Une révision attendue

Depuis quelque temps, nous constatons que différents partis politiques du Québec courtisent la famille avec leurs annonces et leurs promesses à saveur préélectorale. Le gouvernement libéral n’est pas en reste. Il a déployé tout son charme avec le dépôt du projet de no 176 « Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d’autres dispositions législatives afin principalement de faciliter la conciliation famille-travail » visant à revoir des éléments de la Loi sur les normes du travail.

Les personnes pourront obtenir davantage de temps pour prendre soin d’un enfant, d’un parent ou d’un proche et avoir la garantie de préserver leur emploi. Le « prendre soin de », très présent dans ce projet de loi, ne s’applique pas dans tous les cas.

Pour une personne atteinte d’une maladie et/ou en traitement, le gouvernement n’a pas prévu d’augmenter le nombre de semaines pour que cette personne puisse se consacrer à sa guérison sans craindre d’être congédiée, ce qui est très décevant.

Le projet de loi prévoit 2 jours de congé payés en cas de maladie ou pour obligation familiale, ce qui est une avancée certes, mais loin des 10 jours que nous demandions et qui est plus près des besoins réels des travailleurs à bas salaire.

Les salariés auront droit à trois semaines de vacances annuelles après trois ans, plutôt qu’après cinq ans, ce qui est une bien maigre amélioration (...)

Une personne pourra refuser de faire des heures supplémentaires si elle n’a pas reçu son horaire 5 jours à l’avance, mais cela ne crée pas l’obligation de remettre l’horaire 5 jours à l’avance comme nous le demandons.

Nous nous attendions à plus en matière de harcèlement. Bien que l’ajout explicite du harcèlement sexuel dans la loi soit prévu, il n’y a rien de significatif ou de contraignant à cet égard (...)

Quant à eux, les employeurs ne seront pas en reste avec la possibilité d’un étalement des heures de travail sur 4 semaines. Il sera possible de moduler la semaine de travail et les heures supplémentaires se comptabiliseront après 160 heures de travail (4 semaines de 40 heures) et non après 40 heures comme c’est le cas actuellement. (...)

La loi actuelle, qui est désuète, comporte des nombreuses lacunes et est loin de correspondre au monde du travail du 21e siècle où il y a prolifération des statuts et des formes d’emploi qui ont contribué à l’augmentation de la précarité et de la vulnérabilité des personnes, ainsi qu’à l’effritement de leur protection sociale. La modernisation de la Loi sur les normes du travail avec

le projet de loi 176 est une belle tentative de séduction qui comporte des avancées, mais il reste encore du chemin à faire pour assurer une protection sociale adéquate adaptée à notre époque.

Manon Brunelle
Coordonnatrice Illusion-Emploi de l’Estrie