Une solution environnementale et économique

ÉDITORIAL / Après 30 ans de sur-place, le gouvernement semble enfin vouloir s'attaquer à la modernisation du système de récupération et à l'amélioration du taux de recyclage des bouteilles de plastique et de verre, voire à élargir la consigne.
Un groupe de travail formé de représentants de l'industrie sous la direction de Recyc-Québec devrait accoucher d'une proposition globale à l'automne.
Les Québécois consommeraient chaque année jusqu'à un milliard de bouteilles de plastique, de même que 200 millions de bouteilles de vin et de spiritueux.
Dans le cas des contenants de plastique non consignés, notamment les bouteilles d'eau, une bonne partie se retrouve dans les sites d'enfouissement ou pire, dans la nature. Le problème, du reste, est mondial puisque l'humanité est aux prises avec des centaines de millions de tonnes de déchets de plastique.
Faute de données récentes de Recyc-Québec, le Centre québécois du droit de l'environnement estime que de 20 à 40 pour cent seulement des contenants de verre seraient valorisés, tandis que le taux de recyclage des bouteilles de plastique serait très faible.
À titre de comparaison, plus de 70 pour cent des bouteilles (et canettes) de bière et des canettes de boisson gazeuse sont récupérées via la consigne de 5 cents.
Il faut souhaiter que les participants au groupe de travail passent outre à l'éternel débat entre tenants et opposants de la consigne pour trouver une solution globale afin d'améliorer la récupération et la revalorisation des contenants de plastique et de verre, notamment les bouteilles de vin.
De meilleurs systèmes de récupération permettraient d'améliorer les taux de recyclage, notamment en optimisant la collecte sélective dans le secteur résidentiel et commercial, et en favorisant la récupération des contenants de plastique utilisés à l'extérieur de la maison.
Quant aux bouteilles de vin et de spiritueux, le problème est lié au fait que lorsqu'elles sont récupérées pêle-mêle avec la collecte sélective, elles se brisent et « contaminent » les autres matières, perdant ainsi de leur qualité et de leur valeur sur le marché, pour se retrouver dans les lieux d'enfouissement.
Une situation qui mène à des aberrations : par exemple la compagnie Owens-Illinois, qui traite le verre transparent et ambré à son usine de Montréal, doit importer une grande partie de sa matière première!
Toutefois, pour tenter d'améliorer le recyclage du verre, le gouvernement Couillard a annoncé en juin la mise en service dans cinq centres de tri de la province de nouveaux équipements, avec Éco Entreprises Québec et Recyc-Québec. Il veut aussi évaluer de nouveaux débouchés.
Autre avenue : la valorisation.
Pas exemple, l'usine Tricentris de Lachute utilise une technologie de micronisation du verre développée par la Chaire de recherche SAQ de valorisation du verre dans les matériaux, de l'Université de Sherbrooke, pour améliorer la performance du béton et diminuer les émissions de gaz à effet de serre générées par la fabrication de ciment.
Cette technologie a l'avantage de pouvoir utiliser le verre mixte provenant de la collecte sélective même s'il est brisé.
À l'automne 2016, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention de porter la consigne de 5 à 10 cents et de l'étendre à tous les contenants de moins de 900 millilitres, ce qui ne s'est jamais concrétisé.
Évidemment, les détaillants en alimentation ne sont pas très chauds à l'idée en raison notamment des coûts liés à la manutention, aux équipements et aux contraintes d'espace.
Du reste, aux dernières nouvelles, les grands détaillants comme Métro, Loblaw et IGA s'opposent non seulement à l'élargissement de la consigne, mais prônent son abolition.
Mais devant l'ampleur du problème, l'État, les grandes chaînes et les petits détaillants ont la responsabilité d'en arriver à une solution qui soit à la fois environnementale et économique.