C’est un groupe d’adolescents américains courageux qui ont lancé le mois dernier le mouvement « NeverAgain » pour canaliser leur frustration, leur colère et leur chagrin. Ce faisant, ils ont enclenché un vaste mouvement de débrayage dans les écoles à travers tout le pays.

Une nouvelle dynamique pour le contrôle des armes aux États-Unis?

ANALYSE / Dans les dix premières semaines de 2018, les Américains ont assisté impuissants à 44 fusillades de masse dans 28 États, incluant le District de Columbia. Toutefois, la fusillade à l’école secondaire de Parkland en Floride où 17 personnes trouvèrent la mort le 14 février fut de loin la plus marquante. Comme cette fusillade toucha principalement des adolescents, elle suscite un mouvement sans précédent de mobilisation chez les jeunes Américains.

Considérant les nombreuses fusillades de masse comme une « guerre contre la jeunesse », ils s’engagent passionnément pour combattre ce fléau. Sensibles au fait qu’ils doivent payer le prix de l’échec de leurs ainés, ces jeunes activistes sont déterminés à nettoyer les dégâts laissés derrière eux par leurs ainés. Contrairement aux adultes, les jeunes comprennent l’urgence d’agir aujourd’hui afin de forger un futur dont ils pourront être fiers.

Dans le dernier siècle, chaque fois que les Américains ont assisté à des mouvements de mobilisation généralisée, les jeunes furent à l’avant-garde. Lors de la lutte pour les droits civils, la contestation étudiante ou la montée du mouvement féministe durant les années 1960, ce furent surtout de jeunes baby-boomers qui furent à l’avant-scène et qui interpelèrent leurs ainés.

La nouvelle génération de jeunes joue un rôle clé dans presque tous les principaux mouvements sociaux de l’histoire récente américaine. Que ce soit dans les mouvements « Occupy Wall Street », des « Black Lives Matter », de demande de justice pour Trayvon Martin ou du « MeToo », on retrouve toujours des jeunes au centre de l’action.

Les jeunes d’aujourd’hui disposent d’une plus grande capacité de mobilisation que ceux d’hier. Ils ont grandi avec les médias sociaux et savent comment les utiliser comme moyen de mobilisation. Ils reconnaissent l’importance des symboles et sont capables d’utiliser les dernières technologies de Facebook, Twitter ou MySpace pour faire passer leur message et partager des images saisissantes et mobilisatrices.

C’est un groupe d’adolescents américains courageux qui ont lancé le mois dernier le mouvement « NeverAgain » pour canaliser leur frustration, leur colère et leur chagrin. Ce faisant, ils ont enclenché un vaste mouvement de débrayage dans les écoles à travers tout le pays.

Depuis le 14 février, pas une semaine ne passe sans que nous assistions à de nouvelles manifestations de jeunes Américains dans différentes villes et États en faveur d’un contrôle plus efficace des armes à feu. Ces jeunes activistes se joignent aussi à tout rassemblement, comme la journée des femmes du 8 mars, pour mousser leur agenda.

Ils ont organisé le 14 mars des marches de 17 minutes dans les écoles à travers les États-Unis pour rendre hommage aux victimes, non seulement du 14 février, mais aussi pour toutes celles qui meurent de violence armée.

Les manifestations pour le contrôle des armes à feu, lancées par les jeunes, vont converger le 24 mars prochain avec le mouvement intitulé « March for Our Lives ». Des millions d’Américains vont participer à cette manifestation nationale dans des centaines de villes. Seulement dans la ville de Washington, plus de 500 000 manifestants sont attendus pour demander de mettre fin à la violence armée dans les écoles et exiger du Congrès qu’il adopte immédiatement un projet de loi complet et efficace sur le contrôle des armes à feu.

Le mouvement « March for Our Lives » n’a pas l’intention de s’arrêter avec la manifestation nationale du 24 mars. Déjà, il a organisé un deuxième événement national le 20 avril afin de souligner le 19e anniversaire de la fusillade à l’école Columbine au Colorado.

La NRA est puissante et riche. Jusqu’ici elle a su contrer toutes les tentatives visant à assurer un meilleur contrôle des armes à feu. Avant les incidents malheureux de Parkland, les activistes en faveur du contrôle des armes à feu ne pouvaient pas rivaliser avec cette dernière. Or, dorénavant, celle-ci sera confrontée à un adversaire redoutable, soit des jeunes idéalistes luttant farouchement pour un meilleur contrôle des armes.

Les jeunes Américains ont trouvé dans la tuerie de Parkland une cause morale pour laquelle ils sont prêts à se battre. L’adoption d’une loi restreignant l’utilisation des armes à feu représente pour ces derniers la seule façon de s’attaquer efficacement à la violence armée qui ensangle les États-Unis. Pour eux, cet engagement est plus important même que leurs études. C’est une question de survie.

Comme des guerriers d’une nouvelle croisade, les jeunes se mobilisent partout aux États-Unis, dénonçant l’hypocrisie des politiciens et des adultes. Ils demandent de manière pressante de l’action visant à réglementer plus strictement les armes à feu. Leurs rassemblements ne représentent pas un simple feu de paille ou un simple mouvement impromptu né d’une indignation momentanée.

Comme le mouvement « MeToo » a provoqué un changement culturel en matière d’inconduite sexuelle, de même le mouvement « NeverAgain » vise à transformer les mentalités aux États-Unis sur le problème crucial représenté par la violence armée.

Les jeunes sont en première ligne dans ce combat. Non seulement ils cherchent à amener le Congrès à adopter une loi plus contraignante et stricte, mais ils mènent une campagne pour persuader les grandes entreprises américaines de rompre leur association avec la NRA. Leur croisade doit culminer en novembre 2018 avec les élections de mi-mandat. Et cela ne serait qu’un début.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.