Une mission à préserver

ÉDITORIAL / Bien des lecteurs de La Tribune ont sans doute été surpris d'apprendre que le Marché de solidarité régionale des Amis de la terre de l'Estrie éprouve des difficultés financières, victime en quelque sorte de la popularité grandissante des produits agricoles locaux, à laquelle il a lui-même contribué au fil de ses 11 années d'existence, et de la multiplication des points de vente.
L'organisme, ouvert depuis avril 2006 grâce à la vision et à l'initiative de son fondateur, le militant écologiste André Nault, décédé en 2015, a été un précurseur dans la promotion d'une saine alimentation et du soutien à une agriculture de proximité.
Il offre une formule originale aux consommateurs et aux producteurs locaux et régionaux avec l'achat en ligne et un service personnalisé dans son magasin de la rue King Ouest, en plus de favoriser les échanges d'information sur les aliments et l'éducation.
La philosophie du Marché de solidarité régionale était inédite à l'époque : offrir un point de vente aux producteurs locaux et régionaux qui peinaient alors à avoir accès aux grandes surfaces, diminuer l'impact environnemental du transport, de l'entreposage et de l'emballage des produits et favoriser les liens entre les producteurs et les consommateurs. Et cela 12 mois par année.
Alors que la lutte aux changements climatiques doit être une priorité, n'est-il pas illogique que des aliments parcourent parfois des centaines voire des milliers de kilomètres pour parvenir à nos assiettes?
Du reste, de nombreux producteurs ont vu leur entreprise grandir grâce au Marché de solidarité et ne seraient peut-être pas rendus là où ils le sont aujourd'hui, n'eût été son existence.
De 2010 à 2015, trois millions $ ont été versés aux producteurs d'ici.
Le Marché de solidarité a d'ailleurs suscité des initiatives semblables dans plusieurs régions du Québec : à une certaine époque, on en comptait près d'une dizaine dans la province, mais aujourd'hui il n'en subsiste que quelques-uns, à Québec, Saint-Gabriel-de-Brandon, Cowansville et Victoriaville.
Celui de Magog a fermé ses portes en 2015.
La décroissance des ventes du marché de Sherbrooke depuis quelques années l'a obligé à réduire ses coûts d'exploitation, mais l'organisme planche actuellement sur un plan de redressement en collaboration avec des acteurs du développement économique communautaire.
Et tout n'est pas perdu puisqu'il compte encore 350 membres actifs et achète des aliments de 78 producteurs, dont la majorité est située dans un rayon de 30 kilomètres de Sherbrooke.
Ironiquement, c'est la multiplication des points de distribution pour les produits locaux et leur popularité grandissante chez les consommateurs qui est à l'origine des ennuis du Marché de solidarité, dont la mission a été en quelque sorte imitée par d'autres commerçants. Du moins en partie.
Les grandes surfaces, par exemple, offrent de plus en plus de produits locaux, surtout en saison, bien que ce ne soit pas encore la manne pour les producteurs. De plus, des entreprises agricoles offrent des paniers biologiques directement aux consommateurs dans plusieurs points de chute, tant à Sherbrooke qu'aux alentours.
Il est toutefois difficile d'imaginer que la formule développée par le Marché de solidarité régionale soit périmée.
Les membres et les bénévoles doivent se mobiliser, mais la communauté doit aussi s'impliquer.
Sa mission sociale, écologique et pédagogique est unique et doit être préservée.