Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
La décision de la Ville de Sherbrooke de mettre fin au projet pilote de corridor cyclable sur la rue Galt Ouest, à quelques jours de la rentrée universitaire, apparaît précipitée et, à la limite, irréfléchie.
La décision de la Ville de Sherbrooke de mettre fin au projet pilote de corridor cyclable sur la rue Galt Ouest, à quelques jours de la rentrée universitaire, apparaît précipitée et, à la limite, irréfléchie.

Une décision précipitée

ÉDITORIAL / La décision de la Ville de Sherbrooke de mettre fin au projet pilote de corridor cyclable sur la rue Galt Ouest, à quelques jours de la rentrée universitaire, apparaît précipitée et, à la limite, irréfléchie.

L’administration municipale dit avoir reçu ces dernières semaines de nombreuses plaintes de citoyens, de commerçants et d’automobilistes relativement à la mauvaise visibilité des piétons désireux de traverser la rue et aux autobus qui bloquent la circulation lors des arrêts pour prendre des passagers.

On peut certes comprendre la volonté de la Ville de vouloir réduire les irritants, mais pourquoi tout foutre en l’air au moment même où de nombreux étudiants cyclistes s’apprêtent à reprendre les classes?

Pourquoi, comme l’ont suggéré les conseillères Annie Godbout, Karine Godbout et Évelyne Beaudin, ne pas avoir poursuivi l’expérience, mais en y apportant des améliorations?

Si le corridor cyclable délimité par des cônes orange occupait une trop grande partie de la chaussée, comme le déploraient des automobilistes, pourquoi ne pas en avoir diminué la largeur?

Car, une chose est certaine : une voie cyclable, aussi imparfaite soit-elle, assure un minimum de sécurité pour ses utilisateurs, de surcroît dans un contexte où les excès de vitesse des automobilistes sont problématiques.

Il est donc bien difficile d’avaler l’argument selon lequel on a voulu éviter des risques d’accidents en mettant fin au projet!

Tous ceux et celles qui font du vélo en ville déplorent depuis des années les dangers de rouler sur la plupart des grands axes et le fait que le réseau cyclable sherbrookois est segmenté.

Et tout ça dans une ville qui dit vouloir encourager la mobilité durable!

Il n’est guère étonnant que de nombreux cyclistes se disent surpris et déçus de la tournure des événements alors que la mobilité durable doit être encouragée plus que jamais pour réduire la congestion automobile et diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Malgré une diminution de ses émissions de GES durant la pandémie, il est acquis que le Québec va rater sa cible de réduction de 20 % en 2020 par rapport à l’année de référence 1990.

En juillet dernier, lors du dévoilement des nouveaux corridors temporaires, destinés à encourager les citoyens à utiliser le vélo comme moyen de transport, le président du Centre de mobilité durable, Marc Denault, avait déclaré que « la mise en place de ces tronçons va donner le goût aux Sherbrookois de changer de mode de transport ».

Visiblement, les automobilistes ont préféré conserver leurs habitudes et leurs privilèges, au détriment des cyclistes.

Le maire Steve Lussier soutient que la Ville fait un pas de recul pour faire deux pas en avant et qu’un comité piloté par M. Denault réfléchira en vue de favoriser un développement cohérent des pistes cyclables sur le territoire sherbrookois.

Il est plus que temps.

Pour l’heure, l’abandon du corridor cyclable de la rue Galt Ouest, après seulement six semaines d’essai, envoie un bien mauvais message : celui que les automobilistes finissent toujours par avoir le dernier mot.

La conseillère Annie Godbout a bien résumé l’enjeu actuel en déclarant que « nous avons de grands défis pour faire accepter ces projets par les citoyens. Ce sera extrêmement difficile de mettre une voie réservée sur King ou de Portland, mais c’est vers là qu’on doit aller ».

La Ville de Sherbrooke a certes fait beaucoup d’efforts pour développer son réseau cyclable ces dernières années, mais elle devra faire bien davantage et y mettre l’argent.

Mais, surtout, il faudra changer les mentalités et trouver des solutions gagnant-gagnant.

La résistance au changement est normale, mais la prédominance de l’automobile comme mode de déplacement urbain ne peut plus durer.