Une occasion unique pour le transport durable

ÉDITORIAL / La pandémie de COVID-19 a eu un impact dévastateur sur l’économie et a pratiquement réduit la vie sociale aux appels téléphoniques, mais le déconfinement progressif qu’entame le Québec offre une occasion unique pour soutenir et même développer le transport actif — marche et vélo — dans les villes.

Pourquoi, en effet, ne pas profiter du retour graduel à la normale, alors que les commerces de détail, la construction, les entreprises manufacturières et les écoles primaires doivent reprendre leurs activités, pour donner davantage d’espace aux piétons et aux cyclistes?

Depuis plusieurs semaines déjà, alors que travailleurs et étudiants sont en congé forcé, la circulation automobile a énormément diminué et les autobus sont pratiquement vides.

Conséquemment, les parcs municipaux et les trottoirs sont souvent bondés, ce qui rend difficile le respect de la règle du deux mètres de distanciation physique, une mesure qui risque de demeurer en place pour encore plusieurs mois.

Une simple promenade dans les grands parcs sherbrookois — Jacques-Cartier, Victoria et du mont Bellevue notamment — permet de constater qu’il n’est pas toujours évident de garder ses distances.

Il en va de même sur certains trottoirs et pour les cyclistes.

L’organisme Piétons Québec estime qu’avec le déconfinement progressif il n’y aura pas assez d’endroits dans les villes pour permettre aux piétons de se déplacer en sécurité, tout en respectant la règle du deux mètres.

Il suggère aux villes d’augmenter le nombre de voies piétonnières et de rues partagées avec une signalisation adéquate et une limite de vitesse de 20 km/h, ce qui implique davantage de respect et de discipline de la part des automobilistes.

« Dans l’ensemble des villes, il y a trop de piétons pour qu’ils restent seulement sur les trottoirs », dit sa porte-parole Jeanne Robin.     

Afin de donner plus d’espace aux piétons et cyclistes, de nombreuses villes, dont Calgary et Montréal, sont déjà passées à l’action avec l’aménagement de corridors sécuritaires pour favoriser un meilleur partage de la chaussée et même en interdisant la circulation automobile sur certaines rues.

Dans plusieurs arrondissements montréalais, l’espace supplémentaire alloué aux piétons et cyclistes résulte de l’abolition d’espaces de stationnement en bordure de rue, en particulier le long d’artères commerciales et de grands parcs.

La Ville de Drummondville a pour sa part réservé l’accès au pont Curé-Marchand à l’usage exclusif des piétons et cyclistes pour respecter la distanciation sociale de deux mètres.

Ça bouge aussi à la Ville de Sherbrooke.

Le Centre de mobilité durable doit présenter incessamment au gouvernement du Québec un projet qualifié de « majeur » par son président Marc Denault.

Il vise à inciter piétons et cyclistes à conserver leurs bonnes habitudes et à ne pas se tourner vers l’automobile lorsque la situation reviendra à la normale, autant pour les loisirs que pour les déplacements utilitaires.

Outre l’élargissement du viaduc de l’autoroute 610 pour permettre aux cyclistes de se rendre en sécurité au CHUS, la Ville planche sur un projet prévoyant des voies réservées pour les autobus, le vélo et les piétons.

« On veut mettre ça en place le plus tôt possible (…). Les députées Geneviève Hébert (Saint-François) et Christine Labrie (Sherbrooke) vont défendre le dossier à Québec », dit Marc Denault.

Le contexte actuel doit nous inciter à changer significativement nos habitudes de déplacements autant pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre que pour des motifs de santé publique.

Il n’y a pas de raison pour que dans une ville de taille moyenne comme Sherbrooke on ne puisse donner davantage d’espace aux piétons et cyclistes avec des aménagements sécuritaires.

L’espace public doit être mieux partagé.