Tout près de chez nous, le parc national du Mont-Orford a répondu à l’appel de la population et a aménagé ces dernières années plus de dix kilomètres de sentiers exclusivement dédiés au vélo de montagne.
Tout près de chez nous, le parc national du Mont-Orford a répondu à l’appel de la population et a aménagé ces dernières années plus de dix kilomètres de sentiers exclusivement dédiés au vélo de montagne.

Une occasion ratée au Mont Bellevue

C’est avec consternation que j’ai appris la semaine dernière la fermeture des sentiers de vélo de montagne du secteur du mont J.-S.-Bourque, dans le parc du Mont Bellevue. 

Cette fermeture s’inscrit dans le cadre du projet de création d’une réserve naturelle, projet piloté conjointement par la Ville et l’Université de Sherbrooke. L’objectif est louable : protéger à long terme les caractéristiques naturelles du parc du Mont Bellevue, tout en assurant l’accessibilité et la qualité de l’expérience des usagers : marcheurs, coureurs, skieurs, cyclistes. 

Or il semblerait que les amateurs de vélo de montagne soient aujourd’hui les grands perdants de ce projet. Les sentiers du secteur J.-S.-Bourque, construits et aménagés par des bénévoles au fil des années, ont été partiellement démantelés ces derniers jours. De tristes images circulent sur les réseaux sociaux, montrant certains sentiers anciennement très fréquentés aujourd’hui recouverts d’arbres et de débris, visiblement posés en vue de mettre un terme définitif aux passages de cyclistes. 

L’Alliance pour la réserve naturelle du parc du Mont-Bellevue, un regroupement réunissant différents groupes d’utilisateurs du parc, soutient que le développement de sentiers de vélo de montagne dans le secteur J.-S. Bourque posait un important problème environnemental et de sécurité.  

Il convient tout d’abord d’indiquer qu’aucune étude ne démontre que la pratique du vélo de montagne pose un problème environnemental justifiant de déconstruire des aménagements déjà existant. Au contraire, la plupart des recherches établissent que la pratique du vélo de montagne aurait un impact similaire à celui de la randonnée; là où les randonneurs sont plus susceptibles de sortir des sentiers pour couper des embranchements ou éviter des zones boueuses, les amateurs de vélo de montagne sont plus enclins à déplacer la terre par dérapage, accélérant ainsi l’érosion des sols. Heureusement, ces dommages potentiels peuvent être atténués grâce, notamment, à des techniques d’entretien appropriées. 

D’ailleurs, les réseaux de la Sépaq et de Parcs Canada voient d’un bon œil la présence de cyclistes sur leur territoire. Tout près de chez nous, le parc national du Mont-Orford a répondu à l’appel de la population et a aménagé ces dernières années plus de dix kilomètres de sentiers exclusivement dédiés au vélo de montagne.  

Quant à l’argument relié à la sécurité des sentiers, la plupart des usagers du secteur J.-S.-Bourque conviennent que des améliorations auraient pu être apportées, notamment en installant des panneaux de signalisation et en organisant un entretien systématique des sentiers. Malheureusement, il était difficile pour les trail builders de procéder à ces changements alors même que ces sentiers étaient considérés comme illégaux.  

Aujourd’hui, on nous promet qu’un sentier de liaison de vélo de montagne sera aménagé, qui permettrait de connecter le secteur Bellevue à deux futurs sites alternatifs de vélo de montagne, sur les terrains de l’Université et du Collège du Mont-Sainte-Anne. Or au moment d’écrire ces lignes, ce ne sont encore que de belles annonces.  

En attendant, les adeptes de vélo de montagne, toujours plus nombreux, se retrouvent entassés dans les sentiers, à la queue leu leu. Il n’en faudra pas plus pour que plusieurs d’entre eux, qui avaient adopté le Mont Bellevue, choisissent de retourner à Bromont ou à Sutton, là où se développent chaque année de nouveaux sentiers et où il est possible de rouler librement, légalement, en toute sécurité.  

Sherbrooke avait l’occasion de répondre à la ferveur populaire et de faire du Mont Bellevue une destination de vélo de montagne urbaine unique en son genre.  

C’est une occasion ratée. 

Philippe Mercier-Ross

Avocat de l’Union cycliste internationale