Barack Obama

Une nostalgie grandissante à l’égard de Barack Obama

ANALYSE / Que ce soit par les réseaux sociaux, les journaux ou à travers les sondages et les enquêtes publiques, un sentiment de nostalgie est étalé régulièrement concernant l’ère Obama. Décidément, les Américains s’ennuient de leur ancien président, de son élégance, de son humour, de son charisme, de son esprit de rassembleur et de sa capacité de projeter une vision idéalisée des États-Unis. Plus encore, Barack Obama forme avec son épouse un couple idéal qui est exempt de tout scandale.

Cette nostalgie apparaît de nouveau dans une enquête récente menée par des historiens et politologues américains définissant différents critères pour identifier les grands présidents. Le premier critère découle de la capacité de transformer le gouvernement : sens diplomatique, compétences législatives et habilité de gérer des crises en politique intérieure ou relations internationales. Le deuxième critère met l’accent sur des caractéristiques individuelles : perspicacité politique, capacité de communication et degré d’intégrité personnelle.

Dans l’enquête de 2018, Obama se classe au huitième rang. Il n’est devancé que par Abraham Lincoln, George Washington, Franklin Roosevelt, Theodore Roosevelt, Thomas Jefferson, Harry Truman et Dwight Eisenhower. Par contre, il a supplanté des présidents aussi renommés ou fameux que John Adams, John F. Kennedy, Lyndon Johnson, Ronald Reagan, Woodrow Wilson, Andrew Jackson, James Madison ou Bill Clinton.

Cette enquête est d’autant plus révélatrice que dans une étude similaire en 2014, Obama se classait au 18e rang. La performance mitigée d’Obama s’expliquait alors par une déception prononcée à son égard, compte tenu des attentes et des espoirs qu’il avait suscités en 2008. Pour les uns, Obama se montrait trop conservateur, alors que pour d’autres il était trop libéral.

Cette ambivalence est paradoxale d’autant plus qu’Obama se voulait un président rassembleur. Inspiré par Abraham Lincoln, Barack Obama captiva en 2008 la nation américaine, voire le monde, par des discours rassembleurs et des propositions de réformes audacieuses pour affronter les défis confrontant les États-Unis.

En fait, Obama fut forcé de naviguer en eaux troubles marquées par un climat croissant de polarisation. Il fut confronté à un Congrès dominé par les républicains à partir de 2010 qui étaient farouchement opposés à toutes les initiatives qu’il pouvait proposer. En dépit de cela, les réalisations de Barack Obama sont pour le moins impressionnantes.

Confronté à la plus grande récession économique depuis la grande dépression des années 1930, Obama a relancé l’économie américaine et orchestré le sauvetage de l’industrie automobile tout en façonnant la plus grande réforme du système financier en 80 ans, assurant l’indépendance énergétique, initiant des réformes environnementales majeures et pilotant la plus grande révision des soins de santé depuis la création de Medicaid et Medicare au milieu des années 1960.

En 2016, Obama espérait institutionnaliser à long terme son impressionnant héritage et ouvrir une nouvelle ère tant en politique intérieure qu’en politique étrangère avec l’élection d’Hillary Clinton. Si ce n’était pas de la détermination de Donald Trump de détruire tout l’héritage lésé par son prédécesseur, Obama aurait définitivement changé complètement le paysage politique américain.

Normalement, la nostalgie repose sur des sentiments éprouvés par une personne ou un groupe d’individus concernant un temps passé déjà lointain. Or, comment pouvons-nous expliquer qu’un groupe grandissant d’Américains se montrent en moins d’un an aussi nostalgique de l’ère Obama?

Décidément, après un an sous l’administration Trump, les politologues et les Américains en général sont plus en mesure d’apprécier les réalisations et la qualité du style de leadership exercé par Obama. Cette soudaine nostalgie de l’ère Obama représente donc une sorte de catharsis, un remède nécessaire pour beaucoup d’Américains qui trouveraient autrement insupportable la présente situation politique.

D’ailleurs, dans la même enquête, Donald Trump se classe au dernier rang, comme étant le plus mauvais de tous les présidents américains. En fait, Trump est perçu comme plus mauvais que des présidents aussi impotents que James Buchanan, Franklin Pierce, William Harrison, Andrew Johnson, Millard Fillmore, John Tyler ou Herbert Hoover. Plus encore, sa présidence est considérée comme étant plus ignoble et corrompue que celles de Warren Harding et Richard Nixon.

Or, même parmi les ultraconservateurs, Trump se classe plus bas que Nixon. Son leadership est catégorisé comme étant inférieur à celui de James Buchanan, le président qui a laissé les États-Unis sombrer dans la guerre civile entre 1857 et 1861. Cette perception explique pourquoi Trump a terminé sa première année comme étant le plus impopulaire président de l’histoire moderne.

En ce sens, l’amélioration du classement d’Obama entre 2014 et 2018 est en partie influencée par la dynamique politique américaine actuelle. Mais elle repose aussi sur l’habileté innée d’Obama de surmonter les défis de la gouvernance et la perception positive que les Américains ont de son intégrité personnelle.

S’inspirant de l’esprit et du style fringant des FDR et JFK, Obama démontra rapidement sa capacité de diriger les États-Unis en période de crise. Aussi, il se classe avec Wilson, Roosevelt, Truman et Kennedy parmi les grandes icônes démocrates. En ce sens, les historiens, les politologues et les Américains en général ont raison de considérer Obama comme un président remarquable.

Par son leadership moral et ses réalisations exceptionnelles, Obama fait partie du panthéon des grands présidents américains. Il a laissé un héritage marquant dans l’histoire à la manière de Washington, Lincoln, Roosevelt, Truman, Wilson, Jefferson et Jackson. Les Américains ont donc raison d’être nostalgiques de l’ère Obama.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.