Lorsque l’on sait qu’il y a 5 millions de véhicules en circulation au Québec, cela donne une idée de l’ampleur du défi… ou de l’impact somme toute mineur de la plantation d’arbres, du moins au rythme actuel. (Sur la photo : Manon Ayotte, coordonnatrice de la filiale Compensation CO2)

Une partie de la solution

Il faut saluer la multiplication des initiatives pour la plantation d’arbres en vue de compenser les émissions de dioxyde de carbone (CO2), en Estrie comme ailleurs.

Mais sans perdre de vue que seule la réduction à la source des émissions de gaz à effet de serre (GES) permettra de véritablement ralentir les changements climatiques.

Le programme de l’organisme « CompensationCO2 Québec », basé à La Patrie, qui suscite jusqu’ici l’adhésion de 600 personnes et d’une cinquantaine d’entreprises, a permis de planter 35 000 arbres en Estrie et dans le Centre-du-Québec depuis 2011.

Ce n’est pas banal. 

Selon la grille de calcul de l’organisme, un arbre (une épinette blanche dans ce cas-ci) peut capter 0,18 tonne de CO2 pendant 60 ans.

De plus si, à la fin de sa vie, cet arbre est utilisé pour la construction ou la fabrication de papier, le carbone demeurera séquestré et ne sera donc pas libéré dans l’atmosphère.

Il y a plusieurs autres initiatives du genre dans la région : Action Saint-François plante chaque année 35 000 végétaux (arbres, arbustes et herbacées) afin de stabiliser les berges, contribuant ainsi à la séquestration du CO2.

À l’initiative d’étudiants et de membres du personnel, des centaines d’arbres ont été plantés depuis 2011 sur le campus principal de l’Université de Sherbrooke.

La Ville de Sherbrooke, de son côté, n’a pas de programme spécifique pour la plantation d’arbres, mais remplace chaque arbre qui est abattu sur son territoire.

Toutefois, certaines municipalités comme Laval offrent une subvention de 50 $ aux propriétaires qui plantent un nouvel arbre.

Le reboisement volontaire permet de compenser les émissions de GES (composés principalement de CO2, de méthane et de protoxyde d’azote), provenant de l’utilisation des énergies fossiles, et de réduire l’impact des changements climatiques, mais ne représente qu’un moyen parmi d’autres.

Et son impact demeure minime : le Québec a produit 78,5 mégatonnes de GES en 2016, dernière année de données disponibles.

Selon le calculateur GES de Carbone boréal, de l’Université du Québec à Chicoutimi, le propriétaire d’une voiture compacte (8 litres/100 kilomètres) roulant 20 000 kilomètres par année devrait planter 27 arbres par année pour compenser ses émissions de CO2.

Lorsque l’on sait qu’il y a 5 millions de véhicules en circulation au Québec, cela donne une idée de l’ampleur du défi… ou de l’impact somme toute mineur de la plantation d’arbres, du moins au rythme actuel.

S’il faut encourager et soutenir les programmes de reboisement volontaire pour verdir les villes et constituer de nouvelles forêts, la lutte aux émissions de GES demeure le nerf de la guerre.

À ce chapitre, malheureusement, le Canada et le Québec sont plutôt mauvais élèves.

Le Canada, champion des pays du G20 pour ses émissions de GES par habitant, a diminué celles-ci de 2 % par rapport à 2005, alors que son objectif est une baisse de 30 % d’ici 2030 (sous le niveau de 2005).

Le Québec est lui aussi loin de l’atteinte de ses objectifs : ses émissions de GES n’ont reculé que de 9 % entre 1990 et 2017, de sorte que la cible de -20 % d’ici 2020 est désormais hors d’atteinte.

Et on attend toujours un programme crédible de lutte aux changements climatiques de la part du gouvernement Legault, alors que la nouvelle cible de réduction pour la province est de -37,5 % d’ici 2030 (par rapport à 1990).

Le reboisement ? Certes !

Mais le transport en commun, la voiture électrique, les technologies propres et une diminution radicale de la consommation de pétrole et des produits fabriqués à partir de celui-ci, dont le plastique, sont incontournables si on veut limiter l’impact des changements climatiques.