Une industrie à recycler

ÉDITORIAL / L’industrie québécoise de la collecte sélective et du recyclage est à un tournant avec la décision de la Chine de fermer dès 2018 ses frontières aux importations de matières secondaires, dont des centaines de milliers de tonnes récupérées par les Québécois.

Cette situation place le Québec devant la nécessité de revoir son système de collecte mixte, dysfonctionnel à plusieurs égards, en raison notamment de la présence de verre brisé dans les bacs, ce qui complique les opérations de tri et « contamine » les autres matières.

Sans compter un manque de débouchés pour certaines matières.

Il est inconcevable que plus de 20 ans après l’instauration de la collecte sélective et la mise en place des centres de tri, le Québec n’ait pas raffiné ses méthodes de tri ni développé une industrie du recyclage digne de ce nom.

Le problème de la mauvaise qualité des matières recyclables est pourtant connu depuis des années : les centres de tri sont aux prises avec des matières contaminées alors que les recycleurs d’ici veulent de la qualité.

En fait, au cours des 15 ou 20 dernières années, le Québec a trop misé sur la quantité au détriment de la qualité.

On s’est aussi trop appuyé sur les exportations au lieu de développer ici un marché pour la transformation et la valorisation des matières.

Résultat : « On exporte des ressources et des emplois », lance Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).

« Il y a eu une première crise du recyclage en 2007-2008, avec la crise financière, alors qu’on exportait moins de 50 pour cent de nos matières et maintenant c’est plus de 60 pour cent. On n’a pas appris de nos erreurs; les causes sont différentes, mais les impacts sont les mêmes », dit M. Ménard.

À la suite de la décision de la Chine, le plus grand importateur de matières recyclables au monde, Recyc-Québec a mis sur pied une équipe pour améliorer la qualité du tri et rechercher de nouveaux débouchés locaux pour le papier, le carton, les plastiques, le verre et le métal. On aurait dû le faire bien avant!

Recyc-Québec affirme qu’il n’est pas question de procéder à l’enfouissement des dizaines voire des centaines de milliers de tonnes de matières qui ne seront plus envoyées en Chine, « même en dernier recours ou en solution temporaire ».

Mais cela reste à voir, surtout lorsque l’on sait qu’une grande partie du verre recyclé est déjà utilisée comme matériel de recouvrement dans des lieux d’enfouissement ou est carrément enfouie.

Contrairement à ce que l’on peut penser, le Québec a peu développé « l’économie circulaire », soit conserver ici le maximum de matières recyclables en vue de les valoriser ici.

Pire : alors que les villes reçoivent 150 millions $ par année pour la collecte sélective et le tri, les taux de matières acheminées aux centres de tri diminuent.

Selon le Bilan 2015 de Recyc-Québec, le tonnage des matières a diminué de 9 pour cent entre 2012 et 2015 (-3,0 pour cent dans le secteur municipal et -23,4 pour cent dans les industries, commerces et institutions).

Durant la même période, la quantité de matières vendues par les centres de tri à des courtiers ou à des recycleurs québécois a chuté de 17 pour cent.

Devant la fermeture de la Chine aux importations et le recul du recyclage, Québec doit revoir le système de fond en comble.

Des solutions existent : retirer les contenants de verre des centres de tri et élargir la consigne, imposer un contenu recyclé minimal dans les emballages et mettre sur pied une agence de commercialisation des matières recyclables, notamment.

Elles ont toutes été proposées par le FCQGED il y a près de... 10 ans!