Donald Trump

Une remise en question des alliances comme l’OTAN

ANALYSE / L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) fut créée en 1949 afin d’assurer la défense collective et la stabilité en Atlantique Nord. Cette alliance qui comprend 29 membres joue depuis 70 ans un rôle majeur dans la préservation de la paix et la sécurité en Europe.

L’OTAN représente donc un élément clé dans l’ordre international. En plus de maintenir une sorte de Pax Americana dans le monde, l’alliance a permis aux États-Unis de conserver leur rôle de superpuissance. Plus encore, tout en jouant un rôle majeur pour dissuader l’émergence de plus grands conflits, elle a aussi assuré un monde plus prospère.

L’OTAN est plus qu’un simple traité de défense. La présence de bases militaires américaines en Europe, la tenue d’exercices et le déploiement de systèmes de défense antimissile sont autant de points assurant la viabilité de l’organisation. Mais c’est d’abord l’Article 5 qui rend l’OTAN crédible. Les Européens adhèrent à l’Alliance, parce qu’ils sont convaincus qu’en cas de conflit, les États-Unis respecteraient leur engagement et les soutiendraient.

D’ailleurs, les réflexions du président américain concernant le recours à l’Article 5 sont contreproductives. Il agit comme s’il ne comprenait pas le rôle joué par l’OTAN comme système de défense mutuelle. En contraignant tous les pays à intervenir en cas d’agression, l’OTAN se trouve à dissuader des agresseurs éventuels.

Or, depuis trois ans, Trump ne cesse de répéter que l’OTAN est devenue désuète tout en dépeignant les alliés européens comme des « voleurs exploitant la générosité américaine plutôt que d’être des partenaires ». En conséquence, il menace de retirer les États-Unis de l’alliance, à moins que les autres membres augmentent substantiellement leur contribution financière.

Lorsque Trump affirme que l’OTAN représente une sorte de racket de protection qui force les États-Unis à payer pour la défense de l’Europe, simplement il trafique les chiffres. Les États-Unis dépensent deux fois plus militairement que les autres membres de l’OTAN. Mais il oublie que les États-Unis assument des responsabilités militaires partout dans le monde. C’est comme comparer des pommes avec des oranges.

Le comportement grossier récent de Trump envers la chancelière allemande n’a fait qu’accentuer le mépris de beaucoup d’Européens à son égard. Ses attaques systématiques contre l’alliance, jointes à sa vision accommodante vis-à-vis le dirigeant russe, suscitent le chaos et créent la confusion au sein de l’organisation. Plus encore, ses commentaires menacent la stabilité des démocraties occidentales.

Les propos de Trump sont très dommageables psychologiquement parlant. Depuis son entrée en fonction, Trump a largement miné la cohésion de l’OTAN par son comportement intempestif. Que vous soyez alliés ou adversaires, tous doivent comprendre ce qu’ils entendent. Les gens se disent que le président américain doit croire ce qu’il dit. En somme, ses propos ont déjà créé une incertitude majeure. 

L’alliance fonctionne sur une base de réciprocité à la fois sur le plan militaire, sécuritaire et humanitaire. Trump semble l’oublier. Or, à la suite du 11 septembre 2001, les membres de l’Alliance se sont mobilisés pour soutenir les États-Unis, lutter contre Al-Qaïda et renverser les talibans en Afghanistan.

Certaines déclarations de Trump sont pour le moins aberrantes. Par exemple, il a affirmé encore récemment que l’OTAN représentait un traité aussi mauvais que l’ALENA, allant aussi à l’encontre des intérêts américains. Il oublie que l’organisation a joué un rôle déterminant pour promouvoir la démocratie, assurer la sécurité, protéger le commerce international et qu’elle représente l’alliance la mieux réussie de l’histoire.

Les dirigeants européens expriment à l’unisson de grandes d’inquiétudes concernant les engagements de Trump à l’égard de l’alliance transatlantique. Ces inquiétudes découlent d’abord de l’antipathie évidente qu’il manifeste ouvertement envers les institutions et les dirigeants de l’organisation. 

Ces inquiétudes sont amplifiées par un sentiment de malaise découlant du comportement très chaleureux que Trump affiche entre-temps envers le président Poutine. D’ailleurs, ses commentaires acerbes et provocateurs jouent directement dans le jeu de Poutine dont l’objectif premier est de briser l’OTAN, de renforcer son propre pouvoir autocratique et de maintenir une large zone d’influence russe en Europe.

Aussi, en juillet 2018, un groupe de sénateurs démocrates a écrit au président Trump lui rappelant qu’il devait faire la distinction entre les pays alliés des États-Unis et ceux qui sont des adversaires. De même un groupe de sénateurs républicains a exprimé une forte inquiétude en voyant comment Trump endommage le leadership américain par ses assauts inconsidérés contre l’OTAN.

La situation est telle que plusieurs observateurs se demandent si la multiplication des déclarations bizarres et des insultes proférées par Trump ne cacherait pas en fait une stratégie plus globale pour détourner l’attention de ses politiques étrangères douteuses. D’ailleurs, certaines de ses politiques sont pour le moins questionnables : pressions sur la France à abandonner l’Union européenne, le retrait de l’accord nucléaire iranien, le déclenchement d’une guerre commerciale avec le reste du monde, la menace d’abandonner l’OTAN, ou la décision de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem qui rend presque impossible la reprise des négociations de paix au Moyen-Orient.

Les remises en question de la politique étrangère américaine par Trump ne se limitent pas à l’OTAN. Il a aussi annoncé le retrait américain d’accords multilatéraux comme l’accord climatique de Paris ou le TPT. Il se montre aussi critique des alliances qui sous-tendent la puissance américaine pas seulement en Europe, mais aussi en Asie. Décidément, il est déterminé à déstabiliser l’ordre international mis en place après 1945.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.