Les partisans de Jagmeet Singh ont beau le considérer comme le candidat « vedette » de cette course et voir en ce jeune politicien de 38 ans, photogénique et qui parle cinq langues dont le français, un concurrent sérieux à Justin Trudeau lors des prochaines élections fédérales, M. Singh est relativement peu connu en dehors du grand Toronto et ne soulève guère d'enthousiasme de ce côté-ci de la rivière des Outaouais.

Une course trop discrète

ÉDITORIAL / L'ancien premier ministre Robert Bourassa disait souvent que six mois en politique, c'est une éternité. Mais que dire de cinq ans?
C'est probablement ce que pensent ces temps-ci nombre de militants québécois du Nouveau Parti démocratique (NPD) devant le peu de passion et d'intérêt que suscite la course à la direction de leur parti où s'affrontent les députés fédéraux Guy Caron, Charlie Angus et Niki Ashton, ainsi que Jagmeet Singh, député provincial néo-démocrate de l'Ontario, en vue de l'élection cet automne.
Le contraste entre la course à la direction du parti, en 2012, remporté par le flamboyant Thomas Mulcair, après le décès de l'ancien chef Jack Layton, est pour le moins frappant.
Le NPD semble également très loin de la fameuse « vague orange » de mai 2011 où Jack Layton, politicien charismatique et éminemment populaire, avait fait élire 59 députés au Québec, soit 60 pour cent de sa députation à Ottawa.
À l'époque, les néodémocrates avaient su canaliser le vote de protestation à l'endroit du gouvernement conservateur de Stephen Harper, alors en place depuis cinq ans, tout en menant une campagne moins acrimonieuse et plus positive que leurs adversaires.
Les partisans de Jagmeet Singh ont beau le considérer comme le candidat « vedette » de cette course et voir en ce jeune politicien de 38 ans, photogénique et qui parle cinq langues dont le français, un concurrent sérieux à Justin Trudeau lors des prochaines élections fédérales, M. Singh est relativement peu connu en dehors du grand Toronto et ne soulève guère d'enthousiasme de ce côté-ci de la rivière des Outaouais.
Il faut reconnaître qu'à l'époque où le NPD formait l'opposition officielle à Ottawa, sous la direction de Thomas Mulcair, le parti était presque considéré comme un gouvernement en attente.
De plus, durant une bonne partie de la campagne électorale de l'automne 2015, les sondages donnaient au NPD une large avance avant qu'il perde rapidement du terrain devant le très populaire Justin Trudeau.
Une course à la direction d'un parti politique n'est évidemment pas une campagne électorale.
Mais à voir les choses aller, on a l'impression que le NPD ne s'est jamais vraiment remis de sa dégelée lors du scrutin fédéral d'octobre 2015, où il n'avait fait élire que 44 députés, dont 16 au Québec.
Les débats entre les candidats tenus à Ottawa, Sudbury, Saint-Jean (Terre-Neuve) et Saskatoon n'ont guère suscité d'intérêt, du moins au Québec, ni permis de connaître la personnalité et les programmes de chacun.
En fait, on n'en a aucune idée.
Le seul débat qui a touché le Québec jusqu'ici est la controverse sur les valeurs religieuses du candidat Jagmeet Singh, qui est de confession sikhe et porte le turban, une situation qui indispose plusieurs néodémocrates québécois.
Selon eux, certaines décisions du député au Parlement ontarien ont été influencées par sa religion, notamment lorsqu'il s'est fait le porte-parole de sa communauté opposée aux cours d'éducation sexuelle dans les écoles ontariennes et en appuyant un projet pour dispenser les motocyclistes sikhs de l'obligation de porter un casque.
Un sondage Angus Reid a aussi démontré que les Québécois sont plus réticents que les autres Canadiens à appuyer un parti dont le chef porterait des signes religieux ostentatoires.
Il faut d'abord juger les candidats sur leurs valeurs et leurs programmes, mais, visiblement, le NPD devra offrir une course plus relevée pour intéresser davantage les militants et les électeurs, alors qu'il reste deux débats à venir, un à Montréal le 27 août et un à Vancouver le 10 septembre.
Car, pour l'heure, cette course plutôt terne permet difficilement de voir en quoi le NPD peut offrir une véritable alternative aux libéraux de Justin Trudeau.