Une réforme politique à courte vue?[N]

Selon le document du 20 janvier 2014 sur la réforme de la structure politique sherbrookoise, la réduction du nombre d'élus créera des économies récurrentes de 650000 $ et la population de Sherbrooke n'en sera pas moins bien représentée.
Considérant les expériences vécues ailleurs, il apparaît peu probable que les économies anticipées se réalisent. «Plus le nombre d'élus par électeur est faible, plus le coût par électeur est élevé» nous dit une étude récente du Centre de recherche «Cirano». C'est que, selon une logique de professionnalisation, de compétences accrues et de plus grande disponibilité, l'augmentation du nombre d'électeurs à représenter par les élus tend à générer une hausse de leur rémunération ainsi qu'un recours accru par ces élus à des fonctionnaires politiques et administratifs pour les seconder. L'agrandissement, l'augmentation de la population et la diversification accrue des territoires des 3 grands arrondissements résultant de la réforme, entraînant une moyenne de plus de 14 000 citoyens par élu, se traduira à plus ou moins long terme par des hausses de coûts, non décrites dans le document du 20 janvier.
Il est regrettable que l'analyse comparative entre Sherbrooke et d'autres villes québécoises sur laquelle se base le document soit si superficielle. Tout d'abord, nous ne savons pas si les citoyens de ces autres villes se sentent écoutés, compris et bien représentés par leurs conseils municipaux, ce qui serait la première analyse à faire avant de conclure au caractère probant des chiffres utilisés.
Ensuite, il est élémentaire[N] [N]de comprendre qu'au-delà du seul nombre d'électeurs, la quantité optimale d'élus dépend de plusieurs paramètres. Plus un territoire est peuplé, étendu, culturellement et socio-économiquement diversifié, soumis à une multitude d'enjeux, plus le nombre d'élus doit être élevé. Plutôt qu'avec les plus grandes villes, pourquoi ne pas avoir comparé Sherbrooke à Lévis(138769), Trois-Rivières(131338) ou Terrebonne(106322), avec qui on partage grosso modo la même densité et la même moyenne du nombre d'électeurs par élu avec 7730 (Lévis: 8673; Trois-Rivières:7725; Terrebonne: 6254)?
Il faut questionner le bien-fondé de l'actuel projet de réforme. Peu probables, ou au mieux négligeables en rapport au budget total de la ville (sur environ 450 millions $ de dépenses, .0014%), les économies recherchées seront, si elles se réalisaient, à coup sûr préjudiciables à la qualité de la représentation et de la vie démocratique[N]. Ne vaudrait-il pas mieux se livrer à un bilan global et rigoureux de l'expérience vécue avec la fusion de 2002? Un tel bilan devait permettre de mesurer la qualité et l'adéquation de nos structures politiques en fonction de l'état réel de la vie démocratique, du développement durable (intégrant le social, l'économique et l'environnemental), de la vie communautaire, de la gestion du loisir-sport, de la culture, de l'aménagement, supposant un débat collectif mobilisateur.
Ce projet de réforme est définitivement annoncé comme purement comptable, mais repose sur quelle vision et pour quel projet collectif à long terme?
Jerry Espada,
Jacques Caillouette,
Clément Mercier,
Sherbrooke