Une situation intenable

ÉDITORIAL / Alors que le Québec semble confronté à une crise du logement, avec un taux d’inoccupation 2,3 % (2,5 % à Sherbrooke), l’État québécois doit améliorer les mesures de soutien pour aider les ménages à faible revenu à se loger, qu’il s’agisse d’élargir le programme de supplément au loyer ou de construire davantage de logements sociaux.

De nombreux ménages sherbrookois, une vingtaine au moment d’écrire ces lignes (plus de 200 au Québec), risquent de se retrouver dans la rue, lundi, faute d’avoir pu trouver un logement abordable et convenable.

Ils attendent toujours que Québec confirme s’ils pourront bénéficier du programme de supplément de loyer d’urgence qui leur permettrait de ne débourser que 25 % de leur revenu pour se loger.

L’an dernier, plus d’une vingtaine de ménages, dont des familles, s’étaient retrouvés dans la même situation.

Avec un taux d’inoccupation en deçà du point d’équilibre de 3 %, les logements abordables sont rares. 

La Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) avait sonné l’alarme en décembre dernier dans un rapport démontrant un resserrement du marché locatif à Sherbrooke en raison de l’augmentation de la population étudiante, de la migration internationale et du désir de nombreux ménages âgés de quitter leur maison pour un logement.

Dans certains secteurs comme Fleurimont et Rock Forest/St-Élie/Deauville, le taux d’inoccupation était même inférieur à 2 %.

Avec un coût moyen des logements — 758 $ par mois pour un trois chambres à Sherbrooke en 2018, selon la SCHL – se trouver un toit n’est pas à la portée de tout le monde.  

Devant un marché de l’habitation qui peine visiblement à répondre aux besoins des moins nantis, l’Association des locataires de Sherbrooke et l’Office municipal d’habitation (OMH) plaident pour un réinvestissement dans le logement social, actuellement de 100 nouvelles unités par année, alors que 800 ménages sont en attente à Sherbrooke.

Selon l’Association des locataires, le privé ne peut répondre aux besoins des ménages à faible revenu en raison du coût trop élevé des loyers sans compter, dit son président Normand Couture, des problèmes de logements en mauvais état et, parfois, de ségrégation envers les personnes sur l’aide sociale ou les immigrants.

Le Regroupement des propriétaires d’habitation locative (RPHL) de Sherbrooke reconnaît que le taux d’inoccupation est bas, mais soutient que plusieurs de ses membres ont des logements disponibles et que l’Association des locataires en a été informée.

Selon le RPHL, une bonne partie de la solution à la rareté de logements abordables passe par un élargissement du programme de supplément au loyer afin d’aider les ménages à faible revenu à se loger dans le privé.

Chose certaine, on ne peut plus tolérer une situation dans laquelle des familles, des personnes seules ou des personnes ayant besoin de soutien social doivent se battre année après année pour se loger convenablement et à un prix raisonnable. 

Avec un surplus qui pourrait dépasser 3 milliards $ cette année, le gouvernement Legault a les moyens de s’attaquer au problème.

Il a toutefois décidé dans son budget de mars dernier de ne pas financer de nouvelles unités de logements sociaux, se contentant de soutenir la réalisation de 10 000 des 15 000 logements déjà prévus dans les budgets précédents et non livrés, sur 7 ans.  

Pire : Québec et Ottawa n’ont toujours pas conclu d’entente bilatérale sur le logement, dont les fonds ont été annoncés il y a 18 mois, et pour le prolongement de l’Initiative fédérale de logements communautaires.

Malheureusement, pour l’heure, cette situation ne semble pas trop ébranler la classe politique.