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Vincent Beaucher
Vincent Beaucher

Une vision étroite de la liberté académique

Point de vue
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La Tribune
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En lisant la chronique de Mickaël Bergeron du 24 février (Les oubliés de la liberté académique), ma principale réflexion a été à l’effet que le propos, bien que pertinent dans le débat actuel, exposait une vision très réductrice, voire simpliste, de ce qui se passe et se dit à propos la liberté académique.

Cependant, là où j’ai vraiment accroché, c’est à la lecture de la phrase suivante : « Bien sûr, il y a des profs qui l’échappent sans aucune mauvaise intention, majoritairement des chargées de cours qui manquent souvent d’heures payées pour accomplir l’ensemble de leurs tâches. »

Si je peux décoder une sympathie du chroniqueur à l’endroit des chargé.es de cours qui n’ont pas toujours les conditions optimales pour accomplir leur mandat, je dois m’inscrire en faux contre cette idée que les situations problématiques relèvent « majoritairement des chargées de cours ». Il faudrait tout d’abord des données empiriques en la matière, ce qui, à ma connaissance, n’existe pas. Et malheureusement, ça laisse supposer que les chargé.es sont moins professionnel. les et connecté.es à la société et aux débats qui y font rage. C’est bien mal connaître ceux et celles qui enseignent souvent plus de 50 % des cours dans une université.

D’ailleurs, fort.es d’une reconnaissance à l’effet qu’ils et elles ont la pertinence et l’expertise pour se tenir devant une classe à l’université, une très grande partie des chargé.es de cours œuvrent également à l’extérieur de l’institution, comme enseignant. e au secondaire, avocat. e, ou encore biologiste pour le gouvernement ou une entreprise privée, pour ne nommer que ces cas de figure. Ils et elles ont un rôle important et surtout légitime dans une université et ne sont certainement pas un corps enseignant de second ordre.

Pour en revenir à la liberté académique, ou d’enseignement s’il faut être plus précis, ça ne consiste pas avoir le droit de dire tout ce qu’on veut, quand on veut, parce qu’on est chargé.es de cours ou professeur.es. Et encore moins à utiliser des termes offensants de façon péjorative. C’est avant tout de ne pas avoir peur, à chaque cours, de mettre sa réputation et sa relation pédagogique - et sa carrière - en jeu parce qu’on aura traité d’un sujet ou dit un mot que certain.es jugent trop sensible. L’université, c’est un contrat moral entre adultes consentants où des enseignant.es expert.es travaillent à développer les connaissances et la réflexion d’apprenant.es qui viennent se former, dans une expérience de codéveloppement qui requiert de l’ouverture d’esprit de tout un chacun. À cet égard, le dialogue est toujours de mise, mais la censure (et l’autocensure) ne doit pas être admise.

Vincent Beaucher
Président du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Sherbrooke

Réponse de notre chroniqueur

Je présente mes excuses à Vincent Beaucher et aux chargés et chargées de cours, ma formulation portait effectivement à confusion. Je voulais souligner que la majorité des cas rapportés dans les médias concernaient des chargées de cours. Selon moi, ce n’est pas parce qu’elles sont moins professionnelles, mais pour différentes raisons – ce sont des femmes, des postes précaires, de plus en plus de cours au 1er cycle sont donnés par des chargés et des chargées de cours – les cas concernant les chargées de cours sont plus médiatisés que les autres.

Concernant la liberté académique, ou d’enseignement, on a beaucoup entendu cette crainte des professeurs et professeures. De mon point de vue, on peut parler d’autocensure, mais pas de censure. Les étudiants et les étudiantes n’ont pas l’autorité d’empêcher le corps enseignant d’utiliser des mots. Ils et elles peuvent toutefois exprimer leur désaccord et ceci peut rendre inconfortable, déranger même, et c’est de là que vient l’autocensure. Vous évoquez l’importance d’une expérience de codéveloppement et de l’ouverture d’esprit de chacun, voilà comment diminuer l’autocensure. Il faut donc que les étudiants et étudiants qui observent du racisme systémique, de la transphobie ou du sexisme puissent s’exprimer pour bâtir ce codéveloppement. Si on confond remise en question et critique avec censure, il ne peut y avoir ce dialogue si important. 

Mickaël Bergeron