Une entente caduque

ÉDITORIAL / Avec l'augmentation du nombre de migrants qui traversent illégalement la frontière pour demander un statut de réfugié au Canada, en raison des politiques anti-immigration du président Donald Trump, le gouvernement Trudeau doit se donner sans tarder un plan pour faire face à un phénomène qui risque de s'accentuer.
Depuis quelques semaines, un nombre croissant de demandeurs d'asile franchissent la frontière canado-américaine en traversant les champs ou en empruntant des petites routes isolées, principalement dans le secteur de Hemmingford, près du poste frontalier de Lacolle au Québec, et à Emerson, un village du Manitoba.
Une fois la frontière franchie, ils peuvent se faire arrêter, mais cela ne les empêche pas de réclamer légitimement le statut de réfugié et de demeurer au Canada le temps que leur cause soit entendue.
Ces personnes procèdent ainsi pour se soustraire de l' «Entente sur les pays tiers sûrs», conclue entre les États-Unis et le Canada en 2004.
En vertu de celle-ci, une personne ne peut demander le statut de réfugié à un poste frontalier, au risque d'être refoulée, puisque le Canada n'accepte pas de demandeur d'asile provenant des États-Unis, considéré comme un pays sûr.
Or, de plus en plus de voix, avocats et groupes de défense des réfugiés notamment, s'élèvent pour réclamer la suspension de cette entente, alléguant que les États-Unis ne sont plus un pays sûr à la suite du décret sur l'immigration du président Trump.
Tant pour des motifs humanitaires que sécuritaires, ils demandent que ces personnes puissent faire leur demande en toute légalité aux postes-frontière au lieu d'avoir recours à des passeurs et devoir traverser la frontière dans des conditions parfois dangereuses, surtout en hiver.
Depuis l'élection du président Donald Trump, de nombreux demandeurs d'asile affirment ne plus se sentir en sécurité aux États-Unis et craignent même d'être expulsés.
Accorder le droit aux personnes de réclamer le statut de réfugié à un poste-frontière canadien permettrait en outre aux forces de l'ordre de se concentrer sur les vrais migrants illégaux et sur ceux qui peuvent présenter une menace à la sécurité.
Pour l'heure, le gouvernement Trudeau refuse de se retirer de l'accord et estime qu'il permet de traiter adéquatement les demandes de statut de réfugié dans les deux pays.
En revanche, des conservateurs pressent le gouvernement de fermer la frontière aux immigrants illégaux et de renvoyer automatiquement ceux qui tentent de traverser, tandis que le Nouveau parti démocratique veut qu'ils soient tous acceptés.
Ottawa ne peut continuer à se mettre la tête dans le sable et tolérer ou cautionner le recours à des procédés illégaux et potentiellement dangereux pour les demandeurs d'asile.
En se retirant de l' «Entente sur les pays tiers sûrs», il pourrait permettre aux migrants en provenance des États-Unis de présenter leur demande en toute légalité aux postes-frontière et aux autorités d'évaluer le bien-fondé de leurs dossiers.
Le Canada doit mieux contrôler sa frontière avec les États-Unis puisqu'il est fort probable que d'autres demandeurs d'asile vont tenter de se rendre ici illégalement.
L'enjeu des réfugiés s'inscrit dans un contexte mondial où de nombreux pays européens et les États-Unis veulent limiter l'immigration en provenance du Moyen-Orient et d'Afrique.
Certains dirigeants comme Donald Trump propagent des discours de haine et stigmatisent des groupes de citoyens, comme l'a dénoncé il y a quelques jours Amnistie internationale.
Si le gouvernement Trudeau croit réellement en la justice et en la compassion, il doit reconnaître que l' «Entente sur les tiers pays sûrs» est caduque dans le contexte actuel et se donner une politique plus efficace.