Pailles réutilisables ou biodégradables

Une paille dans l’océan

ÉDITORIAL / Des restaurants et des bars ont annoncé ces dernières semaines qu’ils délaissent les pailles jetables. Cette contribution volontaire pour limiter les déchets de plastique est certes bienvenue. Coup de marketing et bonne action pour la planète. Mais si le Québec et le Canada veulent s’attaquer au fléau planétaire du plastique qui pollue l’environnement, les lacs et les océans, nos gouvernements devront prendre de solides actions, voire forcer la main aux entreprises et aux consommateurs.

Les Canadiens jettent chaque année 150 milliards $ d’objets de plastique. Moins de 11 % des déchets de plastique sont recyclés. Le Canada  participe à la pollution des océans qui contiennent 150 millions de tonnes de déchets plastiques.

Il est illusoire de penser qu’il suffira de convaincre les gens de ne plus utiliser des pailles jetables pour enrayer une menace à l’environnement et aux écosystèmes. Même si nous renonçons aux pailles, aux bouteilles d’eau et aux sacs de plastique, il restera encore beaucoup à faire. Le pratique et «peu coûteux» plastique est omniprésent. Les mesures volontaires risquent d’être insuffisantes.

Le gouvernement de Justin Trudeau s’active depuis le début de l’année. Du moins, il a cerné l’enjeu. Quel sera le bilan à la fin de son mandat l’an prochain? Cela reste à voir. 

En matière d’environnement, le discours des libéraux peut différer de ses actions. Justin Trudeau prône les énergies propres, défend l’Accord de Paris mais en même temps, il  investit  des milliards de dollars dans le pipeline Trans Mountain. Il faut concilier économie et environnement, dit-il.

C’est le même défi qui se pose avec la réduction de l’usage des plastiques. 

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, indiquait ce printemps qu’il faut «veiller à ce que les plastiques soient réutilisées judicieusement d’une façon qui avantage notre économie et notre environnement». 

Comme ce gouvernement en a l’habitude, il  a lancé en avril une consultation en ligne, un «dialogue » avec les Canadiens pour trouver des «moyens d’éliminer complètement les déchets de plastique et de réduire les déchets marins».

En juin, le Canada a réussi à la rencontre du G7, dans Charlevoix, à faire adopter par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Allemagne une charte zéro déchet de plastique. 

Le Canada tente de se positionner comme un leader en la matière. Un professeur de l’Université Dalhousie, Tony Walker, soulignait toutefois en mars à La Presse canadienne qu’une quarantaine de pays ont déjà adopté une politique nationale pour réduire l’utilisation d’articles de plastique à usage unique (pailles, bouteilles, assiettes, sacs).

La pollution des océans par le plastique fera l’objet d’une rencontre des ministres de l’Environnement du G7, en septembre, à Halifax. La  ministre McKenna a indiqué cette semaine qu’elle souhaite que le milieu des affaires se joigne aux discussions. On verra à cette occasion qu’elle est la volonté réelle d’Ottawa.

L’Agence France-Presse rapportait en début de semaine que la production mondiale de plastiques est en croissance depuis dix ans malgré les mises en garde des écologistes et le durcissement de la règlementation de la part de  certains pays. Il s’est produit 348 millions de tonnes de plastique l’an dernier,  comparativement à 245 millions de tonnes dix ans plus tôt.

C’est une chose de sonder la population et d’adhérer à une charte peu contraignante. C’en est une autre de fixer des échéanciers serrés, de règlementer, de taxer, de financer la recherche pour trouver des substituts, de promouvoir avec énergie la récupération et le recyclage des produits  faits de plastique et de soutenir les municipalités. À suivre.