Une stratégie à préciser

ÉDITORIAL / Le candidat à la mairie de Sherbrooke, Steve Lussier, a lancé sa campagne, jeudi, avec un discours très optimiste et un brin séducteur en promettant de faire de Sherbrooke «la ville la plus prospère au Québec», en attirant notamment de nouvelles entreprises et des sous-traitants
On ne peut douter de la sincérité de l'engagement du candidat et il faut saluer son enthousiasme, mais, pour bien des Sherbrookois, il s'agit là d'un air connu en période électorale.
Sherbrooke Citoyen doit pour sa part tenir jeudi une rencontre citoyenne sous le thème de l'économie locale.
M. Lussier devra d'ici le scrutin du 5 novembre détailler son plan d'action et expliquer comment il compte s'y prendre pour faire mieux que le maire sortant, Bernard Sévigny, qui veut lui positionner Sherbrooke «pour devenir la ville de la croissance au Québec».
Bref, ces belles intentions se ressemblent passablement.
Steve Lussier a évidemment l'avantage d'être un nouveau venu sur la scène municipale.
Il a beau jeu d'attaquer le bilan de l'administration Sévigny et de se présenter comme l'incarnation du changement.
Par exemple, M. Lussier a raison de déplorer que Sherbrooke n'ait pu attirer Ubisoft ni pu convaincre SherWeb d'investir ici plutôt qu'à Longueuil.
Non seulement la région a ainsi «perdu» des centaines d'emplois potentiels, mais cela lui aurait donné une nouvelle impulsion dans le domaine de la technologie. La décision d'Ubisoft, il y a quelques mois, d'investir dans un nouveau studio de production à Saguenay et d'y créer ainsi 125 emplois en conception et programmation de jeux vidéos a jeté une douche froide sur la région, d'autant plus que cette entreprise avait depuis 2005 une entente avec l'Université de Sherbrooke pour de la formation.
Or, Sherbrooke Innopole et Magog Technopole courtisaient Ubisoft chacun de son côté, ce qu'ignorait le ministre responsable de l'Estrie, Luc Fortin, tandis que le maire Sévigny n'a pas participé aux démarches.
Y a-t-il eu un manque de concertation des forces du milieu ou de vision de la part des différents partenaires du développement économique, notamment la Ville de Sherbrooke, Sherbrooke Innopole et l'Université de Sherbrooke?
Autre déception majeure pour Sherbrooke: l'investissement de 8 millions $ de la PME sherbrookoise SherWeb à Longueuil, créant 200 emplois de haut savoir, annoncé il y a quelques semaines.
L'entreprise spécialisée dans l'hébergement de données avait motivé son choix par son besoin d'avoir accès à un plus grand bassin de main-d'oeuvre qualifiée et bilingue.
Bien des Sherbrookois ont sans doute eu bien du mal à s'expliquer une telle décision compte tenu de la présence ici de deux universités et de deux cégeps, francophones et anglophones, qui forment des diplômés dans moult domaines.
Il faut toutefois reconnaître que les difficultés de Sherbrooke pour obtenir de gros investissements dans les secteurs de pointe datent de bien avant l'ère Sévigny.
En outre tout n'est pas noir: par exemple, Cooper Standard, qui produit des joints d'étanchéité, vient d'inaugurer une nouvelle usine de 12,3 millions dans le parc industriel, tandis que Soprema, un fabricant de produits pour l'enveloppe des bâtiments, y investit 20 millions $ pour de nouvelles installations.
D'autre part, la décision du candidat Lussier de soumettre le projet Well. Inc. à un moratoire est difficile à comprendre puisque ce projet de revitalisation urbaine est axé justement sur l'innovation et la création d'emplois spécialisés.
On pourrait dire la même chose de son intention de réduire les dépenses pour la relance de l'aéroport régional de Sherbrooke et l'ajout de vols commerciaux.
Le projet a certes été mal ficelé par l'administration Sévigny, mais est vu par plusieurs comme un ou outil nécessaire au développement économique de la région.
Steve Lussier aura tout le temps de préciser sa pensée et sa stratégie, mais il devra aussi expliquer certaines de ses prises de position en apparence contradictoires.