Martin Francoeur

Une relation à reconstruire

ÉDITORIAL / L’année commence avec tout un défi pour le premier ministre Justin Trudeau et son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne. L’écrasement d’un avion en Iran, avec 57 Canadiens parmi les victimes, exige du Canada qu’il fasse de la gymnastique diplomatique dans un contexte de tensions internationales et de deuil national. Rien de moins.

Le déploiement d’une équipe du Bureau de la sécurité des transports (BST) sur le terrain en Iran est déjà une étape importante qui a certainement nécessité beaucoup de tact et beaucoup de persuasion dans les discussions préalables. Même si on ignore encore quel rôle aura le Canada dans cette enquête, il pourrait bien se positionner avec leadership compte tenu de l’expertise du BST et de l’étendue des pertes canadiennes dans cet écrasement.

La bonne nouvelle est venue du ministre Champagne lundi. Il a affirmé via Twitter que les représentants canadiens étaient tous arrivés à Téhéran et qu’ils pourront commencer rapidement leur travail sur l’écrasement. L’Iran a délivré des visas à tous les représentants de l’Équipe permanente de déploiement rapide (EPDR) d’Affaires mondiales Canada et aux enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports (BST) qui en avaient fait la demande.

C’est déjà beaucoup.

Le Canada, doit-on le rappeler, n’avait plus de relations diplomatiques avec l’Iran depuis que les conservateurs de Stephen Harper avaient fermé l’ambassade canadienne à Téhéran en 2012. Il faut rappeler, aussi, que Justin Trudeau avait promis en 2015 qu’il allait rouvrir cette ambassade et que cela n’a toujours pas été fait.

Il a donc fallu passer par des diplomaties amies pour établir les premiers liens. Le Canada l’a fait par l’entremise de l’Italie, qui entretient toujours des liens diplomatiques et consulaires avec l’Iran.

Depuis que l’avion de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu par un missile iranien, le travail du gouvernement Trudeau se déploie sur deux fronts. Un front international, principalement pour l’enquête, et un front national, essentiellement pour rassurer les Canadiens et les familles des victimes. Jusqu’à maintenant, Justin Trudeau fait du bon travail sur les deux fronts.

Dès la semaine dernière, les points de presse du premier ministre se sont succédé afin d’informer – autant que faire se pouvait – les Canadiens et de rassurer les familles des victimes canadiennes. Le ton était posé, empathique, approprié. Justin Trudeau s’est même rendu, au cours de la fin de semaine, à une cérémonie en hommage à des victimes qui se tenait en Alberta.

Justin Trudeau a su, dans les circonstances, trouver les bons mots. Il a indiqué que justice devrait être faite, que c’est une tragédie nationale et que le pays entier est en deuil. «Nous ne nous arrêterons pas, a-t-il assuré, tant que nous n’aurons pas eu toutes les réponses.» Et à la suite des aveux de responsabilité de l’Iran, Justin Trudeau s’est engagé «fermement à trouver les réponses et la compensation et l’aide» pour les familles des victimes.

Le Canada, malgré son absence diplomatique en Iran, s’est rapidement retrouvé aux commandes d’une coalition de pays qui ont des ressortissants parmi les victimes, avec l’Ukraine. Cela permet certainement au Canada de se positionner comme joueur important dans l’enquête sur cette tragédie.

L’Iran a aussi été bon joueur au cours des derniers jours. Admettre, finalement, que l’avion civil avait été abattu par erreur était déjà un geste important. Et permettre à des représentants de pays étrangers de s’amener chez eux pour une enquête importante dont les enjeux et le contexte sont très particuliers est aussi un geste significatif.

Quant au Canada, il pourra profiter de ces circonstances pour rétablir des liens diplomatiques avec l’Iran, comme l’avaient promis les libéraux. Du même coup, le gouvernement de Justin Trudeau devra certainement repenser sa politique internationale, surtout dans ce secteur du globe.