d’enfouissement.

De plus, bien que la majeure partie de la superficie du lac Memphrémagog soit située au Québec, 71 pour cent de son bassin versant (l’ensemble des eaux qui convergent vers le lac) est aux États-Unis, d’où l’importance de protéger ces eaux de toute forme de contamination.

Casella fait valoir que ses installations sont sécuritaires grâce à des membranes étanches et à des puits de surveillance, ce qui reste à être démontré.

Elle allègue également qu’il faut bien enfouir les déchets quelque part ce qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas faux.

Pour Robert Benoit, président de MCI, le temps des lettres et des mémoires est révolu : les élus municipaux, provinciaux et fédéraux de la région doivent se rendre au Vermont en vue de convaincre leurs homologues de stopper le projet d’agrandissement.

Selon lui, ne rien faire nous placerait devant une « bombe environnementale ».

Le député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, tente de convaincre la Commission mixte internationale et les élus fédéraux américains de faire pression sur le gouverneur Scott.

De plus, la MRC de Memphrémagog et la Ville de Sherbrooke ont obtenu de l’ANR que l’exploitant du lieu d’enfouissement présente quatre options pour le traitement du lixiviat et que celles-ci leur soit soumises, ainsi qu’au ministère de l’Environnement.

Bref, les choses bougent, mais il faut accentuer la pression.

S’il est illusoire de penser faire fermer ce lieu d’enfouissement, le principe de précaution devrait dicter à Casella et aux dirigeants vermontois de surseoir au projet d’agrandissement et de miser plutôt sur la réduction du volume des déchets et le recyclage.

Pour les élus de la région, il s’agit non seulement d’une lutte contre un projet insensé en 2018, alors que l’heure est à la réduction, au recyclage et au réemploi, mais aussi d’un combat pour la santé publique et le bien commun.