Une embellie, mais...

ÉDITORIAL / Une croissance économique plus forte que prévu, des déficits moindres qu’anticipés, un taux de chômage au plus bas depuis 2008 (6,2 pour cent) et une allocation pour enfants bonifiée.

Sans sombrer dans la complaisance, il faut reconnaître que la mise à jour économique du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, présentée mardi, comporte de bonnes nouvelles pour les contribuables canadiens.

De plus, le Canada enregistre sa plus forte croissance économique depuis 2006 et la dette nationale de 650 milliards $ est la plus basse des pays du G-7, avec l’Allemagne.

Toutefois, malgré les milliards $ en revenus supplémentaires, le gouvernement Trudeau n’a aucun plan pour atteindre le déficit zéro.

Ottawa devrait engranger de nouveaux revenus de près 10 milliards $ pour chacune des deux prochaines années grâce à la bonne marche de l’économie.

Cet argent servira notamment à indexer au taux d’inflation l’Allocation canadienne pour enfants à compter de juillet 2018, soit deux ans plus tôt que prévu, et à bonifier la Prestation fiscale pour le revenu de travail à partir de 2019, une mesure pour aider les travailleurs à faible revenu.

Cela s’ajoute à la diminution de l’impôt pour les PME annoncée il y a peu, qui passera de 10,5 pour cent actuellement à 9 pour cent en juillet 2019.

Les libéraux avaient promis en campagne électorale qu’ils voulaient aider la classe moyenne ce qui, selon eux, allait contribuer au dynamisme de l’économie, et cela semble fonctionner.

Ce n’est toutefois pas l’avis du député néo-démocrate Alexandre Boulerice qui voit dans les mesures annoncées mardi « une goutte d’eau dans l’océan » et soutient qu’un programme national de garderies aiderait davantage la classe moyenne.

On ne saurait lui donner tort lorsque l’on sait que les CPE au Québec ont permis à dizaines de milliers de femmes d’intégrer ou de réintégrer le marché du travail.

Bill Morneau affirme aussi que 300 000 enfants sont sortis de la pauvreté grâce à la nouvelle Allocation canadienne pour enfants, implantée en juillet 2016, mais cela reste à être démontré.

Selon le « Bilan faim » de Banques alimentaires Canada, plus du tiers (35,6 pour cent) des quelque 864 000 bénéficiaires des banques alimentaires au Canada étaient des enfants en 2016.

De plus, de 2008 à 2016, le nombre d’utilisateurs des banques alimentaires a progressé de 27,8 pour cent au pays.

Par ailleurs, c’est le silence radio sur un éventuel retour à l’équilibre budgétaire.

Ottawa anticipe certes des déficits moindres que prévu au cours des prochaines années, mais élevés : 19,9 milliards $ en 2017-2018, 18,6 milliards $ en 2018-2019 et 17,3 milliards $ en 2019-2020.

Mais pourquoi ne pas profiter de la marge de manœuvre actuelle pour au moins s’y attaquer, tout en continuant de soutenir la classe moyenne et les gagne-petit?

Les libéraux, faut-il le rappeler, avaient promis en campagne électorale de maintenir les déficits autour de 10 milliards $ par année et visaient un retour à l’équilibre budgétaire pour 2019, année des prochaines élections fédérales.

Le gouvernement Trudeau est dépensier et il ne pourra vraisemblablement pas continuer à ce rythme advenant, par exemple, un échec de la renégociation de l’ALENA, ce qui pourrait avoir un impact sur l’économie du pays.

La crise financière de 2008 avait porté un coup sérieux à l’économie canadienne et avait obligé les gouvernements à s’endetter pour investir massivement dans des projets d’infrastructures afin d’éviter le pire, d’où l’importance de mieux contrôler les déficits.

Pour le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, ces déficits se traduiront tôt ou tard par des hausses d’impôt.

Le ministre Morneau devrait en prendre bonne note.