Une décennie vert foncé?

ÉDITORIAL / Changements climatiques, augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et fléau du plastique : les défis environnementaux sont énormes et urgents en cette nouvelle décennie et les villes comme Sherbrooke auront un rôle majeur à jouer.

Bien que les grandes orientations et politiques environnementales relèvent des gouvernements supérieurs, les administrations locales disposent de pouvoirs significatifs pour réduire leur empreinte écologique avec l’aménagement urbain, le développement des transports collectifs et par la réglementation.

La Ville de Sherbrooke en a donné un bon exemple en annonçant en mai dernier le bannissement de tous les sacs de plastique de moins de 100 micromètres d’épaisseur à compter d’avril prochain. Elle se joindra ainsi à plusieurs autres agglomérations de la province qui ont adopté une telle mesure, notamment la MRC du Val-Saint-François, Bromont, Brossard et Montréal.

Le bannissement des sacs de plastique à usage unique est une excellente nouvelle, mais nombre de groupes environnementaux et de citoyens estiment qu’il faut aller plus loin. On peut penser que Sherbrooke a entendu le message puisqu’elle entend développer cette année une stratégie de réduction des articles à usage unique qui visera non seulement les sacs d’emplettes, mais aussi les gobelets, pailles, ustensiles en plastique et contenants en styromousse. Les choses bougent donc, mais lentement.

Le gouvernement Legault doit pour sa part imposer cette année une consigne sur les bouteilles d’eau en plastique – les Québécois en consomment un milliard d’unités par année, dont moins de la moitié serait recyclée – et les bouteilles de vin, un geste somme toute courageux si l’on considère les puissants lobbies de l’industrie qui s’y sont opposés pendant des années.

Alors que la pollution par le plastique prend des proportions inimaginables, les municipalités et le gouvernement doivent s’attaquer à tous les produits à usage unique.

Il faudra aussi accroître la Responsabilité élargie des producteurs, une politique environnementale qui étend les obligations des entreprises à la gestion des matières secondaires qu’elles génèrent.

La décennie 2010 s’est caractérisée par un échec dans la lutte aux émissions de GES tant à l’échelle locale que mondiale.

Alors que tout indique que le Québec ratera sa cible de réduction de 20 % en 2020 par rapport au niveau de 1990 (elles ont baissé de 8,7 % de 1990 à 2017), et que les émissions de GES du Canada sont en légère hausse, les villes ont un énorme rôle à jouer pour contrer les changements climatiques.

Sherbrooke, faut-il le rappeler, a adopté fin 2018 la déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique, s’engageant à mettre en œuvre des mesures pour réduire les émissions de GES.

Mais malheureusement, jusqu’ici, rien de bien concret n’en a découlé. 

Après s’être donné un Plan de mobilité durable 2012-2021, dont les résultats n’ont jamais été véritablement quantifiés, la Ville doit se doter d’urgence d’un véritable plan d’action pour la lutte aux émissions de GES.

Il y a quelques mois, des citoyens ont vivement interpellé les élus municipaux à ce propos. On leur a promis des consultations publiques cette année… Il faudra que cela débouche sur des actions décisives.

Sherbrooke n’a évidemment pas tout mal : en 2019, la Société de transport de Sherbrooke a ajouté 30 000 heures de service sur son réseau et a vu son achalandage progresser de 1,5 % après des années de surplace et même de baisses.

Elle doit toutefois faire davantage en matière de transport actif en développant un réseau cyclable utilitaire pour faire le lien entre les principaux générateurs de déplacements (universités, cégeps, hôpitaux et entreprises). Quant à la sécurité des piétons, beaucoup de progrès reste à accomplir.

L’urgence climatique ne doit plus être seulement une déclaration de principes pour se donner bonne conscience, mais doit guider toutes nos décisions.