Une grande préoccupation

Éditorial / Lorsque près de 700 personnes se déplacent pour exprimer leurs préoccupations au sujet des services de santé, c'est signe que la population est inquiète devant les nombreux changements organisationnels imposés au système de santé et les effets des compressions budgétaires des dernières années.
La rencontre de mardi soir entre les citoyens de la MRC de Memphrémagog et les dirigeants du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, à l'invitation du comité de vigie pour l'hôpital Memphrémagog, a démontré que la population veut conserver ses services de proximité et craint que le pouvoir décisionnel local lui échappe à la suite de la fusion des services administratifs, conséquence de la réforme du ministre Gaétan Barrette.
La forte mobilisation des gens de la MRC est tout à leur honneur et envoie un message aux dirigeants du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
Au cours des deux dernières années, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a dû faire des choix difficiles pour atteindre l'équilibre budgétaire avec des coupes totalisant 67 millions $ qui se sont traduites par l'abolition de dizaines de postes d'employés-cadres, la réduction des heures supplémentaires du personnel infirmier et la diminution des dépenses en santé physique, services sociaux et réadaptation.
Parallèlement, l'implantation du projet Optilab, un laboratoire de biologie médicale centralisé au CHUS-Fleurimont, entraînera la fermeture des laboratoires régionaux et la suppression de postes de technologistes médicaux, donc une perte d'expertise dans les régions.
Les préoccupations des gens de la région de Magog constituent sans doute un écho de celles de l'ensemble des Québécois, particulièrement en région, comme à Asbestos, Coaticook et Lac-Mégantic.
Mardi soir, un ancien cadre du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Martin Robert, a dit craindre que l'absence de direction générale à l'hôpital Memphrémagog ait un impact sur les services, tandis que d'autres se sont inquiétés du manque de médecins dans la portion ouest de la MRC ou ont plaidé pour une bonification de l'offre de services à l'hôpital Memphrémagog.
Ces questions revêtent une importance particulière dans la MRC de Memphrémagog, qui affiche la plus forte croissance de la population en Estrie, + 10,7 pour cent entre 2001 et 2015 (suivie par Sherbrooke avec +10 pour cent), selon l'Institut de la statistique du Québec, de même qu'un âge moyen un peu plus élevé que dans les autres MRC de l'Estrie.
La réforme Barrette a entraîné des bouleversements importants dans le réseau de la santé, autant pour les citoyens que pour les dirigeants.
Et il appartient à ces derniers d'expliquer en quoi la rationalisation des opérations et l'optimisation des ressources ne pénalisent pas les usagers et à démontrer que les services cliniques ne sont pas touchés, comme ils le soutiennent!
La présidente-directrice générale du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Patricia Gauthier, souligne par exemple que le nombre d'opérations chirurgicales effectuées à l'hôpital Memphrémagog a augmenté (de 1700 à 2000 par année) grâce à une meilleure utilisation des plateaux techniques.
Les données du CIUSSS de l'Estrie-CHUS démontrent par ailleurs que le nombre d'heures rémunérées pour les activités cliniques a augmenté de 0,5 pour cent depuis un an, de 0,8 pour cent dans les soins et services aux usagers et de 2 pour cent pour les activités de soutien aux personnes âgées.
Parallèlement, le nombre de patients inscrits en attente d'un médecin de famille a diminué de 4500 à 3700 en deux ans dans la MRC et le CIUSSS compte en ajouter 2000 de plus d'ici 2018... Visiblement, il faudra accélérer les choses pour atteindre cet objectif.
Il s'agit de données somme toute positives, mais il y a fort à parier que les dirigeants du CIUSSS de l'Estrie-CHUS devront continuer à rassurer la population et demeurer à l'écoute.