Une vision régionale

ÉDITORIAL / L’appel à la concertation entre Sherbrooke et Magog lancé par le ministre responsable de la région de l’Estrie, Luc Fortin, et des gens d’affaires tombe sous le sens.

Il est impératif que les dirigeants locaux et les organismes de développement y donnent suite.

Ce n’est certes pas la première prise de position du genre, mais de récents événements militent pour une meilleure mobilisation régionale et la fin d’une forme d’esprit de clocher.  

Car il n’est pas normal que deux agglomérations si proches et si complémentaires ne travaillent pas ensemble pour attirer des investissements dont les retombées, à l’exception des taxes municipales, profitent à l’ensemble de la région.

Le député Fortin a pleinement raison lorsqu’il affirme que les emplois créés à Magog ou à Sherbrooke bénéficient à tous.

La concurrence entre les deux municipalités peut faire en sorte que la région «échappe» un projet.

La décision de la multinationale française Ubisoft qui, après avoir regardé du côté de l’Estrie, a choisi d’investir à Saguenay pour un studio de création qui donnera du travail à 125 personnes, alors que Magog et Sherbrooke tentaient chacun de leur côté d’obtenir ce projet, résulte au moins en partie d’un manque de concertation et de communication entre les deux agglomérations.

Le plus triste est que tant Magog Technopole que Sherbrooke Innopole ont multiplié les efforts pour convaincre Ubisoft de s’installer sur leurs territoires respectifs et ont fort probablement fait un excellent travail.

Mais les deux organismes se livraient concurrence pour un même projet à 25 kilomètres de distance.

L’homme d’affaires magogois, Gilles Bélanger, entend toutefois revenir à la charge pour convaincre Ubisoft d’ouvrir son prochain studio en Estrie.

L’Estrie est une terre d’innovation, comme le souligne le député d’Orford, Pierre Reid, et il n’y a pas de raison pour que la région n’attire pas davantage d’entreprises technologiques et d’industries des nouveaux médias.

Mais pour cela il faut une meilleure vision régionale et, pourquoi pas, des alliances stratégiques ponctuelles entre les organismes de développement comme Magog Technopole et Sherbrooke Innopole.

Il est démontré depuis longtemps que les grands employeurs comme Bombardier à Valcourt, Domtar à Windsor ou le CHUS de Sherbrooke ont d’immenses retombées régionales et embauchent des travailleurs qui vivent, paient des taxes et consomment dans toute la région.

Et il en ira fort probablement de même avec Alliance Magnésium qui prévoit démarrer son usine de production de magnésium à Asbestos d’ici 2021 et créer 350 emplois.

Une soudeuse chez Bombardier peut très bien habiter l’arrondissement de Fleurimont, tandis qu’un infirmier au CHUS peut avoir élu domicile à Dudswell.

La concurrence est très vive entre les régions du Québec pour attirer des entreprises, surtout dans le domaine des technologies et des nouveaux médias, ce qui commande une approche commune entre les organismes de développement d’un même territoire.  

Heureusement, il semble que les choses commencent à bouger: tant la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, que le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, se disent ouverts à une meilleure collaboration.

Le maire Lussier entend du reste rencontrer sa collègue dès la nouvelle année, de même que d’autres élus de la région.

« C’est fini le temps où chacun tire la couverte de son bord pour une question de taxes; ce qui est important, c’est que les projets viennent en Estrie, on ne peut se permettre de perdre des entreprises », affirme-t-il.

Parallèlement, Équipe économique Sherbrooke a fait appel au Magogois Gilles Bélanger.

On dit souvent qu’il faut penser globalement et agir localement.

Mais en matière de développement économique et d’investissements, il faut impérativement déployer une vision régionale.