Une perte majeure

ÉDITORIAL / La destruction de l’ancien hôtel Magog à la suite de l’incendie d’hier matin, le deuxième à survenir à cet endroit en huit mois, constitue une lourde perte au plan historique et soulève maintenant la question de la vocation future de cet emplacement situé au coeur du plus vieux quartier de Sherbrooke.

On peut également se questionner sur l’importance que l’on accorde collectivement à des lieux qui ont marqué l’histoire régionale et qui finissent parfois par être pratiquement laissés à eux-mêmes avant de devenir irrécupérables ou de brûler.  

Ce sinistre est d’autant plus choquant qu’il survient au moment  où la Ville de Sherbrooke vient d’autoriser un budget de 26 millions $ pour la revitalisation du périmètre King-Wellington, avec le projet Well inc., car le secteur des rues Dufferin-Frontenac en est la continuité et sera lui aussi visé par un projet de revitalisation.

L’ancien hôtel était à vendre et était pratiquement inoccupé à l’exception de deux bars au rez-de-chaussée.

Il aurait sans doute pu connaître une nouvelle vocation, mais il est maintenant trop tard.

L’immeuble construit en 1902 avait fait place à un premier hôtel érigé en 1836, le Magog House, dans ce qui était alors le coeur du centre-ville de Sherbrooke.

Ce qui est aujourd’hui la rue Dufferin faisait partie du chemin King’s Way, une route pour les diligences qui reliait Sherbrooke à Boston, Portland, Stanstead, Montréal et Québec.

Durant une bonne partie du 20 siècle, l’endroit a conservé sa vocation d’hôtel et a aussi aussi utilisé comme lieu de rencontre, notamment par l’ancien premier ministre et chef de la défunte Union nationale, Maurice Duplessis, qui y tenait des assemblées politiques.

L’hôtel Magog avait perdu beaucoup de sa valeur en tant que patrimoine bâti en raison des nombreuses transformations qu’il a subies à travers les années.

Mais sa démolition laissera une énorme cicatrice sur la rue Dufferin, l’une des plus belles de Sherbrooke, où on retrouve plusieurs édifices et maisons historiques, notamment l’ancienne Eastern Townships Bank où loge maintenant le Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

La Ville de Sherbrooke a bien peu de moyens pour contraindre un propriétaire à rénover son immeuble et à faire en sorte que celui-ci soit occupé tant que les taxes municipales sont payées et que l’édifice ne présente pas de risque pour la salubrité ou la sécurité. À moins bien sûr de s’en porter acquéreur.

Le plus bel exemple est le 2 rue Wellington Nord, une ancienne succursale bancaire inoccupée depuis 10 ans, dont le propriétaire a perdu à peu près toute crédibilité à la suite de nombreuses  rumeurs de projets commerciaux qui ne se sont jamais concrétisés.

Qu’adviendra-t-il du terrain de l’hôtel Magog?

Pour l’heure il est difficile de connaître les intentions du propriétaire tout comme celles de la Ville.

Chose certaine, le secteur est soumis aux PIIA (plans d’implantation et d’intégration architecturale), de sorte que tout projet de construction future devra respecter des critères précis.

La conseillère Chantal l’Espérance indique que l’avenir de ce terrain fera l’objet de discussions, mais ne peut dire si la Ville pourrait en faire l’acquisition.

Chose certaine, une réflexion s’impose sur la préservation des vieux immeubles plus ou moins laissés à eux même.

«Pour protéger les édifices patrimoniaux, il faut les occuper, leur donner une vocation, sinon ils tombent bien souvent en décrépitude», rappelle Michel Harnois, directeur général de la Société d’histoire de Sherbrooke.
De quoi faire réfléchir...
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Correctif: Dans l’éditorial du mercredi 20 décembre («Régime minceur»), il aurait fallu lire que le conseiller municipal Rémi Demers a voté pour le budget 2018 de la Ville de Sherbrooke, mais a exprimé des réserves au sujet du gel de la taxe foncière.