Le parc est situé sur le bord de la rivière Saint-François.

Une procédure à améliorer

ÉDITORIAL / La vive opposition de citoyens à la vente du parc municipal Willie-Bourassa-Auger, en vue d’y permettre la construction d’une résidence, aura au moins permis de mettre au jour de possibles lacunes dans la procédure de changement de vocation de terrains municipaux et le mode de consultation de la population.

Il est rare que la Ville de Sherbrooke décide de vendre un parc, mais cette controverse doit néanmoins inciter l’administration Lussier à revoir un mécanisme où l’on semble traiter les dossiers à la pièce, sans nécessairement tenir compte d’enjeux globaux comme la préservation des espaces verts, et à mieux communiquer avec les citoyens.

La Ville a certes suivi les règles du jeu dans ce dossier.

En novembre 2018, elle avait invité par écrit les citoyens résidant à proximité à une rencontre d’information sur la mise en vente du parc, à laquelle ont participé 11 personnes. Par après, la Ville a tenu une consultation publique, comme l’exige la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, où personne ne s’est présenté, rappelle la présidente de l’arrondissement de Brompton, Nicole Bergeron.

De plus, une pancarte indiquant que le terrain était à vendre a été en place durant trois mois. 

Pourtant, nombre de citoyens affirment ne pas avoir été au courant de la démarche de la Ville et, visiblement, l’enjeu dépasse les limites de l’arrondissement, d’où l’importante levée de boucliers.   

Bien que l’endroit soit peu fréquenté et, dit-on, plus ou moins bien entretenu, il est choquant, voire aberrant, aux yeux de nombreux 

citoyens — et on peut le compren-dre — de sacrifier un parc municipal, de surcroît en bordure de la rivière Saint-François, pour y permettre une construction.

Car malgré la présence en grand nombre d’opposants lors de la réunion du conseil municipal de lundi soir dernier, ce qui a donné lieu à du crêpage de chignon entre certains élus et à l’expulsion d’un citoyen, la Ville de Sherbrooke a enclenché la procédure de changement de zonage en vue de la vente du terrain pour la somme de 91 400 $.

L’argent sera utilisé pour d’autres espaces verts de l’arrondissement de Brompton.

Certains diront que les opposants ont réagi sur la tard.

Toutefois, vendre un parc municipal n’est pas banal, d’autant plus que celui-ci avait été aménagé en 1997 grâce à une subvention d’Hydro-Québec accordée à l’ancienne municipalité du canton de Brompton en guise de compensation pour la présence d’infrastructures électriques.

Résultat : plusieurs ont le sentiment d’être placé devant un fait accompli et se sentent dépossédés d’un bien public.

Le changement de zonage est désormais entre les mains des citoyens du secteur qui peuvent demander la tenue d’un registre en vue d’un référendum. Au moment d’écrire ces lignes, un groupe avait recueilli les signatures de près de 200 personnes désirant faire l’ouverture d’un registre, alors que le nombre de signatures requises est de 12. 

Toute cette histoire est extrêmement malheureuse non seulement pour les citoyens qui risquent de perdre un espace vert, mais aussi pour les acheteurs du fameux parc, de jeunes parents qui se trouvent impliqués malgré eux dans une controverse dont ils auraient sans doute bien pu se passer.

Néanmoins, la vente d’un parc municipal à des fins de construction a une haute valeur symbolique et ne contribue certainement pas à rassurer les citoyens quant à la pérennité des espaces verts à Sherbrooke.

Mais les choses pourraient changer : le nouveau Bureau de l’environnement de la Ville de Sherbrooke, qui a notamment pour mandat de mieux coordonner les actions touchant les espaces verts, devrait permettre de mieux encadrer la vente de terrains municipaux et, espérons-le, de le faire dans l’intérêt des citoyens.

Pour ce qui est des élus sherbrookois, il faut leur souhaiter une bonne relâche estivale, en espérant des débats plus sereins à la rentrée.