L’affaire apparaît d’autant plus urgente que le président du Centre Raoul-Wallenberg pour les droits de la personne et avocat pour M. Badawi, Irwin Cotler, dit craindre pour la vie des deux hommes et en appelle à une intervention urgente des Nations unies.

Urgence

ÉDITORIAL / L’hospitalisation de Raif Badawi et de son ancien avocat Waleed Abu al-Khair, en raison de la détérioration de leur état de santé après une grève de la faim, est inquiétante et démontre la nécessité pour le Canada d’intensifier sérieusement les pressions diplomatiques sur l’Arabie saoudite pour obtenir la libération du blogueur dont la famille vit à Sherbrooke.

L’affaire apparaît d’autant plus urgente que le président du Centre Raoul-Wallenberg pour les droits de la personne et avocat pour M. Badawi, Irwin Cotler, dit craindre pour la vie des deux hommes et en appelle à une intervention urgente des Nations unies.

Selon Amnistie internationale, MM. Badawi et al-Khair avaient entamé une grève de la faim en décembre dernier pour protester contre leur mise en isolement et les mauvais traitements dont ils se disaient victimes.

Devant la situation, l’organisme de défense des droits de la personne organisait vendredi une journée internationale de soutien pour les deux prisonniers avec des vigiles dans plusieurs villes du monde, dont Sherbrooke, où se tient chaque semaine ce type de rassemblement depuis 2014.  

Le blogueur saoudien et son avocat croupissent en prison depuis des années.

Raif Badawi a été condamné en 2012 pour « insulte à l’islam » à 10 ans de prison, à 1000 coups de fouet (il en a reçu 50 jusqu’ici) et à 300 000 $ d’amende pour avoir créé un forum en ligne sur la liberté d’expression et les droits de la personne en Arabie Saoudite.

L’Arabie saoudite, un régime totalitaire dont la législation s’inspire de la charia, traite les femmes comme du bétail, n’a aucun respect pour les droits de la personne et est l’un des champions du monde pour ce qui est des exécutions de prisonniers.

Malgré les pressions du Canada, du Parlement européen, de l’Assemblée nationale du Québec, tout comme d’Amnistie internationale et d’Avocats sans frontières pour obtenir la libération de Raif Badawi, celui-ci demeure enfermé.

Le gouvernement canadien, qui se dit se préoccuper du sort du jeune homme de 36 ans et affirme traiter de son cas avec les dirigeants saoudiens à chaque occasion qui lui est donnée, doit faire davantage. 

Car non seulement la situation et l’état de santé du blogueur saoudien semblent se détériorer, mais le régime saoudien ne montre aucun signe d’ouverture.

Il est évident que le Canada marche sur des œufs dans ce dossier puisqu’il est un partenaire économique de l’Arabie saoudite, tout comme de nombreux autres pays occidentaux, au point où Riyad est l’hôte du prochain sommet du G20, en novembre prochain, ce qui est une aberration.

Le gouvernement canadien devrait avoir le courage de faire passer les droits de la personne avant les intérêts économiques et devrait faire preuve de leadership en ce domaine, même si M. Badawi n’est pas citoyen canadien.

Les belles paroles ne suffisent plus.

Toute la classe politique canadienne doit se mobiliser et parler d’une seule voix pour réclamer haut et fort la libération de Raif Badawi et lui permettre de rejoindre les siens à Sherbrooke.

Malheureusement, pour l’heure, il ne semble pas que l’on puisse compter sur les conservateurs à Ottawa : en décembre dernier ceux-ci ont refusé net d’appuyer une motion d’une députée du Bloc québécois pour accorder une citoyenneté honorifique à M. Badawi et l’ont même interrompue par des cris. 

Une attitude indigne et grotesque.

À cet égard, il serait intéressant d’entendre les deux députés conservateurs de la région, Alain Rayes (Richmond-Arthabaska) et Luc Berthold (Mégantic-l’Érable), expliquer la position de leur parti et dire pourquoi, selon eux, M. Badawi ne mérite pas leur appui, même symbolique.