Bien que Trump propose un antidote rassurant pour ses partisans qui ont peur ou qui considèrent qu’ils sont victimes de la mondialisation, sa solution basée sur le nationalisme représente un faux remède.

Une pseudo-volonté de redonner leur grandeur aux États-Unis

ANALYSE / Durant toute sa campagne présidentielle et lors de son discours inaugural, Donald Trump a eu recours à ses deux slogans privilégiés, soit « Redonner sa grandeur à l’Amérique » et « L’Amérique d’abord », pour décrire l’orientation générale qu’il avait l’intention de donner à son administration. Cette approche de gouvernance n’est pas nouvelle.

En 1940, le slogan « L’Amérique d’abord » atteignit des sommets. Le monde était alors engagé dans une spirale protectionniste avec le resserrement des frontières, la dévaluation des monnaies et la montée des régimes fascistes. Le monde extérieur était perçu plus comme une menace qu’une possibilité d’opportunités. Il fallait donc protéger les États-Unis des influences néfastes étrangères.

Le comité de « L’Amérique d’abord » regroupa plus de 800 000 adhérents et trouva un orateur charismatique en Charles Lindbergh. Cherchant à prévenir l’entrée des États-Unis dans une guerre qui était considérée comme essentiellement un conflit européen, ce mouvement attira de larges foules jusqu’en 1941. L’attaque japonaise à Pearl Harbor changea complètement la donne.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’attelèrent à créer un nouveau système international basé sur l’expansion de la démocratie, le développement du commerce et la croissance de la prospérité. Sous l’égide du GATT, puis de l’OMC, ce nouvel ordre mondial prospéra à travers des accords économiques multilatéraux. Le monde assista en Europe et en Asie à une série de miracles économiques.

Ce qui est nouveau dans les discours populistes de Donald Trump, c’est la séparation qu’il effectue entre l’intérêt national des États-Unis et la liberté plus large dans le reste du monde. En somme, il plaide pour un contrôle strict de l’immigration et une politique isolationniste en politique étrangère.

Rejetant l’idée selon laquelle ce qui est bon pour les alliés américains est bon pour les États-Unis, Trump s’est empressé dès son entrée en fonction de dénoncer les accords commerciaux internationaux. Il a remplacé la compréhension éclairée de l’intérêt national américain par une vision étroite de l’intérêt national des États-Unis.

C’est dans cet esprit qu’il se retira de l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) visant à créer la plus large zone de libre-échange dans le monde. De même, il lança un processus de renégociation de l’ALÉNA, menaçant même de s’en retirer. Finalement, il a appelé à un ajustement des frontières pour forcer les compagnies américaines à payer d’abord des impôts aux États-Unis sur leurs profits étrangers. Cette dernière mesure va à l’encontre des règles de l’OMC.

Finalement, dans son approche privilégiant l’Amérique d’abord, Trump a placé en priorité l’immigration. Cette politique représente un symptôme de sa pensée. Niant le besoin urgent des compagnies et des fermiers américains d’embaucher des travailleurs étrangers, il adopte une politique de discrimination sur « la promesse insaisissable d’une sécurité accrue ».

Le désengagement américain proposé par Trump signifie pratiquement la fin de l’ordre international mis en place après 1945. Cet ordre, en dépit de son caractère imparfait, a apporté la prospérité à des centaines de millions de personnes. Or, paradoxalement, la première victime de ce désengagement pourrait bien être les États-Unis.

Dans sa vision de l’Amérique d’abord, Trump propose ni plus ni moins de retourner en arrière dans une période apparemment idyllique comme les années 1950. Or, il serait surprenant aujourd’hui qu’une majorité d’Américains acceptent de faire un saut dans le temps et de retourner aux années 50. Bien qu’ils endossent les discours populistes de Trump, ces derniers (ses partisans blancs) auraient trop à perdre dans un retour en arrière.

Même si Trump propose un antidote rassurant pour ses partisans qui ont peur ou qui considèrent qu’ils sont victimes de la mondialisation, sa solution basée sur le nationalisme représente un faux remède.

La mondialisation est là pour rester. En prescrivant le nationalisme économique et le protectionnisme, il endommage à long terme la prospérité même des États-Unis.

Plus encore, Trump ne tient pas compte des répercussions probables de ses politiques sur l’économie américaine. Il oublie que le bien-être à long terme des différentes sociétés développées repose sur des économies ouvertes. Une économie de libre marché reposant sur la concurrence est garante d’une innovation et d’une productivité accrue. Par contre, la croissance économique est rarement stimulée par une politique protectionniste.

Trump oublie de dire que la marque profonde des années 50 reposait sur l’espoir et la confiance. Or, on ne peut pas restaurer ce pseudo âge d’or simplement en retournant à un néo-isolationnisme destructeur. Cette rhétorique populiste séduit peut-être ses partisans, mais elle n’est pas pratique.

La politique protectionniste de Trump l’a amené aussi à exclure les États-Unis de l’accord international sur les changements climatiques. Désirant protéger et promouvoir des industries liées à des énergies traditionnelles comme le charbon et le pétrole, il a mis fin aux investissements que son prédécesseur avait accordés aux énergies renouvelables. Ce faisant, Trump abandonne un champ d’innovation à la compétition extérieure.

Les politiques économiques basées sur le nationalisme et l’isolationnisme, préconisées par le président Trump, contrastent avec les grandes théories économiques qui ont prévalu pendant les 250 dernières années. À plusieurs égards, elles ressemblent aux politiques mises en place dans les années 20 et au début des années 30 et qui ont débouché sur la Grande Dépression. En ce sens, le slogan « L’Amérique d’abord » rappelle de douloureux souvenirs.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.