Denis Dufresne
Il y a une grande différence entre peiner à garder la tête hors de l’eau, donc devoir vivre avec le strict minimum, et disposer d’un revenu viable qui permet de se sortir de la pauvreté.
Il y a une grande différence entre peiner à garder la tête hors de l’eau, donc devoir vivre avec le strict minimum, et disposer d’un revenu viable qui permet de se sortir de la pauvreté.

Une vie digne

ÉDITORIAL / Il y a une grande différence entre peiner à garder la tête hors de l’eau, donc devoir vivre avec le strict minimum, et disposer d’un revenu viable qui permet de se sortir de la pauvreté.

Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), publiée et mise à jour depuis 2015, jette un nouvel éclairage sur la pauvreté et les revenus dans sept agglomérations québécoises, dont Sherbrooke, et vient ajouter au débat sur la lutte à la pauvreté.

La note socioéconomique « Le revenu viable 2020 dans l’échelle de revenus », dont notre collègue journaliste Alain Goupil a fait état il y a quelques jours dans La Tribune, démontre un écart de revenu énorme pour un ménage sherbrookois de deux adultes et deux enfants entre la Mesure du panier de consommation (MPC) (logement, nourriture, vêtements, transport, médicaments, etc.), utilisée par Statistique Canada, et le « revenu viable » de l’IRIS.

Selon la MPC, un ménage de Sherbrooke (deux adultes et deux enfants) doit avoir un revenu de 38 317 $ pour couvrir ses besoins de base, tandis que le revenu viable calculé par l’IRIS se situerait à 58 249 $, une différence d’un peu plus de 20 000 $!

Celle-ci s’explique par la méthode de calcul du MPC, basée principalement sur les besoins de base applicables aux différentes localités selon le seul critère de la taille de leur population, tandis que celle de l’IRIS mesure elle aussi les dépenses de base des ménages, mais y associe « des conditions de vie dignes et suffisantes » pour sortir de la pauvreté.

Elle tient aussi compte de la variation du coût de la vie d’un endroit à l’autre (transport en commun, coûts du logement, etc.).

Pour les personnes et ménages dont les revenus sont sur le seuil de la MPC le moindre imprévu, facture du dentiste, réparation pour la voiture ou remplacement d’un électroménager, peut représenter une catastrophe financière.

Ce sont bien des travailleurs au salaire minimum, caissières, commis d’épicerie, livreurs et autres employés des services dits essentiels, que les autorités qualifient de « héros » en ces temps de pandémie.

Des héros bon marché.

En revanche, le revenu viable calculé par l’IRIS permettrait aux personnes et aux ménages de subvenir à leurs besoins de base et de s’offrir un peu de vacances, des sorties avec les enfants et de payer les frais de garderie, sans toujours devoir gratter les fonds de tiroir.

Bref une vie sans trop de soucis financiers.

Cela ne veut pas dire que la MPC est un mauvais outil : il permet de mesurer la couverture des besoins essentiels et est l’un des indices qui fasse le plus consensus, bien qu’il ne représente pas le seuil officiel de sortie de pauvreté, dit la porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Virginie Larivière.

Selon cet organisme, 10 % des Québécois vivent en deçà de la MPC et sont donc dans le rouge, ce qui signifie un revenu annuel de moins de 18 500 $ pour une personne seule et de moins de 34 000 $ pour un ménage avec deux enfants.

Il est difficile de s’entendre sur ce qu’est la pauvreté.

L’argent n’est pas tout, la santé, un réseau social et l’accès aux programmes de soutien gouvernementaux peuvent faire une différence.

En outre, le coût un peu moins élevé du logement et l’accès au transport en commun, comme à Sherbrooke ou à Trois-Rivières, sont à considérer.

Il n’empêche que les données de l’IRIS démontrent un écart inacceptable entre ce que l’on considère être un revenu de base pour couvrir ses besoins essentiels et avoir les moyens de se sortir de la pauvreté.