Thierry Nootens

Une décision absurde et honteuse

Quand les citoyens ont pu lire dans La Tribune que la Ville de Sherbrooke procédait à la vente d’un parc dans l’arrondissement de Brompton, on aurait pu croire à une mauvaise blague. Mais non, la réalité est infiniment plus triste.

Alors qu’on exige que les citoyens restaurent les berges des ruisseaux, qu’ils y plantent des arbustes, que de larges bandes riveraines soient protégées, que la tonte cesse sur plusieurs mètres aux abords des étendues d’eau, que font nos conseillers, exception faite d’Évelyne Beaudin? Ils vendent l’un des très, très rares parcs situés directement en bordure de la Saint-François, le cœur du bassin versant non seulement de notre ville, mais de toute une région. Côté cohérence, on repassera.

Alors que la préservation de l’environnement est une urgence absolue, et que toutes les données scientifiques font état de la nécessité de ne plus sacrifier d’espaces verts de manière inconsidérée, à Sherbrooke, grande vente de feu pour le patrimoine collectif. Certains diront que l’endroit est peu utilisé. Écologie 101 : si un espace vert en bordure de la Saint-François est préservé, c’est un atout pour le territoire, même sans recevoir des milliers de visiteurs.

Mieux, référons-nous au schéma d’aménagement de la ville, document censé guider les décisions de nos élus quant à la gestion du territoire. La rubrique 4.5 stipule que, « aspirant au statut de ville verte, Sherbrooke opte résolument pour un développement durable, réfléchi et mesuré, intégrant la protection de l’environnement et la mise en valeur des milieux naturels, dans le contexte des changements climatiques ». De même, le schéma porte qu’il faut « protéger et restaurer les rives et le littoral des lacs et cours d’eau ». J’oubliais : dans ce même schéma, la rivière Saint-François a qualité de « corridor bleu d’intervention prioritaire ». Manifestement, rares sont les élus qui consultent le schéma ou qui choisissent de le respecter, c’est selon.

En somme, cette décision, aussi mineure puisse-t-elle paraître au premier abord, n’est que le dernier épisode en date de conseils successifs et de services municipaux qui n’ont jamais eu le courage de faire le virage qui s’impose en environnement depuis plus de 20 ans. On aura beau répéter, encore et encore, que « tout a été fait dans les règles de l’art », en 2019, cette vente est absurde et honteuse.

Thierry Nootens
Sherbrooke